On repart!

Le 12 novembre 2011 |

Ça faisait un bail que je n’avais pas donné signe de vie ici. C’est signe que les affaires reprennent! C’est bon ça.

Donc, après un an d’écriture, de répétitions et de studio, le tout entrecoupé de quelques festivals, on peut dire qu’on n’a pas chômé pendant notre « sabbatique ». Et comment s’est déroulée cette année?

À la mi-octobre 2010, lors d’une cuite monumentale avec Jérôme, nous établissons tous les deux les bases de ce qu’allait être le prochain disque en trois points précis:

1-   Faut qu’ça sèye plusse rock que l’Esspédission.

2-   T’es mon meilleur ami maaaann!

3-   J’ t’ aime les gars…

Avec un concept aussi fort, on ne pouvait pas se tromper. C’est donc avec ces paramètres que j’abordai l’écriture de ce qu’allait devenir l’album Que du Vent. Aussi bien dire que je partais de zéro. Petit exil dans le nord où j’écrivis une première chanson en novembre : L’Horloge. Pas mal satisfait mais je n’ai que deux couplets. Je compléterai la chanson plus tard à l’hiver. Au moins je me rends compte que je n’ai pas trop perdu la main. Y’a de l’espoir…

J’ai plusieurs mélodies en banque mais contrairement à 2007 où j’avais écrit deux disques en même temps (L’Expédition et Sur un air de déjà vu), j’ai moins d’idées pour les textes. À l’époque, nous avions pris l’année 2006 au complet pour refaire nos forces et penser à d’autres choses qu’au groupe. J’avais passé six mois à refaire ma cuisine et mes armoires de mes propres mains. J’avais tellement sacré et tempêté que je m’étais dit que l’écriture ce n’était pas si mal au fond. J’aurais dû refaire ma salle de bain avant d’attaquer Que du vent…

Pour les sept huit premières chansons tout a bien été. J’avais envie de plus de grinçant, de festif et de ludique. Assez satisfait du résultat. J’ai fait des petites maquettes sur Garage Band et j’ai remis ça aux membres du groupe. Ils étaient super enjoués de cette première mouture. C’est par la suite que ça s’est gâté. Psychiquement vidé. Plus d’idées. J’ai dû me battre avec mon cerveau des mois de février à mai pour finir mon travail. Selon mes standards personnels (ISO – JF PAUZÉ), ça prenait au moins 15 chansons. J’en ai finalement fait 16. On avait des dates de studio de réservées au début de mai. On a du repousser un peu car on n’était pas prêts. Comble de tout, une tournée de festivals avait été bookée (« qui c’est qui a donné son accord à ça tabarnak? Nous autres? Ah! Ouin, c’est vrai… »).

On a alors mis les bouchées doubles. Fallait monter et répéter les nouvelles chansons entre les concerts et les jours de studio. C’est alors que Marie commença aussi à sentir la pression monter. Elle avait quinze chansons à arranger en un temps record. Son état psychologique commençait à ressembler au mien à la fin de l’écriture. Par dessus le marché, Jérôme finissait une importante tranche de son doctorat en août, avec un deadline pour la fin septembre. Karl, lui, franchissait un important niveau sur non dernier jeu vidéo (!) dont il devait faire la critique à M. Net. Je vous dis, ON ÉTAIT DANS LE JUS. Disons que les émotions étaient à fleur de peau et parfois même à pot de fleur… dans la face! Rassurez-vous, on s’aime pareil. On en a vu d’autres!

Puis vint le mixage avec ses sempiternelles écoutes et commentaires contradictoires venant de chacun : « Ça prend plus de violon ici », « j’entends pas ma guitare », « qui a donné son accord pour enlever le saxophone? Et le fameux « ça manque de groove, ça prendrait plus de gras. » Finalement le disque est parti à l’usine quelque part au début d’octobre. On avait tous envie d’un break. Jérôme est parti trois semaines en Chine après m’avoir déclaré : « C’est rare que je dis ça mais là, j’ai vraiment besoin de vacances! ».

Depuis, je passe mes journées en pyjama. Je me lève à 10h30 tous les matins. Je joue à Age of Empire III en buvant du thé. Je ramasse les feuilles. Je fais le ménage du garage. Je lance la balle au chien. Il me la rapporte pleine de bave en branlant la queue.

La vie est si belle quand on pense à rien.

Avec un peu de recul, je suis plutôt satisfait. Le disque est très bien fait. On s’est tous dépassés. Lundi, c’est le lancement. Un an plus tard, on remet l’adrénaline à on. Le hamster de la vie va se remettre en marche. Critiques, entrevues, feux de la rampe pour quelques jours. Puis la tournée. Ainsi soit-il !

On repart!

Saint-Donat – 5 septembre

Wow! Un show d’après-midi. À 15 heures. Ça faisait un bail qu’on n’avait pas fait ça. En fait, aussi loin que je me souvienne, les derniers spectacles où l’on a joué aussi tôt furent lors de notre mythique (lire ici: minable) Tournée des cégeps de l’an 2000. On avait alors fait quatre ou cinq cégeps sur l’heure du dîner. Les Shows Midi qu’ils appelaient ça. C’était notre mort. Karl a rapidement décrété que cette formule était proscrite, lui qui se levait habituellement aux alentours de 15 heures à l’époque. «Pour moi chanter à midi, c’est comme demander à un prof de se lever à 3 heures du matin pour aller enseigner. Ça n’a pas de sens», affirmait alors piteusement le chanteur du groupe.

On ne l’avait pas trop contredit puisque qu’on haïssait ça autant que lui. Je veux dire: chanter Le Plombier dans des cafétérias éclairées aux néons pendant que les gens indifférents mangent leurs lunchs, c’était pas exactement notre plan de carrière. Sans être avides de gloire, nous avions un peu plus d’ambition que ça, comme jouer dans des salles et le soir de préférence. Bref un autre long préambule pour arriver au sujet qui nous intéresse: le show d’après-midi qui avait lieu à 15 heures à Saint-Donat.

Les années se suivent et se ressemblent car Karl et Marie venaient de se lever lorsque je les ai cueillis vers midi. Sinon, le site n’avait rien à voir avec les cafétérias de jadis: nous jouions dehors, dans un endroit bucolique au coeur d’un beau festival, bien organisé et tout. En regardant par la fenêtre de la loge on s’est toutefois rendu compte que notre public allait être un tantinet différent. Devant la scène, une cinquantaine d’enfants sont assis par terre. On réalisait alors que ce show serait dans ce que l’on appelle la catégorie «familiale». Presque du type Shilvi ou Arthur L’Aventurier.

Bon, ça ne brassait pas beaucoup mais les gens cordés devant nous arboraient tous un beau sourire. Ils semblaient « contents d’être heureux », comme disait l’autre! Bref, ce fut un concert un peu spécial. On a tout de même apprécié quoique je persiste à dire qu’un show c’est bien plus plaisant le soir. Au moins cette prestation diurne nous a permis de voir notre éclairagiste Titi Tancrède à l’oeuvre dans d’autres fonctions puisque pour l’occasion il fut relégué à la direction de tournée ainsi qu’à la vente de marchandises. Un naturel dans tout ce qu’il fait le Titi! On a même eu ouïe-dire que le grand agissait en tant que conseiller spécial pour les gens qui décidaient d’acheter des disques.

Retour à la maison à 19h30. Ça faisait drôle de souper à une heure normale après avoir fait un show.

Gatineau – 6 septembre

J’étais extrêmement perplexe. Jouer le lundi de la Fête des Travailleurs c’est quand même un pile ou face. Est-ce que tu as vraiment envie d’aller voir un concert alors que le lendemain tu recommences à travailler pour un an? Non mais c’est vrai. Après la Fête du Travail, c’est fini. Les gens normaux n’ont plus de vacances (ou presque) avant l’été suivant. Les organisateurs du Festival des Montgolfières de Gatineau nous avaient rassurés en nous disant que les gens de l’Outaouais étaient habitués à cette formule et qu’ils allaient être de la partie. Ok.

C’était sans compter le temps merdique. Du gros ciel gris à perte de vue et de la pluie sans arrêt toute la journée. Quelle façon ordinaire de conclure le portion québécoise de notre tournée L’Expédition: sous la pluie battante. Ça ressemblait à 2007 où l’on avait conclu notre tournée de la Grand-Messe à St-Jean-sur-le-Richelieu dans la flotte, la brume et la bruine. Au moins personne n’a quitté le groupe le lendemain cette fois.

Pas grave, on est là pour jouer. Gros accueil de l’organisation avec un repas quatre services qui nous attend dans la loge VIP. Impeccable comme Festival rien à redire là-dessus! Une heure avant le concert, il y a environ mille personnes massées devant la scène avec des imperméables et des parapluies. Ça va être mince comme foule ce soir! S’il avait fait beau on aurait eu droit à 39 000 personnes de plus. Mais bon, les capotés qui sont là vont avoir droit à tout un show! Ils le méritent bien. Avant de monter sur scène, Étienne Chaput nous avertit que la pluie a cessé et qu’il y a environ 3000 personnes. Cool.

On a tout donné ce qui nous restait. Quelques imperfections étaient au rendez-vous  par contre. Un concert difficile au niveau technique. Plusieurs problèmes survinrent avec ma guitare. Mettons ça sur le compte de l’humidité. Par contre côté foule, rien à redire. Ils n’étaient pas aussi nombreux qu’on aurait voulu mais ceux qui étaient là ont fait du bruit pour les absents! Après la représentation, Titi Tancrède entre dans la loge en claudiquant. Saoul comme une botte. Incroyable mais le mastodonte éclairagiste peine à se tenir debout et son élocution ressemble plus à celle d’un gars qui a passé la soirée aux danseuses que derrière une console d’éclairage. Il a bu sur la job comme on dit! Une chance que ses patrons sont slack

En tout cas, il a trouvé le show excellent! C’est ce qu’il peine à nous baragouiner en tout cas. De mon côté je suis vanné. Je décide de rentrer à L’Assomption au lieu d’aller comme il était prévu au Brasseurs du Temps, où le propriétaire nous invitait si gentiment. Prenez le relais les amis. Moi ce soir je préfère aller me coucher sagement. Au même moment une saga se produisait au téléphone: Coach Ouellet, notre directeur de tournée, vient nous annoncer que le travail de sa copine enceinte jusqu’au cou venait de commencer! Il allait être père cette nuit et rentrait plein gaz sur Montréal.

On s’est suivis en voiture sur la 417. En regardant sa voiture qui roulait devant de moi sur l’autoroute sombre, je me disais que sa vie allait changer du tout au tout à partir de maintenant. J’étais heureux pour lui. Il avait tellement hâte d’être papa!

Faudrait bien que je me décide un jour moi aussi…

Depuis le cégep, je tente de mener à terme ce que je commence. Depuis «après le cégep» devrais-je spécifier car je n’ai pas terminé mon cégep… J’étais pourtant si près du but! En fait il ne me manquait que deux cours pour mériter mon diplôme en sciences humaines quand une envie irrésistible de manger des toasts au beurre de peanut et d’être incapable de payer mon loyer s’était alors emparée de moi: je voulais devenir auteur-compositeur et m’occuper de mon groupe à temps plein! Mes parents n’étaient pas contents mais depuis ce temps, j’ai toujours mené à terme mes projets (ou presque diraient mes ex.)

