Robert « Bob » Bourgouin
(Paroles et musique :
Dominique Lebeau)
Propos de Dominique Lebeau recueillis par Alain Star
Primo, j’étais avec djieff à québec pour une conférence de presse ou quelque chose du genre. un type nous arrête dans la rue – « pouvez-vous signer ma pétition pour j’sais-pus-quoi? ». ok, djieff signe, moi j’écris (pour rire) robert bourgouin, ottawa.

j’dis ça à dji, on riait.

secondo, quelques semaines plus tard, on est avec des têtes dirigeantes de louboy (popol, karl, françois xavier, moi-même et peut-être djieff), on décide de faire un film: LES COPAINS. en gros, je jouais robert bourgouin, banlieusard qui invitait ses chums à zigonner après la piscine, le cabanon, le moteur de l’auto, etc…

françois xavier était le gars avec des théories du genre « l’huile c’est comme le sang du moteur » ou encore « le backwash c’est comme le sang du filtreur ». il passait son temps à m’appeler bob et moi à lui dire « non, c’est robert ».

popol arrivait toujours (puisque c’était en 5 scènes semblables genre accumulation de running-gags poches) au bon moment avec le bon outil. il promenait son chien aussi.

karl ne disait rien du film sauf à la fin. après qu’on ait réparé la télé il sort: « heille, juste à temps pour regarder la game de balle! ». quelle mauvaise réplique… faux fou rire général puis générique.

le film a dû être effacé le lendemain tellement c’était pitoyable.

la toune, ben, c’est ça, c’est à cause du film que personne ne verra jamais!

« quand j’ai 2-3 cossins à réparer dehors, s’pointent LES COPAINS et puis on jase de chars. »

L’Hiver approche
(Paroles: J-F Pauzé /
Musique : J-F Pauzé et M-A Lépine)
Propos de J-F Pauzé recueillis par
Alain Star
« C’est un soir de février 2001 qu’a commencé à germer l’idée de la chanson L’hiver approche. Je n’avais rien à faire et j’étais allé passer le temps au club vidéo de la Pointe, où travaillait Karl. Une soirée bien ordinaire. Plus ordinaire que ça tu meures. Bref, entre deux clopes et quelques discussions insignifiantes, je suis tombé sur un article, dans un journal X, qui traitait de l’emprise que la publicité et la consommation ont dans nos vies d’occidentaux. Un très bon article que j’aurais d’ailleurs dû garder…

En revenant à la maison, je me suis mis à penser à la condition de l’être humain en général et j’étais, je dois l’avouer, un peu down. Il faut dire qu’à l’époque, je n’avais pas un rond puisque j’avais décidé quelques mois auparavant de ne plus travailler. Décision qui avait plusieurs avantages mais qui apportait également des inconvénients d’ordre monétaire (rires). J’étais donc tiraillé entre deux visions : celle d’une vie pépère qui allait m’apporter un certain confort sans me poser trop de questions et celle d’un humain libre, qui fait ses propres choix, en allant un peu à contre-courant du système établi. C’est là que me sont venues les paroles J’loue ma vie à un employeur / À coup d’journées et d’gouttes de sueur / Quand j’pense qu’on fait tout’ la putain / Pour pouvoir s’payer des cossins / etc… Bref, j’ai rassemblé mes idées et la toune est née comme ça. Cette chanson représente une époque de ma vie qui fut assez difficile. Une époque où je rêvais de gagner ma vie avec la musique, où je passais d’une jobine à une autre, où mon entourage me disait que ça n’avait pas d’allure d’exercer un emploi si précaire… Et toujours cet automne qui me ruinait financièrement avec les maudits pneus d’hiver, le permis de conduire à payer, les plaques, les assurances de char et le maudit gaz qui augmentait… Pour moi , quand l’hiver approche, c’est synonyme d’être cassé… C’était encore plus vrai cette année-là !

Mon chum Rémi
(Paroles et musique : J-F Pauzé)
Propos de J-F Pauzé recueillis par
Alain Star
Vieille chanson qui traînait dans mes tiroirs depuis des années. J’avais composé la musique et les paroles du refrain en 1998. Cette chanson était inspirée à la base d’un de mes chums (dont je vais taire le vrai nom) et qui avait une mauvaise passe. Je n’avais jamais oublié cette mélodie et je m’étais bien juré de l’utiliser un jour. Ce qu’il y a de bon, c’est que pendant les années où elle était en stand-by dans mon tiroir, j’ai vu plusieurs camarades passer par des moments difficiles. Je dirais même que certains passages de la chanson sont aussi inspirés de ma propre vie. Bref, Mon chum Rémi, c’est l’histoire de plein de gens à la fois…