Tout ça pour servir de préambule à cette chronique qui tardait à venir et pour laquelle je me disais: «Ah! pis d’la marde, ça ne me tente pas de l’écrire.» J’étais fatigué cette semaine après les 3 concerts en quatre jours et je dois dire que je n’avais aucune envie de me creuser les méninges.  Ce soir non plus d’ailleurs mais mon côté professionnel l’emporte sur ma paresse. Mais bon, j’ai commencé ce projet et je n’ai sauté qu’un concert à date (Ste-Perpétue le 5 juin – Ah! Ah! personne ne l’avait remarqué celui-là!). Après il ne reste que deux dates. Finissons donc en beauté.

Bref, voici une chronique triple qui relatera notre week-end fort occupé!

3 septembre – Drummondville

S’il y a une place où on avait hâte d’aller c’était bien à Drummond pour enfin jouer au désormais célèbre Festival de la Poutine de nos non moins célèbres amis des Trois Accords! Nous sommes arrivés tôt sur les lieux car on voulait manger une poutine et avoir le temps de la digérer avant de monter sur scène. Arrivée à 17 heures sur le site. On constate non sans amusement que les musiciens des Trois Accords ont troqué leurs instruments pour des voiturettes de golf et des walkie-talkies. Les gars semblent nerveux et légèrement dans le jus. Malgré tout, nous fûmes accueillis chaleureusement par Simon et Charles qui semblent avoir les jobs les moins prenantes. Simon nous fait part des petites inquiétudes qu’ils ont au sujet de la rentabilité du festival. Celui-ci n’est pas subventionné et sa pérennité n’est assurée que par les ventes au guichet et la commandite locale. Du gros boulot qu’ils abattent depuis des mois (en plus de leur propre tournée) et qui pourrait être anéanti par une faible participation du public ou par du mauvais temps.

Les craintes furent vite dissipées: il y avait déjà beaucoup de monde pour Bernard Adamus et la foule rentrait à pleine porte une heure avant le show. Les visages des organisateurs se décrispèrent pour faire place à des sourire détendus. Il y avait du monde en masse. Excellent show ce soir-là! La grosse forme pour le groupe et une foule en délire! Déguisements, conneries, énergie et en prime une coupe de cheveux en direct exécutée par le maître coiffeur Karl Tremblay sur le cobaye Bazou, qui se solda par une atrocité capillaire jamais vue.

En passant, ce fut notre meilleur spectacle à vie à Drummondville. En sortant de scène, des poutines au homard et au calmars frits (création du chef Martin Picard) nous attendaient en plus d’une excellente bavette d’agneau. Ça c’est du service! Merci les gars pour votre bel accueil ! On se souviendra longtemps de notre passage à la Poutine. Chapeau!

St-Donat – 5 septembre

Ah! pis d’la marde, ça ne me tente plus ce soir. Le reste viendra demain!

Au lendemain d’un concert aussi relevé et intense que la veille à St-Jean-sur-le-Richelieu, la levée du corps est toujours un peu pénible. Les courbatures étaient au rendez-vous en ce matin grisâtre et la météo n’allait pas s’améliorer pour la soirée. C’est en tous les cas ce qu’affirmait Météo Média. Il faut concéder qu’on était dus pour un show sous la pluie, le premier depuis des lunes (Ste-Perpétue au début du mois de juin). Historiquement, on a toujours été chanceux avec la météo lors des festivals. Seulement cet été, trois de nos concerts ont commencé sous des ciels menaçants et se sont conclus comme par miracle sans qu’une goute ne soit tombée, ou presque.

Cette bonne étoile météorologique qui nous suit n’est pas le fruit du hasard et n’a pas toujours été au rendez-vous. Combien de tempêtes de neiges impromptues dans les parcs des Laurentides ou de la Vérendrye avons-nous essuyées à nos débuts? Combien de concerts annulés ou retardés en raison des conditions climatiques déplorables? Sans compter les accidents et les accrochages en raison de la chaussée glissante – Karl ayant même scrapé d’un coup deux Toyota Sienna de location lors d’une collision dans la parking d’un hôtel, lors d’une tempête de neige sur la Côte-Nord!

Toutes ces avaries et ces tares sont désormais choses de passé puisque nous avons créé le dieu des artistes sur la route et j’ai nommé le tout-puissant Artisto! (copyright 2003) Depuis ce temps, chaque fois qu’on le vénère ou qu’on l’implore, la météo nous est généralement clémente.

Bref, tout ce long détour pour vous dire qu’en ce matin morne, on a eu une petite pensée pour Artisto et qu’on était confiants qu’il fasse encore le boulot. Départ avec Karl au volant qui attendait un appel important sur son bluetooth dont la réception ne semble pas être au point – ça l’irrite qu’on le lui dise mais c’est bel et bien le cas. En tout cas, quand t’es obligé de te mettre la tête dans le dash (tableau de bord) pour comprendre ce que l’interlocuteur dit c’est que la technologie n’est pas sur la coche. Au terme d’un appel chaotique où nous n’avons pu réprimer des rires, Karl apprit que son nouvel ordinateur était prêt. Il n’en fallait pas plus pour que le gamer en lui se sente tout émoustillé. «Je fais un test de son rapide et je retourne chercher mon ordi à Repentigny»

Malgré quelques protestations de moi et Marie, le chanteur-gamer fit quelques vocalises ridicules avant de s’engouffrer dans son véhicule pour aller chercher le jouet qu’il espèrait tant. Sur place, à Blainville, il pleut à « sieau » et une défaillance de la scène fait en sorte qu’une marre d’eau se forme directement à l’endroit où mon micro se trouve. Très rassurant quand on sait qu’il y a 20 000 volts sur scène… On me promet que tout sera calfeutré et asséché pour le concert.

Avant le show, visite dans la loge de deux vieux fans du groupe, Marie-Claude (alias Mayonnaise) et David qui m’avaient demandé de nous rencontrer pour nous présenter leur petit nouveau-né dans une charmante lettre que je me permet ici de vous faire lire:

«Salut J-F !

Si tout va bien, nous devrions aller à Blainville samedi prochain pour votre show.
Ce sera le premier spectacle de Félix, qui aura alors deux semaines. Inutile de te dire qu’il a écouté pas mal de Cowboys durant ma grossesse !! La venue de ce petit être merveilleux dans notre vie, est en grande partie grâce à vous, qui avez fait en sorte que je rencontre mon chum en 2002, deux soirs de suite, au Métropolis. Jamais je n’aurais cru qu’on allait vivre de si beaux moments ensemble.

Vous faites partis de nos vies depuis ce temps. Vos chansons nous accompagnent dans divers moments de notre quotidien.
Nous aimerions bien pouvoir vous rencontrer brièvement, si possible, avant le show samedi prochain, question de vous présenter notre petit Félix et prendre 2-3 photos. Fais-moi signe si cela peut être chose du possible !

Merci pour tout !!! C’est entre autre grâce à vous si nous sommes aussi heureux aujourd’hui.
Marie
xxx»

Voici donc la photo prise avec ces deux gentilles personnes qui nous suivent depuis si longtemps avec leur nouveau fiston Félix! Longue vie à votre bonheur!

Avant de monter sur scène, la pluie s’est pas mal calmée mais le toit de la scène fuit toujours causant encore des accumulations d’eau à l’endroit où je joue. Disco Chaput, notre régisseur de scène, retarde l’entrée du groupe et exige que le tout soit réparé. «Question de sécurité», dit-il. Finalement, au bout de presque 25 minutes de retard on nous donne le ok!

Pas mal comme show mais disons que l’énergie manquait un brin. On a tout donné mais honnêtement ce ne fut pas notre meilleur. Ça arrive. Après le show on a pris 150 photos avec les organisateurs. Sympathiques gens, même si la loge était devenue un véritable moulin.

Retour à la maison sous une faible bruine. Artisto avait encore fait la job! Pas trop de pluie pendant le concert. Juste assez pour que le monde se décide de venir. Pas de toast au beurre de peanut ce soir. Trop fatigué. Une douche salvatrice, beaucoup de Tiger Balm, une Advil et au lit.

Je ne pourrai pas sauter comme ça sur scène jusqu’à 60 ans. Va vraiment falloir faire un show folk assis sur des tabourets un de ces jours…

Trois ans presque jour pour jour après ce que l’on appelle à l’interne « le Waterloo des Cowboys », nous étions de retour à l’endroit qui a vu disparaître de valeureux guerriers au sein de la troupe. C’était le 18 août 2007, à St-Jean-sur-le-Richelieu. Au terme de l’interminable tournée de la Grand-Messe (200 dates) eut lieu la légendaire « Bataille de St-Jean » qui est par le fait même devenu le champ d’honneur (ou chant du cygne, c’est selon) pour certains collaborateurs de longue date des Cowboys Fringants.

Le lendemain de ce concert au Festival des Montgolfières 2007, Domlebo nous annonçait sa désertion définitive. Les cuivres David Jespersen et Ivanhoe Jolicoeur n’allaient pas être reconduits dans leurs fonctions et la plupart des membres de notre équipe technique (Rosaire Légaré, Jules Laflamme et Christian Bernard) allaient prendre d’autres directions pour la suite de leurs carrières. Seuls cinq rescapés s’accrochent au navire endommagé: moi-même, Karl, Marie-Annick, Jérôme ainsi que le vestige vivant et collaborateur au long cours Titi Tancrède, qui refusa obstinément de quitter l’armée en déroute.

Nous n’avons pas beaucoup parlé de cet épisode difficile de notre carrière, préférant le vivre de l’intérieur et panser nos plaies en famille, loin des regards extérieurs et faisant fi des rumeurs loufoques étant associées au départ de Dom. Je ne reviendrai pas sur les raisons de ce départ car c’est du vieux stuff.

Hier soir on bouclait la boucle. Trois années plus tard on revenait au Festival des Montgolfières de St-Jean avec une certaine satisfaction face à la résilience qu’on a démontré en tant qu’individus et en tant que groupe. Je veux dire: pour plusieurs on était morts. J’allais chez RONA et le commis me demandait ce que je faisais maintenant dans la vie depuis que le groupe était dissout. C’était un peu inconfortable. Disons qu’on avait hâte de revenir au jeu pour montrer que les Cowboys étaient toujours vivants. Dans la vie, quand autrui ne croit plus en tes capacités, soit tu perds confiance et toute estime, soit tu rebondis et ça te rend plus fort. Faut croire que le désaveu de certains nous a somme toute botté le cul.

On en a pas vraiment parlé mais je suis certain qu’on a tous eu une pensée pour ce qui s’était passé à la même époque en 2007. L’immense foule de ce soir doublée d’une énergie contagieuse ont fait en sorte de rendre — dans nos coeurs du moins — cette soirée du 20 août 2010 mémorable! Quel show tout de même…

«Je ne sais pas si c’est la plus grosse foule du festival mais c’est en tout cas la plus bruyante. C’est hallucinant!» nous disait un technicien avant qu’on retourne faire notre rappel.

Ça c’est la plus belle paye qu’on ne peut pas avoir!