Alors, quand j’ai commencé à travailler le texte des couplets, à l’été 2001, je me disais que ça irait vite… Mais Mon chum Rémi a bien failli ne jamais être sur Break Syndical ! Je n’ai jamais eu autant de difficulté avec une chanson. Incroyable ! Il y a eu au moins 30 versions différentes et quand je relis ça aujourd’hui je me dis qu’elle aurait pu être très quétaine ! C’était pathétique ! (rires) J’avais même abandonné l’idée jusqu’à temps que Marie-Annick réussisse à me convaincre de la retravailler. Finalement, c’est lors d’un soir de canicule du mois d’août que je l’ai récrite au complet… en une demi-heure ! je suis allé voir Marie et lui ai dit : « Ça va être ça ou rien ». Elle a pleuré en l’écoutant. J’ai dit : « O.k. c’est ce que je voulais ! » (rires)

Le Pouceux
(Paroles et musique : J-F Pauzé)
Propos de J-F Pauzé recueillis par
Alain Star
Cet insuccès qu’est le Pouceux (je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi on la joue invariablement à chaque spectacle…) a quand même une histoire intéressante.

Quand m’est venue l’idée de faire une chanson sur un gars qui faisait du pouce, partant de la Gaspésie jusqu’à Montréal, j’ai décidé de le faire sans erreur géographique. Je voulais que ça se tienne. J’ai donc composé la chanson avec une carte routière du Québec. C’est alors que m’est venue l’idée de faire dormir le personnage de la chanson dans un guichet automatique (j’y tenais vraiment car mon pote Caza le faisait souvent après des soirées trop arrosées à La Ripaille…). Donc, ça prenait une rime avec un nom de ville qui finit en « ique ». Il fallait aussi que la ville soit en Gaspésie car c’était là qu’on était rendu dans le périple. Deux choix s’imposaient : St-Ulric et le Bic… Pas assez de syllabes pour Bic, on ne se questionne pas plus longtemps, c’est St-Ulric qui aura la chance d’être immortalisée dans le Pouceux (!). Le hic c’est qu’on a appris un an après la sortie de l’album qu’il n’y avait pas de guichet automatique à St-Ulric… Comment pouvais-je imaginer qu’en 1999 il y ait encore des villes n’ayant pas de guichet automatique ? Bref, la chanson sera sûrement actualisée un jour. Ils vont bien finir par avoir un guichet !

Autre chose, si vous remarquez, la fin du texte a vraiment été botchée. En fait, je n’arrivais pas à trouver de fin. Dom est venu chez nous et m’a dit : « ben y’a pas de fin, c’est tout. On va finir en disant Si vous passez dans c’te bout-là / Embarquez-moi !!! ». On a aussi pensé au clin d’oeil en rapport au dessin animé Rémi (je suis sans famille etc…). On a trouvé ça ben drôle et on a bâclé ça là ! (rires).

Banlieue
(Paroles et musique : J-F Pauzé)
Propos de J-F Pauzé recueillis pas Alain Star
le 20 janvier 2003
« On était en septembre 1998. J’avais 22 ans et je vivais depuis le mois de juillet une peine d’amour. Le pire était passé, vous savez ces moments pénibles des premiers jours où on ne mange pas, on ne dort pas… Bref, je commençais à m’en remettre, comme on dit.

Je venais d’annoncer à mes parents que je lâchais l’école pour m’occuper du groupe (ou était-ce par manque de motivation ? Peut-être bien !) et j’étais un peu nostalgique du temps où j’étais un ti-cul qui n’avait rien à penser d’autre que de jouer au hockey dans la rue. Je fumais une cigarette dans la cour arrière de la maison de mes parents, c’était une belle soirée d’automne et les lueurs de la pleine lune reflétaient sur l’eau de la piscine. Des sentiments partagés m’envahissaient. Je balançais entre la nostalgie du temps passé, la tristesse et un espoir certain. La soirée était vraiment apaisante et je suis resté dehors une bonne partie de la nuit à réfléchir. C’est là que m’est venue l’idée de la chanson Banlieue.

J’avais, comme c’est souvent le cas, une phrase qui me trottait dans la tête depuis l’été : C’est comme si t’avais pris une paire de cutters / Pis qu’t'avais coupé le cordon de mon coeur… Elle m’était venue quelques temps après m’être fait larguer mais je ne savais pas comment l’inclure dans une chanson. De toute façon, la plaie était trop vive et je n’avais pas envie de travailler des textes. J’avais gardé cette phrase en mémoire elle s’est finalement insérée automatiquement dans le texte de >Banlieue. Une chanson un peu maladroite certes, mais qui m’a fait du bien… et m’a permis de reprendre avec la fille en question parce qu’elle pleurait chaque fois qu’elle l’écoutait. Ça a du bon parfois d’être un paumé qui compose des tounes… »

En berne
(Paroles et musique : J-F Pauzé)
« J’étais sur la rue St-Denis à Montréal et une mélodie m’est soudainement venue en tête. C’était le riff de mandoline de ce qui est devenu plus tard En berne. Donc, pour ne pas l’oublier, j’ai appelé chez moi et je me suis fredonné l’air sur mon répondeur.

J’ai donc commencé à travailler un texte qui s’intitulait « La belle province » (pour faire un lien avec l’ancienne devise du Québec et le restaurant de fast-food) et qui traitait de toutes sortes de sujets. Un genre de melting-pot de tout ce qui me faisait chier dans la société québécoise actuelle. Je me suis retrouvé avec une dizaine de pages remplies de ratures et un texte beaucoup trop long qui faisait en sorte que la pièce aurait duré 8 minutes… Comme je voulais faire une synthèse et avoir un texte qui ne laissait pas d’ambiguïtés dans le message, j’ai commencé un casse-tête qui m’a pris deux mois à terminer : je prenais une phrase pour la mettre ailleurs, j’inversais des couplets, je changeais des mots etc… Finalement, au bout de quelques semaines j’étais satisfait mais un autre problème subsistait : je n’avais pas de paroles pour le refrain !

« Si c’est ça l’Québec mon chum », « C’est tu ça pour toi l’Québec »… etc… Rien à faire, pas une christ d’idée qui avait de l’allure ! Puis, un soir où je souffrais d’insomnie pendant que ma blonde de l’époque ronflait à mes côtés, j’ai pensé à « Si c’est ça l’Québec moderne… ». Là je me suis dit que ça sonnait bien et que c’était un bon début. Je me suis levé et j’ai fouillé dans mon dictionnaire de rimes pour trouver des rimes en « ERNE ». C’est là que j’ai vu « en berne ». Mettre un drapeau en berne… Quelle belle image ça ferait ! « Si c’est ça l’Québec moderne / ben moi j’mets mon drapeau en berne » En me relisant, je trouvais que ça sonnait comme un slogan de parti politique mais que dans ce cas-ci, on se servait du slogan pour justement décrier le laxisme des québécois, de leurs institutions et de leur classe politique… Sans vouloir être prétentieux, je peux vous dire que cette nuit-là j’étais ben fier de mon coup !

Bref, j’ai eu de la misère en tabar… avec cette chanson mais ça valait le coup d’y mettre du temps ! Dire que je vais bientôt devoir me remettre à composer… Des nuits d’insomnie en perspective… »

A’ polyvalente
(paroles et musique : J-F Pauzé)
« Quelques jours avant d’entrer en studio pour Break Syndical, j’étais dans mon bureau et je regardais par la fenêtre d’où je peux apercevoir le collège où je suis allé au secondaire. Je me suis mis à penser au chemin que j’avais parcouru depuis ce temps et également à me demander ce qui était advenu des gens que je côtoyais à l’époque… Comme je n’étais pas vraiment dans la clique des gars « cool » de l’école et que je ne pouvais jamais sortir avec les belles filles (!) qui leur étaient réservées – faut dire que je mesurais 4 pieds 9 jusqu’en secondaire 4 – , j’ai commencé à griffonner un texte pour me venger ! Je me suis dit qu’il devait bien y avoir un de ces gars-là qui avait mal viré ! J’ai donc écrit cette chansonnette en une demi-heure et je l’ai présentée au groupe le soir même. Comme les chansons de l’album étaient pratiquement choisies et coulées dans le béton, on a dû lui faire une petite place car nous la trouvions bonne et franchement ludique…

Je suis allé par la suite à une soirée de retrouvailles au collège et j’y ai vu effectivement des personnes qui n’avaient pas trop bien viré. D’autres qui brillaient par leur absence. Certains, au contraire, sont demeurés les « winners » qu’ils étaient à l’époque. Et plusieurs parmi ceux qui m’ignoraient dans le temps étaient soudainement devenus mes grands chums ! J’en ai pas fait de cas mais je riais un peu dans ma barbe… Christ que le monde est hypocrite ! (rires) »

Awikatchikäen
(Paroles : Karl Tremblay /
Musique : J-F Pauzé)
Par Alain Star
Plusieurs rumeurs ou légendes ont été véhiculées à propos de la chanson Awikatchikaën. Qu’en est-il en vérité ? Est-ce un mot issu d’un dialecte amérindien ? Karl a-t-il vraiment été frappé d’une vision le jour où il a composé cette chanson qui, à la base, semble anodine ? Quel est le mystère entourant le fameux « pays d’Awikatchikaën » et de son shaman Katschë dont Karl parle toujours en spectacle ? Et pourquoi cette chanson si simplette provoque encore et toujours, après tant d’années, le déchaînement collectif lorsque J-F en gratte les premiers accords lors des spectacles ?