Merci ben de nous faire vivre ça encore aujourd’hui…

*****

Sur une note moins dramatique, juste vous dire que nous en étions déjà à notre quatrième passage à ce merveilleux festival. Lors de notre premier arrêt à St-Jean en 2003, un incident qui aurait pu être catastrophique s’est finalement soldé par un «plus de peur que de mal» pour le svelte Karl Tremblay. Pour vous remettre en contexte, Karl improvisait à l’époque des histoires loufoques avant la chanson Awikatchikaën. Certaines histoires étaient ponctuées de cascades comme ce fut le cas cette fois-là. Le pauvre Karlo avait essuyé une sale chute mais s’en était trié indemne. Remarquez Caza, clope à la main, qui au lieu de venir en aide à Karl, prend le temps de ramasser sa casquette et de la remettre dans un moment de coquetterie légèrement déplacé. Que de souvenirs…

Aaaah! Chicoutimi la magnifique! Qu’on a donc eu du plaisir dans cette ville depuis le début de notre carrière. Un véritable château-fort pour les Cowboys au fil des ans. Par contre ce soir nous étions inquiets. Nous jouions dans le cadre du Festival International des Rythmes du Monde et sur les 98 concerts présentés cette semaine un seul était payant: le nôtre. Un beau 18 dollars et un mercredi soir de surcroît. Il faut dire que j’avais un peu alarmé mes collègues en leur apprenant qu’il n’y avait que 1700 billets vendus en pré-vente la veille de notre concert. Je le savais car je l’avais lu mardi dans le journal Le Quotidien (grâce aux Alertes Google que je reçois dans mes courriels je sais tout, tout mais vraiment TOUT ce qui se dit dans les médias du monde entier concernant le band.)

1700 billets sur un site qui peut en recevoir le triple, je trouvais ça mince. «Au moins ils annoncent de la pluie. On pourra dire qu’il n’y avait pas grand monde à cause de la météo.» Nous partîmes donc de notre lointaine région de Lanaudière vers treize heures en direction du Saguenay. Dans le camion la bonne humeur régnait. Bazou qui affiche une tête d’épouvantail depuis que sa fille est née (il ne dort jamais le pauvre) nous annonça qu’il avait dormi sept heures la nuit précédente. Pour une rare fois donc, le batteur optimiste n’a pas jugé bon faire la sieste dans le fond du camion et a agi à titre de co-pilote à Coach Ouellet tout au long du voyage. À ma droite, l’imperturbable Jérôme lisait un ouvrage fort pointu et en anglais sur l’économie de l’environnement. Plate à mort le Jéjé mais bon, pendant que je tenterai d’écrire des chansonnettes cet automne, l’érudit alcoolique enseignera à l’Université de Montréal puisqu’il vient de se voir déléguer une charge de cours. M’apprendra à jouer aux cartes au Cégep au lieu d’assister à mes cours…

Parlant de gars qui a joué aux cartes au lieu d’aller en classe, Karl est assis derrière moi aux côtés de Marie-Annick. Les deux sont de belle humeur. Marie-Annick est toutefois un peu stressée puisqu’elle part en tournée dans l’est et sur la Côte-Nord au lendemain de notre concert à Chicoutimi avec le projet Toutes les Filles. Elle n’a pas eu le temps de pratiquer et ça l’énerve. On doit la déposer à Lévis lors du retour.

En entrant dans le parc des Laurentides Bazou et Coach s’entendent toujours comme des larrons en foire. À l’arrière une longue discussion sur les mois à venir se met en branle entre les quatre membres du band. «On arrête la tournée le 17 septembre à Sudbury et après on fait quoi?» Plusieurs projets sont évoqués. L’évidence de faire un autre disque va de soi. Par contre on ne s’entend pas sur le moment de reprise de la tournée. Après une heure de palabres nous en venons à la conclusion suivante: On verra ça dans le temps comme dans le temps!

Après une interminable route, nous arrivâmes finalement à l’Hôtel Chicoutimi. On y dépose nos effets personnels et hop! on part prendre l’apéro avec les techniciens sur le site du festival. Sur place, le directeur technique nous annonce qu’il y a 2500 billets vendus. C’est déjà mieux que la veille. On grignote un peu dans les loges, on prend un coup de rouge et on attend 21 heures en jasant. Ce soir ça ne me tentait pas de jouer en robe. «J’en ai ma claque, on fait ça à chaque show. Fini pour moi les déguisements ridicules». Finalement, je ne sais pour quelle raison – probablement parce qu’il faisait chaud et aussi par solidarité envers mes potes – je me retrouvai sur scène vêtu d’une robe estivale avec un cabaret de bières froides que je distribuai au public. Misère! Quelle carrière…

Parlant du public, pas de souci finalement: nous avons dû commencer avec une demi-heure de retard puisqu’il manquait de billets et que les gens étaient refoulés à l’entrée. Une grosse foule venue pour chanter, délirer et faire la fête avec nous. Sincèrement, de tous les concerts de l’été, celui de Chicout fut le plus cool. «C’était la foule la plus hot de la saison des festivals» disait notre directeur de tournée Coach Ouellet au terme du concert. Effectivement, une belle communion ce soir! Encore une fois merci gens du Saguenay. C’est toujours un honneur et un plaisir de venir vous voir.

C’est aussi toujours un plaisir de prendre un verre avec vous. Après le show on a été reçus comme des rois par les propriétaires du Spag Resto-bistrot qui nous ont offert les breuvages et la nourriture. Une attention que nous ne sommes pas près d’oublier et qui témoigne une fois de plus du caractère accueillant des Bleuets! Après le repas, un petit saut à l’incontournable Tour à Bière où le last call approchait. Dans un geste de grande gratitude, Coach crut bon de me payer des shooters de téquila. Merci Coach.  J’ai mal feelé pendant deux jours.

Vers quatre heures du matin on a l’idée de faire un concert improvisé sur la scène qui se trouvait en pleine rue Racine avec comme seul public les deux agents de sécurité Max et Jean-Guy. «Coach, va chercher des guitares». Après avoir chanté quelques ritournelles de Willie Nelson et de Nelson Minville (hommage aux Nelson), une femme ulcérée nous hurla que la police s’en venait du haut de son troisième étage. La police arriva. Nous quittâmes la scène sur le champ sans trop de dommage. Les policiers étaient forts sympathiques. Fin de nuit dans la chambre à Coach avec Jérôme et moi qui jouent aux autos tamponneuses avec des chaises à roulettes en se fracassant le dos et en riant comme des cons. Des gars de 30 et 34 ans…

Merci encore Coach pour les shooters de téquila.

Je te maudis.

Bon. Comme c’était les grandes vacances de la construction, j’ai été solidaire des maçons, charpentiers et plombiers de ce monde et j’ai moi aussi pris congé de ma chronique la semaine passée. Comme j’ai un souci de professionnalisme assez prononcé je vais toutefois vous faire un court résumé de notre périple à Baie-Saint-Paul du 24 juillet dernier:

[Départ en camion; rire dans le camion; arriver au motel; aller souper; rire au restaurant; retourner au motel; rire en jouant aux cartes; se rendre au site du festival; faire le show; avoir du fun et rire; retourner au motel; prendre des bières; rire; se coucher aux aurores; se lever décrissé; ne plus avoir envie de rire; faire 4 heures de route avec la tête dans le cul]

Voilà pour le résumé de notre show au Festif de Baie-Saint-Paul — un festival soit dit en passant qui en était à sa première édition et qui, je crois, aura une longue vie!

Maintenant, comme les vacances de la construction finissent officiellement ce soir à minuit, ma chronique devrait théoriquement faire relâche elle aussi. Par contre, comme je vous aime beaucoup, je consens à vous faire un petit résumé de notre séjour à Trois-Pistoles d’hier. On jouait à l’ÉchoFête, un festival totalement écologique et fort sympathique.

[Départ; rire dans le camion; arriver au gite; rire avec les techniciens sur la galerie avec une bière; manger du végépâté, de la luzerne et de la soupe au tofu; rire un peu moins; se rendre au site du festival; se demander si ce n'est pas une meilleure idée de faire la route de nuit puisque le lendemain sera le dernier jour des vacances et que les routes seront engorgées; rire vraiment moins; faire le show; avoir du fun; se faire dire que c'est un record de foule; se dire mission accomplie au terme du concert; décider finalement de rentrer sur Montréal; voir la face de Coach Ouellet blêmir quand on lui confirme qu'on rentre et qu'il devra conduire 5 heures supplémentaire de nuit; rire; boire une bière d'épinette dans le camion en faisant des charades mauvaises avec des noms de famille de célébrités québécoises. (mon premier est un synonyme de puissant, mon second est un synonyme de lancer. Mon tout est ce qui arrive quand j'éjacule et c'est aussi un vieux comédien québécois à moustache); rire beaucoup; être très fatigués mais rester solidaires de Coach; trouver un site d'humour noir sur son iPhone et raconter des blagues épouvantables(Comment faire rapidement de la viande hachée? rép: en donnant une guitare à un lépreux); rire comme des caves (il est tard); perdre tranquillement le sens de la solidarité envers Coach; s'endormir; arriver à la maison à 6 heures du matin; être ben content d'être celui qui débarque en premier]

Voilà. Le retour des vraies chroniques dès cette semaine avec mon retour du Festival International des Rythmes du Monde de Chicoutimi où l’on sera en concert le mercredi 4 août!

La Rochelle, France – 14, 15 et 16 juillet

J’avoue avoir maugréé un brin le jour de notre départ. Pour une fois je n’étais pas le seul. Les 28 heures de transports pour passer 48 heures en sol Français ne nous enchantaient guère. Surtout pour ne faire qu’une présence éclair qui se résumait à un concert d’une heure sur la scène principale des Francofolies de La Rochelle. Bon je conviens que c’est prestigieux et que la chance de jouer sur le créneau de 22 heures n’est pas donnée à tous. C’est notre leitmotiv: on va les rocker en tabarnak!

Dans l’avion c’est plus tranquille que la dernière fois où nous voyagions avec Dumas et ses musiciens. Pas de gars saouls qui trinquent dans les allées. Pas une goutte d’alcool en fait. J’ai même dormi deux heures. Petit vol sans ambages qui se pose sur Bordeaux à midi. Au sortir de l’aéroport Hervé Roger, notre directeur de tournée européen, nous attendait avec deux navettes pour une route de deux heures en direction de La Rochelle. On est bien contents de le revoir l’ami Hervé! Dans la camionnette on jase cinq minutes avant qu’un affaissement généralisé se produise. Personne n’a vu le paysage . On a tous dormi les deux heures qui nous séparaient du point A au point B.

En arrivant au Novotel de La Rochelle on est frais et dispos pour la plupart. Une douche et hop! nous voilà dans le hall prêts à arpenter les rues de cette merveilleuse ville dont on nous dit que du bien. C’était sans compter la présence du bar de l’hôtel. «Un petit apéro avant de faire route les amis?» scanda un des soiffards de l’équipe. Tous acquiescèrent. Ce fut notre arrêt de mort. Plus précisément celui de Jérôme dont le surnom « Jaihonte » n’aura jamais été aussi d’actualité qu’en ce 14 juillet 2010. Lorsque celui-ci se commanda un p’tit ponge (rhum et sucre de canne – l’équivalent de 5 shooters) pour entamer la journée, on comprit que l’ami Jérôme serait dans un fâcheux état en soirée. Évidemment la visite de la ville fut remise aux calendes grecques et tels des pirates attachés à la patte d’une chaise de taverne (dixit Plume) nous enfoncions nos jambes de bois dans la vase du jet lag et des p’tits ponges (dans le cas de Jérôme).