Toutes des questions où il m’a été bien difficile d’avoir des réponses précises. Puisqu’à la lumière des informations recueillies, il semble flotter un véritable mystère autour de cette pièce.

Selon J-F, la musique de la chanson a été inspirée d’une gigue que Willy Lamothe interprétait dans le film québécois des années 70, Mustang (la scène se passait dans une cuisine où les gens presque en transe et alignés le long des murs, tapaient du pied pendant que Willy y interprétait une chanson au dialecte inconnu. Une scène très bizarre !).

Bref, J-F fait alors écouter cette nouvelle musique à Karl lors d’une soirée qui, selon mes sources, ne se déroulait pas sans abus de stupéfiants. Dès la première écoute, Karl entonne instinctivement le fameux « Wan tchikatan tchikatan tchikatan..etc… ». Ils la joueront pendant des heures. Le temps semblait s’être arrêté et les effets de la drogue avaient mis les deux jeunes hommes dans une autre dimension. Soudain, Karl prit une feuille et un crayon et écrivit automatiquement la chanson en cinq minutes. Ils la chanteront jusqu’à épuisement, Karl tombant même dans un semi-coma où, selon J-F, il hallucina Katschë, le shaman du pays d’Awikatchikaën. Ce dernier lui aurait dit quelque chose du genre : « Avant qu’ils sombrent dans le néant, tu les feras danser jusqu’à la nuit des temps ». À partir de ce moment, ils savaient qu’ils avaient une mission dans la vie et ont arrêté toute consommation de drogue. Mais Karl et J-F resteront marqués par l’événement. Ils n’en parlent d’ailleurs que de façon évasive, ne s’attardant pas sur le sujet.

On ne sait pas si l’histoire est vraie en partie ou en totalité. Nous ne le saurons probablement jamais…

Mon Pays
(Paroles et musique : J-F Pauzé)
Propos de J-F Pauzé recueillis par Alain Star
Au début, je voulais faire une chanson sur l’histoire d’Alexis le trotteur. Je tripais pas mal folklore à l’époque. Finalement, je ne sais pour quelle raison, je me suis mis en tête d’écrire une chanson qui retracerait les grandes lignes de l’histoire du Québec mais de façon un peu humoristique. Je suis donc parti de la thèse fictive (quoique non démentie par les historiens !) qui dit que les Français ont perdu la bataille des Plaines à cause d’une beuverie monumentale. Puis j’ai tenté par la suite de bien isoler les événements marquants de notre histoire, les associant à chaque fois à la pseudo ivrognerie du peuple Québécois.

Résultat ? J’avoue bien aimer la chanson mais c’était mes premiers balbutiements dans l’univers de la chanson sociale. C’est une bonne chanson mais aujourd’hui, je ne l’aurais pas écrite de cette façon; je l’aurais probablement plus travaillée. À vrai dire, je la trouve un peu bâclée… Pas étonnant puisque je l’ai écrite en une demi-heure, un dimanche matin, avant une pratique chez Jérôme !

Le Gars d’la compagnie
(Paroles : J-F Pauzé /
Musique : J-F Pauzé – M-A Lépine)
Propos de J-F Pauzé recueillis par Alain Star
J’avais visionné une dizaine de fois L’Erreur Boréale, le film de Desjardins et Monderie sur la déforestation. J’en avais les jambes sciées. Ce film a vraiment marqué ma vie. En tant que jeune auteur, je voulais écrire quelque chose sur le sujet mais j’étais ambivalent : s’attaquer à ce sujet après qu’il ait été traité de si belle façon et par Desjardins en plus ! Bref, je ne savais pas quoi faire.

Depuis plus de six mois, j’avais deux phrases qui me trottaient en tête : « Et le gars d’la compagnie rit dans sa barbe / C’est qui le con qui a dit que l’argent poussait pas dins arbres ». Mais impossible de trouver quoi que ce soit d’autre.

Bref, nous avions déjà fait la pré-production pour l’album Motel Capri mais nous n’avions que la musique de la chanson et les deux phrases ! Il fallait opérer au plus vite avant qu’on entre définitivement en studio. Marie venait de trouver un reel de violon endiablé mais de mon côté, j’étais toujours incapable d’écrire des paroles à cette chr… de chanson !

Finalement, le 31 décembre 1999, quelques heures avant l’an 2000, l’inspiration arriva ! Assis dans ma cuisine du 99 Archambault à L’Assomption, le texte a été écrit environ en deux heures et n’a même pas été retouché. Je le trouvais clair, précis et concis. Il n’aurait pu être plus long. Il disait tout ! Bref, l’attente a été longue mais en valait la chandelle. C’est une de mes chansons préférées et je ne me lasserai jamais de la jouer en spectacle…

Toune d’automne
(Paroles : J-F Pauzé /
Musique : J-F Pauzé – M-A Lépine)
L’idée de cette chanson m’est venue de façon un peu malhonnête. Comme je n’ai pas de sœur, je n’aurais jamais pensé écrire ce texte un jour. Mais le hasard et une trop grande curiosité font parfois de belles chansons. Voici l’histoire :

L’an passé, j’habitais dans un appartement au sous-sol d’une luxueuse maison située près du fleuve à St-Sulpice. Les propriétaires, des gens très gentils et affables, aimaient bien me piquer un brin de jasette lorsque je les croisais. Il leur est arrivé à quelques reprises de me parler de leur fille qui était partie dans l’ouest canadien depuis plusieurs mois. Ils semblaient s’ennuyer d’elle énormément.

Toujours est-il que dans cet appartement, il y avait de l’interférence sur la ligne téléphonique et parfois, lorsque je décrochais le récepteur, je pouvais entendre les conversations de mes propriétaires. Habituellement, je n’écoutais pas par simple respect mais quand je suis tombé sur une conversation avec leur fille qui était dans l’ouest, je n’ai eu d’autre choix que de faire mon écornifleux. Je ne raconterai pas ce que disait la conversation mais je peux vous dire que ça m’a grandement inspiré pour la chanson. Bref, j’ai demeuré à cet endroit un an et je n’ai jamais vu la fille. J’ai déménagé avant qu’elle revienne. Mais même si je ne la connais pas vraiment, j’espère juste, comme le dit la chanson,qu’elle a repris le dessus…

Léopold
(Paroles et musique :
Dominique Lebeau)
C’était en 1997, quelques semaines après la sortie non remarquée de «12 grandes chansons». Question de «road-tester» notre cassette, je pars vers la Gaspésie avec une amie, sa belle voiture (une Mazda 323 je crois) et toute notre jeunesse prête à découvrir le monde.

Ainsi, par une fin d’après-midi, le soleil est sur le point de se coucher et nous sommes étendus dans l’herbe, sur le bord de l’eau. J’ai un air en tête et je regarde le Rocher Percé qui est à 2-300 mètres. J’me dis: il faudrait qu’on joue un genre de toune d’amour à la Elvis, mais le punch serait que le prénom en soit un de gars!

Pas de farce, je voulais écrire une chanson pour nos plus belles voix, je pense à Sylvain Pelletier, Bruno Cossette (et la qualité des couplets tout comme les rimes du refrain en témoignent…). Le concept de la chanson Léopold, qui s’appelait à l’époque «Ton prénom», était né.

Je n’ai eu qu’à glisser «le nectar que sont tes baisers», un superbe «mais pointé vers le ciel», faire rimer «amour» et «toujours» et le tour était joué! Le résultat: une chanson quétaine à souhait sans dénigrer ceux qui préfèrent s’aimer différemment…

La manifestation
(Paroles et musique : J-F Pauzé)
Si je me souviens bien, l’idée de la chanson m’est venue après que je me sois pointé avec Dom à une manifestation contre la déforestation et les coupes à blanc, devant le siège social de la compagnie Domtar. Nous étions arrivés là naïvement, croyant qu’avec les retombées de « L’erreur boréale » de Desjardins et Monderie, nous aurions droit à une manif monstre où le citoyen crierait son indignation dans la rue…

Quelle ne fut pas notre étonnement de voir à notre arrivée, quelques hippies complètement givrés qui jouaient du tam-tam, des assistés sociaux en manque d’activité, des militants « fumeurs de clopes » aux propos communistes et un vieil hurluberlu complètement disjoncté qui ressemblait à Castro. En tout, une quarantaine de personnes pour ce qui devait être une manifestation énorme. Et comme il faisait un froid de tous les diables, les gens désertaient massivement les lieux après une heure.

Alain Star : Plusieurs personnes vous ont posé la question suivante : est-ce que la chanson met en doute la pertinence des manifestations ou est-ce un appel à continuer le combat ?