En bon directeur de tournée, Hervé avait réservé plusieurs places pour qu’on puisse manger sur le site du festival à 18h30. Avant de quitter le bar, je n’avais bu qu’une bière et un spritzer. Je tiens la route. Par contre Jaihonte titube déjà et parle en lettre attachées. Il a bu quatre p’tits ponges qu’on a rebaptisé pour l’occasion des « fous d’moi ». «Ça serait cool de faire du « sgni » nautique en revenant au Québec.» Oui mon Jérôme. Pendant le repas, le vin coule à flot. On mange des huîtres et d’autres excellents mets. C’est savoureux. On chante à Hervé le traditionnel «Bonne fête Hervé». Ce n’est jamais son anniversaire mais on aime le lui chanter. Je l’ai toujours soupçonné d’avoir un peu honte quand on entonne « SA » chanson en public mais il est bon joueur et se prête au jeu en riant.

Après le repas je pars me promener seul quelques instants. La mer est agitée en bordure du vieux port et je scrute l’horizon. Ça peut paraître cu-cul mais j’avais envie de me recueillir. C’est que La Rochelle est la terre de mon ancêtre! En effet, Jean Posé vivait à Larochelle dans les années 1600. Son fils Jacques, premier Pauzé à arriver en Nouvelle-France, est parti de La Rochelle en 1667 pour venir s’établir à Montmagny. Comme il s’est marié à 39 ans, je me suis dit qu’il avait probablement su profiter un peu de la vie avant son départ  et qu’il avait possiblement erré quelques fois sur ces pavés, titubant et légèrement ivre (comme moi ce soir), en scrutant le large et rêvant du grand voyage. Beau moment spirituel qui fut gâché par des quolibets de mes charmants copains ivres. «Pis as-tu retrouvé la trace de ton ancêtre?» «Ton voyage intérieur a-t-il bien été?». Allez chier.

Le reste de la soirée fut consacré au spectacle de Jaihonte Dupras. Effondrements dans des bacs à fleurs et autres méfaits furent au rendez-vous. Même Coeur de Pirate en a parlé sur son Twitter… Après le concert de M, on se rend au party privé. Quelques verres et on s’en retourne à l’hôtel. Il est quatre heures. Moi, Bazou (mon fidèle complice matinal), Simon et Gros Mike décidons d’attendre le p’tit déjeuner à 6h30. On discute dans le lobby avant d’ingurgiter des oeufs, saucisses, crêpes et autres délices. À 7 heures on se couche lessivés et repus.

J’avais dû boire 10 bouteilles d’eau et je n’avais somme toute pas abusé la veille. J’étais donc dans une relative forme à mon réveil vers 15 heures. Petite visite de la ville avec Simon et Bazou. C’est beau et il fait un soleil radieux. Vers 18h30 je croise Jérôme. Il est en pleine forme et rigole en parlant de la veille. Tant mieux. Il est fait fort le Jérôme! Avant le concert on a droit à la valse des entrevues. On joue à 22h10. On se demande quelle sera la portion des gens qui nous connaîtront dans le public. On joue avant l’hommage à Souchon alors il y aura forcément beaucoup de fans de ce monstre sacré. Qui plus est, Souchon n’est plus une jeune fleur du printemps alors ses fans seront pour la plupart plus âgés que notre public l’est en général. Ce sera intéressant…

Dès les premiers mots de Droit Devant on se rend compte que ça chante fort. Ok! Y a du monde pour nous! Le reste sera du public à gagner. Toujours motivant! Ce fut un bon show qui passera finalement trop vite. Un heure c’est ridiculement court pour nous qui sommes habitués d’en donner le double. Tout le public chante et saute à la fin des Étoiles. La mission est accomplie: on a encore réussi à gagner la foule. N’empêche que tant qu’à faire une si longue route, j’en aurais pris plus longtemps. C’est donc pas totalement contentés qu’on est sortis de scène.

Cette nuit-là, on a marché dans la ville, on a été à un autre party privé un peu douteux et on a encore déjeuné au petit matin. À midi fallait être dans le camion. Deux heures de route à somnoler. Puis vol Bordeaux-Paris. Escale à Charles-de-Gaulle. Vol vers Montréal. Je suis dans le dernier banc au fond de l’avion avec un vieil autrichien intolérant. Nous sommes collés sur la toilette. À tout bout de champ je me fais accrocher par les gens qui vont à la salle de bain. Des effluves de pisses, de merde et de désinfectant cheap me viennent au nez à tout moment quand s’ouvre la porte. Ça pue et le bruit de succion de la chasse d’eau me réveille en sursaut aux 5 minutes. J’apprends que Jérôme s’est fait surclasser. Le petit christ est en classe affaire. Je ne suis pas jaloux habituellement mais là je le suis. À Montréal je suis le dernier à sortir de l’avion. 9 vols arrivent en même temps. Je patiente une heure avant de passer les douanes. Tous mes collègues m’attendent dehors depuis longtemps. Jérôme est probablement déjà chez lui quand le douanier me somme autoritairement de me rendre dans un vestibule pour que j’y sois fouillé. Misère. Je n’avais qu’un sac cabine et aucune valise dans la soute. Pensent-ils vraiment que j’ai caché 7 bouteilles de vin dans mon minuscule sac de voyage ?

Je regagne finalement L’Assomption après 17 heures dans les transports. Il est 22h. Une douche. Bonne nuit!

Festival de Cirque de Vaudreuil-Dorion – 11 juillet

Deux jours avant le concert de Vaudreuil, je m’étais rendu chez Promotions 13-15 à Repentigny (Répentigny comme disent les gens qui n’y ont jamais habité) pour aller chercher une plaque que j’avais fait graver en vue de la remettre à une adepte de notre groupe qui allait ce soir-là assister à son centième concert des Cowboys. Marie-Ève qu’elle s’appelle. Toaster pour les intimes. Quand même, cent concerts c’est à la fois un peu freak et digne de mention. En tout cas ça méritait d’être souligné et nous avons donc pris les grands moyens pour que cet événement soit un tantinet spécial.

En arrivant chez Promotion 13-15, je constatai de visu qu’une erreur flagrante s’était glissée dans la gravure: Le gars avait écrit COMBOYS FRINGANTS. Come on! Pourquoi pas CUM BOYS FRINGUANTS. «Refais-moi ça» que je lui dis. Quand je reviens le lendemain, une autre faute s’était glissée dans le texte. LES COWBOYS FRINGANTS DÉCLARE pas de «nt» à la fin de DÉCLARE. Misère! Quelle compétence. En plus il m’avait laissé la plaque dans la boîte à malle car la boutique était fermée le dimanche. Pas moyen de faire changer ça. Toaster aura donc une plaque avec une faute…

En arrivant sur les lieux, on constate à prime abord que notre copain Jaihonte Durat (Jérôme) n’a plus sa coupe «business in front, party in the back». Vous savez la petite queue d’écureuil mort qu’il arborait au dessus de la nuque ? Eh bien non, il ne l’a plus! C’est avec tristesse que nous avons accueilli cet état de chose car il faut l’avouer, nous commencions à nous y attacher à ce petit rat musqué mouillé qui pendouillait de façon éhontée derrière sa tête. «J’avais un congrès international en environnement cette semaine. Je rencontrais des sommités mondiales en la matière. Je ne pouvais pas me permettre d’arriver là avec cette coupe de cheveux. Ma crédibilité aurait été anéantie à tout jamais», nous confessa-t-il en riant. Mention honorable à Jérôme qui , je le rappelle, est étudiant au doctorat, enseignant à l’université et qui s’est tout de même pavané avec cette ridicule coupe dans les couloirs de l’Université de Montréal pendant plus de six mois. Chapeau!

En ce dimanche 11 juillet nous sommes gonflés à bloc! On joue dans un chapiteau. Petit festival intimiste. 2000 personnes. Un de ces soirs où l’on est particulièrement allumés, cabotins et énergiques. Je veux dire: on se donne toujours le gaz au fond mais certains soirs, allez savoir pourquoi, il y a une plus value. Et ce fut la cas à Vaudreuil. Peut-être était-ce la présence de Toaster pour son centième qui nous allumait. Qui sait… Toujours est-il qu’on a bien rigolé sur scène: acrobaties, clowneries, mises en scène improvisées et cérémonie de remise de plaque rodée au quart de tour (hum!) firent de cette soirée un moment dont on se souviendra.

Dans la roulotte après le show on est lessivés et en sueurs. Tite bière pour jaser un brin. On part pour l’Europe dans deux jours. La plupart du monde n’a pas envie d’y aller et ça peste contre cet horaire ridicule qui nous impose un aller retour de 11 000 kilomètres pour faire un seul concert et rester seulement 48 heures en sol européen. Mais bon, c’est un concert important. Plusieurs artistes d’ici tueraient pour faire la grande scène des Francofolies de La Rochelle en prime time. On a ce privilège. C’est ce qu’on se dit. On va être scrapés pendant une semaine mais ça va valoir la peine. Allons, un p’tit coup de coeur!

Photo: Guillaume Morin, photographe

Ouach! Ce soir-là on jouait à 23h45. Avant (il y a cinq ans de ça) ça ne me dérangeait pas de jouer à ces heures-là parce que je me couchais quotidiennement à quatre-cinq heures du matin. Maintenant ça m’agace un peu d’embarquer sur scène à l’heure où d’ordinaire je vais me pieuter. Pas par caprice, juste parce que t’es moins en forme.

On est partis tôt parce qu’on voulait assister au concert de Plume à 20h00. S’il y a un auteur-compositeur que je place au sommet de tout c’est bien Plume Latraverse. Je n’ai pas d’idole à proprement parler mais Plume est celui qui pourrait se rapprocher le plus de ce qualificatif. Disons que je suis un grand fan. C’est pour cette raison que j’ai apporté ma pochette (vide pour ne pas endommager les deux vinyles) de l’album double  «All dressed» pour la faire signer à mononcle Plu-Plu. C’était la troisième fois que nous jouions sur le même événement que lui.

La première fois fut en 2000 au Festival d’Été de Québec (dans le temps qu’ils engageaient des artistes québécois). Je me souviens que Plume et son band – de qui on assurait la première partie – avaient regardé un bon bout de notre spectacle. Après le show, alors que nous étions dans notre roulotte, quelqu’un cogne à la porte. Un grand efflanqué à la barbe hirsute passe alors timidement sa tête dans l’embrasure et nous dit «salut les Cowboys, je voulais juste vous dire que vous avez donné un crrrisss de bon show» avant de repartir aussi vite qu’il était venu. C’était Plume qui avait pris le temps de faire cette délicatesse avant de monter faire son tour de chant. Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point ça avait pu nous faire plaisir. Puis sur scène, le grand Plume avait dit ceci: «les Cowboys Fringants, ça va faire mal aux Frères à Ch’val ça». On l’avait bien ri! Plume avait ensuite joué avec nous en 2002 dans le cadre de notre concert-événement du Parc Jarry.

Ça faisait longtemps qu’on l’avait pas vu en show le vieux Plume et on n’a pas été déçus. Avec Titi Tancrède qui est un aussi gros fan que moi, on a chanté, hoché de la tête et bu quelques bières (d’habitude je ne bois pas avant un show mais ce soir les conventions ne tiennent plus). C’est un peu chauds qu’on a jasé avec Plume et sa gang. Un respect mutuel unissait les deux groupes. On a fraternisé avec le bon vieux Jean-Claude Marsan (guitariste sautillant) qui nous a raconté des anecdotes et qui m’avertissait de ne pas trop boire en scandant «fais attention, t’as une guitare à chauffer tantôt». C’était très joyeux comme atmosphère.

Comme c’était Woodstock et qu’on jouait tard devant une foule ivre morte et intoxiquée de buvard (du trois gouttes circulait sur le site nous a-t-on prévenu) on s’est dit qu’on allait jouer en robe dès le début. «Sur les traces de leurs aïeux» s’exclamera Plume en nous voyant arborer nos attributs féminins, faisant référence au show Plume & the Plumettes qu’il avait donné dans les années 80 et au sein duquel ses musiciens jouaient vêtus en femmes.

En embarquant sur scène on savait que ça allait rocker. Il y avait une énorme foule et une énergie qui n’avaient rien à voir avec nos deux passages précédents où le froid et la pluie avaient ralenti les ardeurs des plus vaillants fêtards. Cette fois, rien à voir avec Woodstock en Bouette (surnom donné au festival en raison du mauvais temps qu’il y faisait depuis quelques éditions). Le trash semblait violent par moment et le show passa bien vite. Très plaisant comme soirée! Dans la loge après le concert, le président du festival était très content. Tellement content qu’il nous apporta un quarante onces de vodka. C’est à ce moment que la soirée a pris une autre tournure.

On a pris quelques verres et on a décidé d’aller se promener sur le site du camping pour fraterniser avec le monde. Au moment où j’étais assis dans une vieille limousine Cadillac avec un gars qui me racontait péniblement comment il l’avait remise en état — pendant qu’un de ses copains tripotait une fille sur la banquette arrière — je me suis lucidement dit que je devais être assez saoul et qu’il était temps de rentrer à l’hôtel! Aux premières lueurs de l’aube on a toutefois bifurqué vers un campement de joueurs de tam-tams et de djembés. Même saoul raide je trouvais ça pourri. Christ que c’est plate des jams de djembés! À ce moment il était vraiment, mais vraiment temps de rentrer.

En arrivant à la loge il y avait un changement de programme: on ne se rend pas à Thetford Mines pour prendre possession de nos chambres d’hôtel. Coach a décidé de nous ramener chez nous. «Heu. Ok...» J’ai dormi tout le long des trois heures du trajet. Arrivé à 8h du matin à L’Assomption. Pas de toast au beurre de peanut. Oh! non…

En me levant à midi j’ai enjambé plusieurs morceaux de vêtements épars dans la maison que j’avais enlevés en titubant quelques heures plus tôt. J’avais aussi un ciboire de mal de tête…

FESTIVAL D’ÉTÉ DE BELOEIL – 27 JUIN

Après une journée de repos, nous étions de retour sur la route pour compléter notre éprouvante série de quatre concerts en cinq soirs. Cette fois-ci direction Beloeil, où nous avions joué une seule fois, soit en 2007. Arrivés sur les lieux on se perd évidemment. Malgré l’achat de deux GPS Karl réussit toujours à se perdre. On doit téléphoner à Coach Ouellet pour qu’il vienne nous chercher et nous montrer le chemin. Il faut dire que l’accès au site était quelque peu compliqué en raison des installations du festival.

Après un test de son échevelé devant des badauds hébétés nous n’eûmes le choix que de regagner nos quartiers situés dans la cour arrière d’un champêtre Bed & Breakfest. «Stand by cinq heures!» Quoi faire quand on a cinq heures à tuer avant un concert et que le Trou-de-cul (je répète que je parle du jeu de carte et non de nos anus) commence à nous lasser? Coach Ouellet avait la solution: un jeu de croquet. Après avoir installé le tout et nous avoir ébauché les règlements, un match de tous les diables se mit en branle. Au terme de la rencontre, un seul des quatre bâtons était encore intact. Karl en ayant fracassé un en voulant asséner un coup fatal à une pommette dans un pommier, une autre se brisa (il était déjà fragile) lorsque je tabarnakai un coup au sol après un mauvais coup — je me suis alors souvenu pourquoi j’avais abandonné le golf il y a de ça quelques années: je suis le pire mauvais perdant et mes clubs de golf en avaient jadis souffert. Je pourrais écrire un livre sur mes aventures au golf (bâtons lancés dans les arbres qui restent pris dans les branches, bois #1 catapultés dans des lacs ou tout simplement pliés et fracassés). Tellement édifiant que j’ai suspendu ma carrière de golfeur pour me mettre à la course à pied. Mais bon, mon tandem avec Bazou s’en tirera tout de même avec la victoire au terme d’une partie de croquet fort relevée.

Les premières parties se succèdent et l’animateur de foule — un des plus intense qu’il nous ait été de voir — mentionnait aux deux phrases des liners tels «Avez-vous hâte de voir les COWBOYZZZ FRINGANTS?» et autres formules du genre. Assez pour exaspérer un Karl d’ordinaire si flegmatique. «Y peux-tu arrêter de nous nommer sans arrêt?».

Show time! «Le site est ben plein» nous dit un gars de sécurité. Excellent! Flanqué de Jérôme, mon collègue en spandex arborant la coupe «queue de rat frisotée», je foulai les planches ce soir-là vêtu moi aussi d’un uniforme en spandex (de type mime) avec un petit chapeau melon. Super concept qu’on reverra certainement au cours de l’été! Le spectacle fut vraiment cool avec ses projections géantes sur le mur de la vieille église qui jouxtait la scène. Superbe! Ce soir là – gracieuseté de Dan Lacoste – Jérôme Dupras hérita d’un nouveau surnom en Jaihonte Durat (j’ai honte du rat). Un hilarant clin d’oeil à son mauvais look qui fut d’ailleurs mentionné dans les médias cette semaine-là!

«Jérôme Dupras (à la basse) était vêtu d’un uniforme cycliste moulant aux couleurs fluorescentes, coiffé d’une coupe Longueuil frisotée. De toute beauté!»- L’HEBDO MÉKINAK 30 juin 2010 [article complet]

Pour conclure cette soirée, les robes furent de retour au rappel et les gouttes commencèrent à tomber lors des dernières notes des Étoiles Filantes, préservant ainsi notre parcours sans pluie depuis le début de la tournée des festivals (festivaux, comme disent certains). «Crevés, c’est quelque chose que nous étions», aurait dit Mario Lemieux au terme de ce concert. Une petite douche dans la loge, une bière rapide et une cinquantaine de photos avec les bénévoles et organisateurs plus tard, nous étions sur la route avec le sentiment du devoir accompli!

Je méritais bien un peu de repos. En arrivant chez moi, trois femmes nues m’attendaient dans le spa et m’ont tenu éveillé une partie de la nuit pour me dorloter. C’était un pur délice de voluptés après une harassante séquence de spectacles.

Ben non c’est pas vrai. Je me suis fait une toast au beurre de peanut pis je me suis couché.

Comme vie de rock star, il y a plus glamour…

FESTIVOIX DE TROIS-RIVIÈRES – 25 JUIN

Bon! En ce 25 juin, l’adrénaline faisait son effet et je dois avouer que c’est tout ce qui nous tenait debout lors de ce troisième concert en 3 soirs (et pas les moindres!). Après avoir joué devant un bon 200 000 personnes au cours des jours précédents, il fallait relever le défi d’être à la hauteur encore en cette soirée. S’il y  une chose qui importe quand tu es un Cowboy Fringant c’est de donner un bon show. L’énergie doit faire la paire avec le jeu serré (on dit «tight» en anglais mais je n’ai pas de meilleure traduction). On a fait notre renommée en tant que groupe électrisant sur scène et on doit livrer la marchandise même quand nous ne sommes pas physiquement à notre maximum. Marie-Annick joue en vertu d’une tendinite au poignet droit (idéal pour une violoniste) et de deux genoux finis, moi et Jérôme avons les tendons d’Achille en charpie à force de sauter comme des épais et Karl est dans sa forme habituelle — lire ici pas en forme.

Après un court test de son on se dégote un resto pour souper. Après on revient sur le site et on fait des ballades avec des voiturettes de golf (après avoir savamment négocié leur emprunt avec le personnel du festival). Puis notre passion des petits bolides atteint son paroxysme quand un policier accepte de nous prêter sa trottinette électrique en échange d’un disque dédicacé et de la chanson «Banlieue» lors du concert. Moi et Karl fîmes quelques tours de piste, gyrophares et sirènes tout allumés, sous les rires des deux policiers et de nos copains.

Comme on avait plusieurs heures à attendre, le traditionnel Trou-de-cul (jeu de carte) refit son apparition, bien que Coach Ouellet eut tenté de nous initier au «9» sans succès. Nous sommes des conservateurs et préférons ne pas utiliser notre intelligence avant les concerts (parfois après également). «Aucune stratégie et que du divertissement», telle est notre devise! Le Trou-de-cul est donc le jeu par excellence.

En coulisses, quelques instants avant le concert, je cherche un élément loufoque pour entrer en scène. N’importe quoi: un escabeau, une valise, un parasol mais je ne trouve rien. Je mets finalement la main sur une bâche qui sert à recouvrir du matériel. «On va faire une entrée de type dragon chinois». Tous les musiciens sous la bâche et on foule les planches ainsi! Quoi de plus plaisant que de faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux! C’est ainsi que nous sommes tous entrés sur scène devant un public hésitant entre l’amusement et l’étonnement.If you can see this, then you might need a Flash Player upgrade or you need to install Flash Player if it's missing. Get Flash Player from Adobe.

Good show gang! Malgré la fatigue on a assuré! Grosse foule (un record selon ce que l’on nous a dit). Le rappel avec des robes fut indiscutable — pas le choix devant un public aussi cool. Après le concert, on a pris deux-trois bières pour se relaxer. Après trois concerts en trois soirs on en avait bien le droit! Retour avec Coach au volant qui bifurqua une fois de plus vers un resto de fast food. Cette fois-ci je n’ai pas résisté. Un burger fort mérité que celui-ci!

En me couchant ce soir-là j’étais souffrant mais je ne pouvais pas dire ce que j’avais précisément. En fait oui:  j’avais mal au corps.

LAVAL – 24 juin

Mise en situation: Nous sommes revenus de Québec après notre concert du 23 sur les Plaines à 5h du matin (lire le retour de Québec pour en savoir plus). C »est là qu’on est rendus!

Coach Ouellet s’est finalement couché à 6h du matin après être venus nous reconduire successivement à nos demeures respectives.  Un petit trois heures de sommeil plus tard il reprenait la route pour venir cueillir Marie-Annick à 10 heures en vue de se rendre à la seule répétition avec la chorale pour le show du 24 à Laval.  C’est dans un état second que la petite guerrière s’est présentée dans la ville du Cosmodôme, elle qui, 8 heures auparavant, se trouvait toujours sur scène sur les Plaines d’Abraham!