Je dirais que je suis ambivalent. C’est certain que pour la santé de la démocratie (ou du peu qu’il en reste !), les phénomènes de contestation sont nécessaires, voire impératifs. Mais en bout de ligne, ça ne change jamais rien. La contestation, c’est quitter l’ignorance. Un peuple qui ne conteste pas, est un peuple ignare mais qui ne sait pas qu’il se fait fourrer. Un peuple qui conteste en est un plus éveillé mais qui se fait fourrer tout autant…

Mais pour répondre à la question, oui, le texte de « La manifestation » est à double sens. Je l’ai écrit en pleine désillusion face à la capacité des citoyens de changer les choses. Mais c’est aussi un appel à tous les pantouflards qui ont le cul assis sur leur sofa de se lever pour une fois. Comme quoi je suis extrêmement naïf…

Su’ mon Big Wheel (c’tait l’fun)
(Paroles et musique : J-F Pauzé)
L’histoire derrière cette chanson est très simple. Elle fut composée très tard dans la nuit lors d’un party chez Marc Talbot au moment où les gens en présence avaient un taux d’alcoolémie passablement élevé. J’avais pris ma guitare et je grattais pour le fun mais la cousine de Marc, qui s’appelait Josiane, n’arrêtait pas de me gosser pour que je lui joue une vieille chanson plate que nous avions composée et qui s’intitulait Voir du pays. Comme j’en avais absolument pas envie et qu’elle commençait à m’énerver, je lui ai improvisé cette chanson pour qu’elle se ferme la boîte et, l’alcool aidant, le monde l’a trouvée bien drôle. Si bien qu’au bout d’une demi-heure, tous la chantaient en chœur et la cousine de Marc recommençait à m’achaler pour que cette fois, je lui joue la « chanson du Big Wheel. »

On a décidé de l’inclure sur l’album Motel Capri en blague. On trouvait ça drôle que tout le texte de la chanson se retrouve dans le titre. Ce qui est plate, c’est qu’on oublie toujours de la jouer en spectacle…

Le Plombier
(Paroles et musique : J-F Pauzé)
Chanson dont l’idée de base fut inspirée d’un « Econoline jacké deux tons, rouillé / patché avec d’la potée » stationné en permanence sur le boulevard Iberville, à Repentigny. Pendant plusieurs mois je passais devant ce camion et je me disais que je devais faire une chanson en son honneur. Mais je ne savais pas trop où diriger mon idée jusqu’au jour où j’ai décidé de recourir aux services de Karl qui travaillait au club vidéo De la Pointe.

Je lui ai demandé de m’écrire sur un papier une dizaine de mots absurdes que je serais obligé d’inclure dans mon texte. C’est ainsi qu’il me griffonna entre autres les mots « coupe Jaromir Jagr », « craque de fesse », « velveeta », etc… En voyant le mot « craque de fesse » et en pensant au camion rouillé, le déclic s’est fait : faire une toune sur un plombier ! Et c’est ainsi qu’est né Guy Lafleur, le plombier.

Et par un curieux hasard, on a eu ouï dire qu’un plombier du nom de Guy Lafleur existerait bel et bien à Varennes. Ça reste cependant à être confirmé…

Un p’tit tour
(Paroles : J-F Pauzé – Dom Lebeau /
Musique : J-F Pauzé)
Je venais d’emménager dans mon premier appartement au 99 Archambault à L’assomption. Il n’y avait pas de calorifère dans tout l’appart. Seulement une grosse chauffrette dans le passage qui prenait plus d’une heure pour réchauffer tout le logement. Il y faisait tellement froid que parfois, j’allais lire à côté du four, la porte ouverte à 325 degrés. J’avais composé les paroles du refrain et quelques phrases du couplet lorsque Dom m’arriva avec d’autres paroles pour les couplets. Finalement, les couplets sont un mélange du texte à Dom et du mien.

Ça a donné une p’tite chanson assez naïve écrite pour une fille qui était (et qui est toujours) très chère pour moi.

P.S. « Mon coloc qui travaille su’l shift de nuit », c’était en fait UNE coloc puisque j’habitais avec Karine, la sœur de Karl. Mais elle ne travaille plus su’l shift de nuit depuis quelques semaines.

Québécois de souche
(Paroles & Musique: Dom Lebeau)
Propos de Dominique Lebeau
recueillis par Alain Star
J’ai à une époque travaillé sur un camion, je livrais dans les secteurs industriels pour ro-na. Je côtoyais toute sorte d’hommes surtout avec des langages des plus colorés et des plus remplis d’anglicismes… Je me suis dit que ça pouvait être une toune.

Le titre au départ devait être « à’a shop » et se dérouler autour de ça avant que les choses aillent plus loin, que j’en fasse une chanson sur l’ensemble des colons que nous sommes au Québec. On se vante d’être des vrais, des « de souche », hum…

Alain Star: Je vous ai entendu dire que l’homme du peuple y était pour quelque chose pour ce qui est des paroles?