Le beau Jérôme devait accompagner Marie mais a déclaré forfait, préférant dormir pour récupérer. Lui qui est habituellement infaillible était tombé au combat dans la camion quelques heures plus tôt et ne s’est pas levé lorsque Coach l’a appelé.  La répétition s’est finalement bien déroulée. Les chanteurs et leur directeur Sylvain Cooke avaient bien fait leurs devoirs et savaient pas mal ce qu’ils devaient faire. Quelques directives supplémentaires de notre arrangeuse en chef (Marie) furent nécessaires pour ajuster quelques trucs et nous étions prêts pour le test de son de 13 heures.

De mon côté, je me suis levé un peu avant midi avec une épaule déconfite. La veille je m’étais étiré un muscle lors d’un faux mouvement pendant le concert. Ça commence bien la séquence de quatre spectacles en cinq soirs! Mine de rien, sous mes allures de geignard et de prince (Bazou me surnomme le Prince…) je suis tout de même un guerrier à ma manière. Une touche de Tiger Balm et hop! Je saute dans la voiture de Karl qui m’attendait comme un seul homme et – surtout – à l’heure prévue!

En arrivant sur le site, Marie dort dans le camion. Les visages sont longs et les traits sont tirés. Nous sommes tous fatigués mais Marie tient à ce que l’on pratique toutes les chansons avec la chorale. Une légère lassitude s’empare alors du band mais il serait mal vu pour quiconque de dire à celle qui s’est pointée sur le site à 10h30 du matin «qu’il n’a pas envie de répéter le show au complet alors qu’on vient à peine d’en finir un et qu’on en a un autre dans quelques heures en plus des deux autres qui viennent le 25 et le 27 juin». Même si c’est tous ce que l’on se disait intérieurement…

Au terme du test de son – bénéfique, je dois l’avouer – on a tous regagné nos demeures respectives pour faire une sieste. Finalement j’ai bu trois bières avec Coach chez moi sur la terrasse. «On dormira quand on sera mort!» Vers 18h30, la navette repart et on récupère Karl et Marie au passage ainsi que Marc Desjardins et sa conjointe qui assisteront au concert. Un simple désaccord entre moi et Marie au sujet du set list est passé de l’argumentation puérile au drame en bonne et due forme. Je trouvais que l’horaire ne faisait pas assez «St-Jean-Baptiste» et qu’il était trop propret. Marie quant à elle avait préparé un show en fonction de la présence de la chorale. La «marde a finalement pognée» dans le camion. Mettons ceci sur le compte de la fatigue mais ce fut la première chicane de la tournée. Quand même pas si mal pour un band qui s’engueulait toujours par le passé.

Avant le concert moi et Marie avons fait la paix. Le show fut cool. La présence du Grand Choeur a vraiment apporté quelque chose de nouveau et d’intéressant. Énorme foule encore ce soir-là. C’est pas mal brûlés qu’on a quitté la scène. Une petite bière dans la loge et Coach est venu nous reconduire à la maison. Demain à Trois-Rivières le test de son est à 16 heures. On va donc pouvoir récupérer et dormir un peu.

La suite à venir!

P.S. Je sais que j’ai pris du retard mais je promet de me remettre  jour cette semaine avec les chroniques des concerts des 25 (Trois-Rivières) et 27 juin (Beloeil) ainsi que du 3 juillet (Woodstock)

QUÉBEC – 23 JUIN

Grosse séquence de quatre spectacles en cinq soirs pour les Cowboys qui débutait par la St-Jean sur les Plaines d’Abraham le 23 juin. Toute l’équipe partait la veille en direction de Québec pour faire le montage en soirée en vertu du test de son qui allait avoir lieu le matin du 23 à 8h30. «Quoi? Un test de son le matin alors qu’on joue à 23h30?? C’est inadmissible… Y’a pas moyen de changer ça?» Eh! Bien non! Pas moyen de changer ça car dans ces soirées à la logistique imposante, le show télévisé a priorité sur tout et les artistes qui évoluent après doivent se contenter des petits créneaux mis à leur disposition. OK. c’est compréhensible en quelque part…

Si Marie-Annick, Jérôme et Bazou, tels des guerriers, sont partis la veille en vue d’être présents à ce test de son, moi et Karl avons utilisé notre statut de BF (band founders) pour se prémunir du calvaire de se lever tôt le jour d’un important show. Bon, il faut aussi avouer que notre présence n’est pas indispensable lors des tests de son. Je veux dire: la voix de stentor de Karl se mixe rapidement tout comme mon peu subtil grattage de guitare. C’est plus compliqué pour la basse, la batterie et les 32 instruments de Marie-Annick. Ha! Ha! Vous êtes peut-être de vrais musiciens mais nous autres on ne fait pas de sound check!

Bref, petit départ tranquille en après-midi pour se rendre à Québec. Sur la 40 des tatas aux voitures ornées de drapeaux du Québec roulaient à 160 km/h en faisant de dangereuses manoeuvres. Ils avaient probablement trop hâte d’aller «bouère leur 24 de Bud sué Plaines, man». En arrivant dans Québec c’était la congestion totale. Des gens dans les autres autos nous reconnaissaient et nous filmaient avec leurs cellulaires de façon peu subtile. On a finalement pu se rendre au Concorde pour prendre possession de nos chambres où une suite m’attendait. Malheureusement on ne dort pas ici après le show puisqu’on a décrété que ce serait plus réaliste de faire la route de nuit en prévision du test de son du lendemain à Laval qui a lieu à 13 heures. De plus Marie-Annick devra se rendre à 10 heures pour une répétition avec les chorales. Bref, on ne profitera pas de nos suites royales…

On retrouve nos comparses en fin d’après-midi pour l’apéro au «restaurant qui tourne» situé au sommet de l’hôtel. Superbe vue d’ensemble sur la ville! Coach Ouellet (notre directeur de tournée) nous confirme qu’il a pris un ou deux verres de trop la veille. Cela ne l’empêche pas d’être de belle humeur. Un bon souper, une crème de menthe en guise de digestif et hop! Nous regagnons nos chambres pour quelques minutes histoire de se reposer et de se préparer pour le concert. Rendez-vous dans le grand hall à 22h. À l’heure prévue, on s’engouffre dans une fourgonnette aux vitres teintées. Dehors on sent la frénésie. Les rues sont bondées et le véhicule peine à se frayer un chemin à travers les gens, pour la plupart ivres. On est escortés par les responsables de l’événement, les gens tapent sur nos vitres et nous offrent de la bière. Ils demandent si c’est les Cowboys dans le camion. «Barre les portes Coach». On se sent comme Led Zeppelin dans le film «The song remains the same».

Quand on se pointe enfin sur les Plaines il ne reste qu’une demi-heure au spectacle télévisé. Une petite fébrilité nous gagne. On sait qu’on jouera devant 100 000 personnes — ils disaient 200 000 le lendemain mais permettez-nous d’en douter. Gonfler les chiffres d’assistance c’est toujours bon pour les subventions. Les festivals et événements gratuits font toujours ça. C’est de bonne guerre. Ils ont besoin des subventions et des commanditaires. Admettons donc qu’il y avait entre 100 000 et 200 000 personnes. Ça laisse une marge légèrement floue!

Le show télé se termine. Je fais mes étirements dans la loge et je me surprend à ne pas être nerveux du tout. Tout le monde est calme. La St-Jean sur les Plaines c’est gros. Ce sera notre troisième expérience ici. On avait joué en 2003 devant une foule monstrueuse et une chaleur accablante. Les organisateurs avaient d’ailleurs été pris de court car habituellement la foule quitte graduellement après le show télé. Cette-fois-là, en plus de ne pas s’en aller, les gens continuaient à rentrer pour notre concert. Pendant notre show les organisateurs et les autorités policières appréhendaient des émeutes et de la casse. Pris de panique, ils demandèrent à notre gérant de nous forcer à jouer plus longtemps et d’interpréter des chansons plus calmes. Une offre monétaire avait même été sur la table mais notre gérant ne broncha pas. Pas question de jouer plus longtemps. On a fait notre spectacle tel qu’il était prévu et tout s’est finalement bien passé.

En 2006 ça avait été plus difficile. Prévu initialement à minuit quinze, notre show avait commencé à une heure 30 du matin sous un froid glacial (il devait sérieusement faire 9 degrés). Je me souviens vaguement qu’on était en beau tabarnak et qu’on avait dit que c’était la dernière fois qu’on jouait sur les Plaines. Heureusement on a changé notre fusil d’épaule et nous revoilà quatre ans plus tard avec seulement un petit 25 minutes de retard sur l’horaire prévu! Un peu comme en 2003, le site, loin de se vider à notre arrivée, continuait à se remplir après le show télé. Immense! Une marée humaine. Des gens à perte de vue. Faut vraiment le vivre pour le croire. C’est donc devant un tapis de Québécois parsemé de drapeaux Fleurdelisés que nous fîmes ce concert dans l’allégresse et le plein contrôle de notre art. Le band est solide ce soir. Pas de faux pas si ce n’est de quelques paroles oubliées par notre chanteur. Pas grave, le monde est saoul et ne s’en rend pas compte! Une enfilade de succès du groupe et de chansons typiquement étiquetées «St-Jean-Baptiste» comme Mon Pays et le Shack à Hector agrémentaient ce concert qui somme toute passa très (trop) rapidement.

En sortant de scène, pas de niaisage: on se change, on prend une seule bière (deux pour Karl qui boit vite) pour relaxer et quinze minutes plus tard nous sommes sur la route, n’ayant pas vraiment pu savourer ce moment intense. Les horaires serrés sont exigeants. En chemin on croise quelques personnes trop ivres couchés dans la rue — dont un gars qui semblait dormir sous son camion. Weird. Jérôme fut le premier à tomber au combat avant que tout le monde ne s’endorme dans la van. Je fus le seul à tenir compagnie à Coach pour être certain qu’il ne s’endorme pas au volant. À Trois-Rivières le band a faim et réclame des burgers. Je fus le seul à refuser. Je regrette un peu quand je les vois s’empiffrer. Pas grave, plus qu’une petite heure avant ma traditionnelle toast au beurre de peanuts. Arrivé à 5 heures du matin. Je fais pisser mon chien qui devait bien se retenir depuis 14 heures. Bon chien, bon chien! Toast et dodo bien mérité. Je me doucherai demain matin. Trop brûlé.

Chapeau à Marie qui doit se lever dans quatre heures. La vraie tough du band c’est Marie-Annick!

(La suite plus tard cette semaine)

Quand on se rend à Ste-Germaine-Boulée pour le festival du Boeuf on se dit qu’on est des rock stars. C’est la Cadillac des festivals éloignés! First, le festival te paye l’avion nolisé. Imaginez: au lieu des 8 heures de route, une simple petite heure vingt-cinq dans les airs et nous sommes arrivés à Rouyn. Sur le tarmac, le maire Jacqulin Bégin — ultime personnage d’une gentillesse légendaire — nous attend avec un autobus nolisé (tout est nolisé quand on joue au Boeuf) pour nous conduire au village de Ste-Germaine. En chemin, petit arrêt au dépanneur pour acheter quelques bières froides — les fans de la chronique seraient déçus de savoir que l’on ne boit pas.

Puis, en arrivant à une intersection, on aperçoit une pancarte qui annonce le «Camping Ste-Germaine». On hurle au chauffeur l’ordre de s’arrêter pour prendre la photo d’usage. On a quand même écrit une toune qui porte ce nom-là. Jérôme a même pris le temps de se soulager le gros nerf aux abords de la pancarte. Enfin, après 45 minutes de route nous apercevons les gratte-ciels de Ste-Germaine se profiler au loin. La mégapole abitibienne brille des tous ses feux et on voit poindre à l’horizon le fumet des boeufs qui braisent depuis l’aube en vue du festin de la soirée!

Jacquelin avait tout prévu: non pas une mais bien deux chambres de hockey (nolisées) faisaient office de loge pour le groupe au sein de cet aréna légèrement vétuste mais combien chaleureux. Avant le festin de boeuf prévu vers 18 heures, d’excellents petits pains fourrés au poulet, jambon et aux oeufs nous étaient destinés en guise de collation et des bières de tout acabit traînaient dans des glacières pour nous désaltérer au cas où l’ennui venait à nous prendre. Comme nous sommes des professionnels, nous n’en n’avons pas abusé (à part notre éclairagiste Titi Tancrède surnommé pour l’occasion Titaille Chaudaille puis plus tard Titus Saoul Mort).

Comme nous avions 6 heures à tuer avant le concert, le Trou-de-cul (jeu de carte) a refait son apparition. Je suis resté président pendant deux heures, cédant sporadiquement ma place pour prendre la vice-présidence quelques minutes avant de reprendre le poste qui me revenait de droit. Quand tu as l’étoffe d’un dirigeant…

Le concert était systématiquement dément ! Grosse foule de 2000 personnes — on est quand même dans un village de 600 âmes. On en déduit donc qu’il y avait quelques personnes qui venaient en tant que touristes. C’était la troisième fois qu’on jouait ici et je crois que ce fut la plus intense. Pour remercier ce public si impliqué et énergique, nous avons renoué avec le port des robes pour le rappel. Robes qui d’ailleurs auraient bien besoin d’être lavées car elles dégagent une odeur de stock de hockey moisi lorsqu’on les sort de la poche. Mais bon qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour le spectacle!

Après le show, on est fatigués mais contents. Comme on est dans des chambres de hockey on peut se doucher. Après avoir sué et porté des robes qui sentent le yâbe c’est salutaire «de se laver le cul» — comme dirait élégamment notre technicien de scène Gros Mike  Tremblay. L’autobus nolisé nous attend pour nous reconduire à Rouyn où une courte nuit nous attend. Petit saut au Cabaret de la Dernière Chance en arrivant sur place mais sans trop d’entrain. On se couche tous vers quatre heures du matin après s’être enfilé des burgers chez Morasse — on ne change pas de vieux classiques!

Départ vers Montréal à 10h30 à bord d’un avion nolisé (eh! oui) et retour à midi. Sauver 13 heures de char en 2 jours, ça n’a pas de prix! Christ que j’aimerais ça avoir un avion privé finalement. Si les Français n’avaient pas perdu la bataille des Plaines d’Abraham l’Amérique serait peut-être francophone aujourd’hui et je tournerais en jet privé partout dans le monde. Je serais milliardaire. Guy Laliberté serait dans mon cercle d’amis. Caroline Néron serait la genre de Madonna.

Saloperies d’Anglais…

Bon! Avec un peu de retard je vous livre cette chronique sur notre passage en Suisse pour le Festival Pully à l’heure du Québec.

8 juin – Départ

C’est Gaëtan Tremblay, l’illustre père de Karl, qui nous cueillera pour nous mener à l’aéroport. Dans la voiture il y a donc moi, Karl, Marie-Annick, Gaëtan ainsi qu’un invité de marque en Clotaire Rapaille. Quoi ? Ce n’est pas Clotaire ? Mais non, c’est Titi Tancrède qui porte les même lunettes soleil que le célèbre imposteur Français.

Durant les trois quarts d’heure que dureront le trajet, le pauvre Karl nous fera part de ses déboires concernant l’achat possible d’un nouveau véhicule lui qui traîne une vieille Golf en ruine depuis des lunes. L’argument principal c’est que tu ne peux pas t’acheter n’importe quoi quand tu es dans les Cowboys Fringants et que tu es dans l’administration de la Fondation du même nom. Ça prend une voiture économique, peu polluante, etc… Karl rêvait d’un pick-up. Il devra en faire son deuil. Très compliqué notre vie comme vous pouvez le constater…

En plus de nos collègues on retrouve Dumas et sa bande lorsqu’on arrive à l’aéroport. Ceux-ci ouvriront pour nous lors des deux concerts en Suisse. «On se croirait à l’époque de Break Syndical» affirme un Dumas rieur, lui qui avait ouvert quelque fois pour nous à cette époque. La bonne humeur règne et les pintes se succèdent au bar avant d’embarquer dans l’avion. Le vin prendra la relève de la bière une fois à bord. Morale de l’histoire: ne jamais placer une vingtaine de musiciens et techniciens dans une même section d’un aéronef. Au terme de plusieurs avertissements et d’un éhonté mensonge de l’agente de bord  qui affirmait «qu’il n’y avait plus une goutte d’alcool dans l’avion», nous dûmes regagner nos places respectives et mettre le mode «cocktail» à off.

9 juin 2010 – jour 2

Arrivée à l’aube sur Zurich et petit vol de 30 minutes vers Genève où nous étions passablement moins pimpants. À Genève les gens du Festival nous attendent et les bénévoles réussiront finalement à nous conduire à Pully (ça avait l’air vraiment compliqué de mettre 15 valises dans un camion et d’embarquer les deux bands dans les deux autres camions). Notre chauffeur aura toutefois utilisé l’heure de route vers Pully pour nous apprendre l’expression «démouler un cake» (déf: aller à la selle). Celle-ci aura d’ailleurs été la trame humoristique de notre séjour et aura été servie à toute les sauces (miam!). Eh! oui, la fatigue aidant, nous devenons très primaires…

En arrivant, on constate qu’on dort au dessus d’un bistro avec terrasse. On réalise ensuite que le gars à la réception n’assure vraiment pas et semble totalement dépassé. On est ensuite ahuris par le fait que nos chambres ne sont pas prêtes alors qu’on a tous envie de se laver, de démouler un cake et de dormir un peu. Cette indisposition fut vite corrigée par la petite bouteille de blanc que Jérôme a commandé au bistro pour nous faire patienter et à laquelle moi, Bazou et Lacoste s’abreuveront en riant aux larmes sur la terrasse, au grand dam des vieillards qui y prenaient l’apéro. Deux pizzas et deux bouteilles de vin plus tard (on a encore réussi à se mettre chauds) nous fîmes un petit somme salutaire jusqu’à 16 heures pour nous remettre sur pieds avant d’aller se promener sur le site du Festival en soirée — on y jouait que le lendemain.

Quelle belle organisation! Beau site surplombé par les montagnes, gens sympathiques et température agréable. Après avoir vu dans un kiosque en bois rond le large éventail de la gastronomie Québécoise (sirop d’érable, sucre d’érable et sachets de sauce à Poutine St-Hubert à 5 francs Suisses (!)) tout était en place pour manger le plat national du Québec et j’ai nommé: la brochette de wapiti! (est-ce que cet animal a déjà été vu à l’est de Winnipeg?) Cette petite incongruité fut toutefois éclipsée par la poutine helvète qui était excellente et les nombreuses bouteilles de vin Suisse qui fusaient de toutes parts! Les choses se sont ensuite gâtées car nous avons transféré notre plaisir sur la terrasse de l’hôtel. D’une vingtaine de personnes hurlantes présentes à 3 heures, il n’en restait que trois lors du petit déjeuner à 8h du matin: Jérôme, Bazou et… moi! Au moment où je fis un faux mouvement qui renversa au passage la table et les couverts, le rire gras de mes pâteux copains me fit comprendre qu’il était temps d’aller me coucher malgré l’état d’hilarité qui me laissait cloué au sol. Merci à Thierry, le serveur vraiment relax, qui trouvait ça très drôle lui aussi! Quelle gang d’épais…

10 juin – jour 3

Ouach! réveil pénible à 16 heures. On préfère se dire qu’il n’est que 10 heures chez nous – le festival s’appelle Pully à l’heure du Québec alors on reste à l’heure du Québec — Une intense séance d’hydratation se met en branle. Je dois boire trois litres d’eau avant le concert et j’ai 6 heures devant moi. On retrouve le monde au test de son. Marie qui n’a pas bu une goutte d’alcool depuis un mois est en pleine forme. Elle est bien la seule…

Pas grave! On doit assurer et on le fera! Petite attention spéciale pour nos bons amis Suisses puisque nous les gratifierons lors de ce premier concert de la présence de deux musiciens en jupes. Première incursion européenne donc, pour les vêtements féminins et ce sera moi et Daniel Lacoste qui en feront les frais. La réaction du public fut excellente. Comme toujours nous avions retrouvé nos ailes une fois sur scène et la chaleur suffocante de cette salle ne ralentit pas nos ardeurs. Galvanisés par le public, on a donné un concert que je qualifierait d’excellent. Beaucoup de cabotinage et d’intensité. À noter la présence dans la salle de Marie-Ève Rabouin, alias Toaster qui assistait à son 98ème concert du groupe et son deuxième en territoire européen (selon mes souvenirs flous elle était à l’Élysée Montmartre lors de notre premier concert en sol européen en avril 2004).

Après le concert, la poutine fut encore au rendez-vous mais encore plus surprenant, les bouteilles de vin blanc étaient aussi de retour. Ouin. Bon on repart! Deux fois ne sont pas coutume… Même pattern que la veille: on finit sur la terrasse jusqu’à l’aube et on déjeune en buvant du vin tels des décadents. Au final, les mêmes clients sont présents (moi et Bazou) pour l’arrivée du serveur Thierry à 6h30, à l’exception de Jérôme qui a une entrevue tôt le lendemain. Il sera remplacé à pied levé par Dan Lacoste!

Pères de famille émérites, les brillants soiffards que sont Dan et Bazou ont quelque peu lâché leur fou au petit matin en faisant subir divers sévices à une vache en plastique qui trônait sur la toiture de l’hôtel. Voici quelques photos en vrac de leur édifiant début de journée:

Réveil hâtif pour Jérôme qui devait être sur le bord du lac Léman en avant-midi pour une importante entrevue avec le Journal télévisé. Notre préposé officiel aux entrevues a encore été à la hauteur en disséminant au passage des mots comme « collégialité » et « tous azimut » en plein lendemain de veille, draguant même subtilement la jolie présentatrice à la volée! Quel charmeur ce Jérôme! Quant au reste du groupe – excepté Marie – on refait la même routine au réveil soit la réhydratation. Beaucoup moins maganés que la veille cependant car il faut le dire, mis à part l’heure de coucher ridicule (et les photos compromettantes), on n’a pas abusé du vin.

Bref, en pleine forme pour ce concert du 11 juin! Une foule encore plus endiablée que la veille. 2000 personnes en liesse qui chantent hurle dans le sauna qui nous sert de salle. Au terme du show on pouvait tordre nos vêtements tellement on était mouillés. Dans la loge, seuls les techniciens et Karl picolent (Karl avait été somme toute tranquille jusque là, échaudé par son récent passage en Belgique).