J’ai effectivement lâché un coup d’fil à Marc Talbot pour ce qui est des pièces d’auto; spark-plugs et gallipers sont probablement de ses suggestions. Il m’a ensuite suffit de glisser les noms de Marjo et de Fabienne Larouche puis les mots « la loi 101 tatouée sur la bouche » pour en faire un hymne ridicule avant lequel Karl peut crier: « Y a-t-il des Québécois de souche ici ce soir! »

Break syndical
(Musique: Dom Lebeau/Marie-Annick Lépine)
Propos de Dominique Lebeau
recueillis par Alain Star
Un beau morceau trouvé au piano. Je me disais qu’avec un bon beat puis le violon de Marie ça pourrait éventuellement devenir une musique de fond pour un texte pas de sens de Karl, genre « spoken-word ». On l’a fait en spectacle, Karl parlait pendant près de 15 minutes…

On a abandonné l’idée du texte parlé mais gardé le musical. Je pense que c’est Karl qui a trouvé le titre (et qui plus tard l’a suggéré comme titre d’album), qui a bien du sens, c’est une pause qui fait du bien avant de répartir de plus belle!

Le quai de Berthier
(Paroles: Lebeau/Pauzé/Tremblay
Musique: Dom Lebeau)
Propos de Dominique Lebeau
recueillis par Alain Star
Alain Star: Parle-nous donc du Quai de Berthier.

Oh lala! le fameux quai!

La musique inspirée d’un genre de folklore celte, des paroles comme « face de Lucky Luke », « Mike Liut » et « carcasses de chars ». Ces dernières ont d’ailleurs été le point de départ de la chanson qui devait d’abord se passer au Lac Saint-Jean; c’est probablement vers St-Prime ou Roberval, en voyant un paquet de vieux camions rouillés sur le terrain des gens que l’idée du « quai » était née: l’enfance racontée à travers ces jeux de p’tits gars, etc…

Au même moment Jean écrivait une chanson un peu plus forte au niveau du texte mais qui racontait un peu ça aussi, la chanson « banlieue ».

De souvenir, les refrains du quai, ou certains d’entre eux, viennent de Karl et Jean.

Alain Star: Et qui est Guy Dubuc?

J’étais au carré coin Berri et Ste-Catherine, le groupe Basta devait jouer sur une scène extérieure. Un gars est venu au micro et a dit: « on cherche Guy Dubuc, si quelqu’un a vu Guy Dubuc… » Quel bon nom ai-je pensé!

3-4 ans plus tard on a rencontré le gars en question, pianiste et chef d’orchestre sur le show de « Gilidor ». Je lui ai raconté l’histoire, il s’en souvenait, c’est lui qui avait programmé des trucs pour Basta et ce soir-là la machine ne fonctionnait pas… Ah oui, il n’a pas une face de Lucky Luke.

Rue Chapdelaine
(Paroles & Musique: JF Pauzé)
Propos de Dominique Lebeau
recueillis par Alain Star
Je viens de voir que dans Môtel Capri je n’avais pas de crédit de collaboration au texte pour celle-là, un si grand succès… Ce dont je me souviens c’est de Jean avec moi dans le sous-sol de mes parents (ou était-ce pour le pouceux?) avec toutes ses paperasses, ses textes et sa guitare. Il lui manquait quelques lignes pour « rue Chapdelaine ». En fait il ne manquait pas grand chose: leggings et joggings (quelle rime!) et parler de 4-5 trippeux de Repentigny qui jouent dans un band de country. Alfred Hitchcock n’aurait pas fait mieux comme caméo!

Anecdote: dans sa première version on jouait un refrain disco (a danse dans un club de Laval) et l’autre western. Finalement les 2 sont disco. Les bruits de la rue sont en fait ceux de l’avenue de La Roche entre Rosemont et Bellechasse devant le studio de Louis-Simon Hétu qui nous avait fait une rallonge pour le micro d’environ 100 pieds! « ôte-toé d’dans rue! » Ah, que de souvenirs…

Les étoiles filantes
(paroles et musique J-F Pauzé)
Ça devait bien faire deux ans que j’avais cette maudite mélodie en tête. Je la chantais toujours en voiture en y glissant des paroles incohérentes puisque le texte n’était pas écrit. Et je ne savais pas non plus dans quelle direction l’amener au niveau musical. Mais je l’avais toujours dans la tête. C’est bon signe dans ce temps-là !

Puis un jour, je me suis dit qu’il fallait peut-être commencer par la base et écrire un texte. Ce que j’ai fait. C’est l’histoire simple, voire banale d’un gars qui, à l’aube de la trentaine, porte un regard sur le chemin parcouru et qui fait un espèce de bilan en se questionnant au passage sur le sens de sa vie. Le tout sous forme de confidences faites à une amie dans un bar, rue St-Denis. Voilà pour le canevas.

Musicalement, j’avais une petite idée mais c’est vraiment avec les autres Cowboys que Les étoiles filantes ont pris forme. On ne savait pas trop où s’en aller en studio. J’avais l’air d’accordéon en tête mais il manquait quelque chose. Marie a alors ajouté une très belle ligne de piano et de la flûte traversière qui accentuent le côté mélancolique de la chanson. Jérôme l’a agrémentée d’une superbe ligne de contrebasse, j’ai fait trois pistes de guitares en contretemps et Dom y a ajouté des percussions. Puis nous avons décidé de faire une intro qui serait comme un espèce de crescendo d’intensité nous menant à l’entrée de l’accordéon et de la grosse caisse. Puis Marie est arrivée avec son intro de piano qui s’est mariée parfaitement avec le reste. On a écouté le tout et… nous avions enfin une chanson qui se tenait ! Le résultat était à notre goût. J’aime beaucoup cette chanson. Pour moi, elle est dans mon top 2 avec L’hiver approche.

Pour le reste, je remercie cette belle étoile qui m’a inspiré le texte de la chanson un soir, dans un bar de la rue St-Denis. Il y a de ces histoires qui n’aboutissent pas mais qu’on n’oubliera jamais.

Plus rien
(paroles et musique J-F Pauzé)
C’est en revenant d’une conférence d’Hubert Reeves à Châteauguay qu’a commencé à germer l’idée de la chanson Plus rien. L’astrophysicien avait commencé sa présentation en disant quelque chose du genre : « (…) dans l’histoire de la planète terre, il y a eu cinq extinctions majeures (celle qu’on connaît le plus est celle des dinosaures) et elles ont toutes été la conséquence de phénomènes naturels (météorites, changements de température, etc…). La sixième extinction pourrait bien être celle de l’être humain. Et ce sera la première fois qu’une espèce sera directement responsable de son extinction (…) » J’étais dans ma voiture avec Jérôme et je réfléchissais à tout ça. Même si ce sont des hypothèses, je ne sais pas pourquoi mais j’ai plus tendance à croire les prévisions environnementales d’un Hubert Reeves que celles de Georges W. Bush, Paul Martin ou autres PDG de multinationales. Je lui ai alors dit qu’il fallait absolument faire une chanson à ce sujet. C’est resté là.

Quelques jours plus tard, j’ai pensé écrire un texte dont le narrateur serait le dernier humain de la terre. Dans la chanson, il exprimerait son grand désarroi face à la catastrophe qui n’a pu être évitée, tout en relatant les faits historiques hypothétiques qui ont conduit à cette catastrophe. Je trouvais l’idée excellente ! Tellement que j’ai composé la chanson en une heure. Quand je l’ai fait écouter aux autres, ils étaient bouche bée. Ils disaient que c’était très beau mais aussi très sombre. Moi, j’étais tellement excité que je n’avais pas vu à quel point le texte était dramatique. C’est quelques jours plus tard que je me suis rendu compte de la lourdeur du récit. Mais bon que je me suis dit, on ne peut pas toujours parler de Gina Pinard dans la vie !

Ces temps-ci
(paroles et musique J-F Pauzé)
Nous étions à la fin de la tournée Break Syndical, été 2003. J’étais fatigué et comme ça arrive parfois dans une vie, j’avais quelques petits problèmes personnels. Je n’entre pas dans les détails. Pas vraiment important et surtout, chose du passé. J’étais dans une chambre de motel, nous venions de faire un spectacle et je n’avais pas sommeil. À mes côtés dormait une gentille fille que j’avais croisée quelques fois depuis le début de l’été et je savais pertinemment que je ne la reverrais plus après cette nuit. Ça me faisait un petit pincement au cœur. Sa présence m’avait fait du bien. C’est en égrenant les secondes de cette nuit interminable que j’ai pensé écrire Ces temps-ci. Puis je me suis assoupi pour quelques heures. Le lendemain je revenais chez moi avec mon pack-sac et mon char accidenté (j’avais pogné un accident deux jours plus tôt ayant presque tué Caza et Titi Tancrède. Je vous jure que c’était vraiment une belle époque…) et je me suis arrêté à Québec pour faire une sieste dans un hôtel car je sentais que j’allais m’endormir au volant. C’est là, sur des feuilles de papier avec l’entête de l’hôtel, que j’ai griffonné le dernier couplet / refrain de Ces temps-ci. Le reste de la chanson est venu quelques semaines plus tard.

J’ai lu un jour que le fait d’écouter des chansons tristes lorsque nous sommes déprimés a un effet bénéfique sur le moral. Je sais maintenant qu’en écrire est aussi une bonne façon de retrouver le sourire. Ça permet de sortir le méchant et de faire un trait sur des moments un peu pénibles. Je n’ai pas réinventé la roue mais j’aime beaucoup cette chanson.