Une atroce journée nous attend le lendemain car on doit quitter l’hôtel à 6h du matin pour se rendre à l’aéroport. Les techniciens prennent la décision de ne pas se coucher. Nous on est rentrés à l’hôtel à 3h. Personne n’a réussi à fermer l’oeil avant 5 heures à part Jérôme. Mauvaise nuit d’une heure… Au matin on salue Thierry pour une troisième fois (première fois sobres!) Route Pully-Genève, vol interne Genève-Zurich et vol Zurich-Montréal avec la tête mais vraiment, vraiment dans le cul. Tellement dans le cul que j’ai failli la démouler…

Faudrait peut-être penser à se coucher plus tôt à l’avenir…

Mercredi 19 mai, midi quinze.

Karl et Marie viennent me prendre. Direction chez Jérôme où le point de ralliement a été fixé en vue de notre départ vers North Bay. Cette semaine c’est Charles «Coach» Ouellet qui conduira la mini fourgonnette de location. La distance entre Montréal et North Bay prend 7 heures à parcourir. On a décidé de dormir à North Bay (Ontario) parce qu’il s’y trouve un Holiday Inn et que je suis une poule de luxe: je ne tolère plus les motels 2 étoiles qui sentent le désinfectant cheap et où t’as l’impression de dormir dans une vieille couette maculée du liquide séminal séché des centaines de clients qui sont passés avant moi. J’en ai trop vu dans ma carrière et je suis écoeuré du tapis mur à mur et des systèmes de ventilation qui font le bruit d’un tracteur à gazon. C’est pour ça que j’ai hérité du titre de consultant en hébergement. Quand notre équipe de production règle les détails d’une tournée on me soumet les options hôtelières et je choisis. Après quinze ans de tournées, je connais tous les hôtels et motels de la province. On ne peut plus m’en passer. Je suis un expert. Le verdict était donc tombé: on dort en Ontario! En plus, on avait jamais vécu le trépidant night life de North Bay. On ferait donc d’une bière deux coups!

On a fait une route sans musique. Coach Ouellet est un moulin à paroles et un puits sans fond à anecdotes. Dans mon sélect gala «Nouveaux Amis 2010», Coach remporte le trophée de ma Découverte de l’année. Quel personnage entier et attachant. La route est belle, il fait soleil et les Ontariens ne roulent pas vite.En arrivant à North Bay, on trouve que ça ressemble à Val d’Or et Rouyn. On conclut donc qu’il n’y avait qu’un seul  et même architecte qui faisait les plans d’urbanisme au début du siècle dans les villes minières.

L’homme aux mille contacts qu’est Jérôme — il a une connaissance ou un ami dans chaque ville de la planète — nous conseille pour souper un steak house du nom de Jack Tennant’s. Un des ses potes qui a vécu ici lui avait passé le tuyau. Qui peut avoir un ami qui a vécu à North Bay à part Jérôme ? Le serveur est au premier abord fort sympathique et accueillant. Par contre il se révélera finalement insupportable, nous empoisonnant l’existence tout au long du repas en tentant de nous convaincre inlassablement d’aller faire un fishing trip sur le lac Nipissing. Nous avions beau lui dire qu’on était de passage pour 24 heures, il ne semblait pas comprendre qu’on s’en câlicait.

On l’avait toutefois mal jugé puisqu’il nous offrit de façon courtoise un shooter de téquila à la fin du repas. Flattés par cette délicate attention, nous dûmes accepter — après quelques protestations — même si nous n’en avions pas vraiment envie de boire ça. En recevant nos additions on a tous fait le saut. Le tabarnak! Il nous avait chargé les téquilas à 7$ par shooter alors qu’on croyait dur comme fer que c’était un cadeau de la maison. On s’est bien fait avoir. Lui aussi s’est fait avoir sur le pourboire. Ça t’apprendra à nous arnaquer et à nous parler de pêche…

Petit saut chez Cecil’s, un pub du centre-ville. Après 20 minutes dans la place, une costaude titubante est venue refiler à Karl son numéro de téléphone griffonné sur une facture. C’était signé Stacy. Quel chick magnet ce Karl! Sur scène, un chansonnier, pur produit des années 90, effectuait son tour de chant. Le gars avait clairement arrêté d’évoluer (musicalement et en terme de look du moins) en 1998: bermudas cargo, t-shirt, chemise ouverte, casquette à l’envers, loafers de planche à voile et l’incontournable beignet de barbe autour de la bouche (communément appelé gasket de plotte). Voici son set list:

Wonderwall – Oasis
BrianWilson – Barenaked Ladies
Mr Jones – Counting Crowes
Lightning Crashes – Live
Sweet Caroline
Santaria – Sublime
Longtime running – Tragicaly Hip
Black – Pearl Jam

Il ne manquait que Runaway Train, Two Princes et What’s up de Four non Blondes pour que la tableau soit complet. Au terme de sa prestation, le bar s’est vidé. On est restés pour une dernière bière croyant que le show était fini. Erreur! Un autre spectaculaire spécimen montait sur scène. Il s’agissait du gars qui dormait au bar devant une pinte depuis le début  de la soirée. Lorsqu’il monta sur les planches avec son veston à queue et on savait qu’il nous jouerait du Yes et du Pink Floyd.C’en était trop. Direction l’hôtel pour une dernière bière (encore) dans la chambre de Marie-Annick et hop au lit.

Jeudi  20 mai

Lever vers 10h30 et petit saut en ville pour déjeuner avec Coach et Jérôme. On découvre alors une espèce assez répandue dans la ville de North Bay: la Grichou Mal Teinte (à ne pas confondre avec le Bichon Maltais, une race de chien). En effet plusieurs femmes arborent de mauvaises coupes de cheveux « grichous » avec des mèches délavées. Sublime. Jérôme nous fait faire un détour vers la boutique Hibou, un incontournable selon son ami qui a résidé ici. Cette boutique serait en effet le premier endroit au Canada qui aurait supprimé les sacs de plastique. En entrant dans les dédales de cet endroit louche situé au deuxième étage d’un obscur bâtiment on tombe sur une collection de vieille vaisselle, de petites clochettes et de cochonneries inutiles. Au bout de deux minutes à faire semblant de fureter je proposai qu’on s’en aille. C’est les épaules sautillantes et pris d’un fou rire qu’on a quitté les lieux en concluant que s’ils avaient abandonné les sacs de plastique, c’est simplement qu’ils ne vendaient rien.

La route de Témiscamingue est vraiment une des plus belle au Québec. C’est un retour à Ville-Marie pour les Cowboys après 8 ans d’absence. La dernière fois, c’était en 2002. On joue au même endroit qu’à l’époque soit l’aréna. En arrivant, on retrouve notre équipe technique qui a préféré dormir sur les lieux la veille. Les gars sont de bonne humeur et sirotent une bière à l’extérieur. Au terme d’un test de son rapide, Karl qui avait acheté des bâtons de golf en plastique nous convie à une ronde improvisée. Gros Mike remportera le tournoi en jouant une louche normale. Jérôme quant à lui, pratiquait son tout nouveau spectacle de clown alcoolique dédié aux enfants.

La présence inespérée d’une télé dans la loge nous assure de pouvoir regarder une période de hockey. Je ne suis pas confiant mais Titi Tancrède, habituellement pessimiste, scande à tout rompre que le CH va remporter les deux rencontres à Montréal. Puisse-t-il avoir raison. Finalement en embarquant sur scène, c’était 3-0 pour les Habs! Quel prophète ce Titi!

Bon ça y est! Un dernier spectacle en salle avant la fin de la tournée. À partir de juin ce sont les festivals extérieurs qui commenceront. Pour nous cette étape d’une tournée est toujours une bénédiction. Comme on dit, jouer dehors devant des milliers de personnes en été ça change le mal de place des concerts intérieurs. Pour votre information le band jouera dans vingt festivals lors de la saison chaude. Certains sont déjà annoncés, les autres le seront sous peu.

Bon show devant près de 1000 personnes. Les gens semblaient contents de nous voir après tout ce temps. Pendant le concert, les organisateurs inscrivaient le pointage du match sur le tableau indicateur de l’aréna. On a donc pu faire notre concert en toute quiétude en entendant la foule hurler quand un but s’ajoutait sur le tableau. Les Étoiles Filantes se terminent. Mission accomplie pour les Cowboys Fringants qui ont encore inlassablement parcouru les régions du Québec depuis le 6 novembre 2008. Dans la loge tous sont contents mais fatigués.

Après le concert, on avait faim car on n’avait pas soupé. Le seul resto ouvert était le Chester, un truc qui sert du poulet frit. Yark! Pas le choix de mal manger. En arrivant sur place, la moitié de la foule qui était à notre concert attendait d’être servie au comptoir. D’la marde ça va être trop long, on quitte pour North Bay. Il doit bien y avoir quelque chose d’ouvert là-bas. Ça a beau être en Ontario, il y a tout de même 70 000 personnes qui vivent là. J’ai dormi tout le long de la route. En arrivant, le gars à la réception de l’hôtel nous annonce que le seul resto 24h de la ville est le Tim Horton’s. J’avais surestimé les Ontariens. Ouach! Mieux vaut jeûner. Affamé, je suis tout de même entré dans la salle de déjeuners et j’ai subtilisé une mini boîte de céréales et deux petits contenants de beurre d’arachides. Comme je n’avais pas de lait, j’ai mangé des céréales au beurre d’arachides. Ce fut probablement le pire repas que j’ai pris au cours de mon existence.

Vendredi 21 mai

Au réveil j’étais toutefois heureux de ne pas avoir mangé de poulet Chester ou de l’infect Tim Horton’s.

Retour sur Montréal sans ambages. Un petit 7 km de course en arrivant et ma journée était complète.

Maintenant passons aux choses sérieuses: deux semaines de congé où la pêche, le kayak et les rides quatre roues seront à l’honneur!

Prochain arrêt: le premier festival de l’année qui est le 5 juin à Ste-Perpétue!

Quand on parle de belles régions, on mentionne rarement l’Outaouais mais cette dernière regorge de beaux endroits et s’avère un très beau coin de pays. Particulièrement les environs de  St-André-Avellin dans le secteur de la Petite-Nation ou on trouve le Théâtre des Quatre Soeurs. L’endroit, minuscule et un peu vétuste, est aussi très chaleureux et empreint de cachet. Nous y  venons depuis 2003 et la salle est devenue une halte obligatoire lors de chacune de nos tournées.

À notre arrivée, les gars de la technique boivent paisiblement une bière dans la boîte du camion de tournée. Le temps est beau et on perçoit au loin la voix de stentor de Titi Tancrède qui semble — quelle surprise! —  entretenir ses collègues de hockey. Parce qu’il faut le préciser: les maniaques du Canadien comme Titi n’ont pas été choyés depuis des lunes et le fait que le CH se retrouve dans le carré d’As est pour lui une véritable bénédiction. Pour moi, Karl et Jérôme aussi finalement. Nous avions trois heures à tuer avant le spectacle et nous fîmes de la prochaine série entre Montréal et Philadelphie notre seul sujet de discussion. Dois-je ajouter que celui-ci fut passionné et ridiculement analysé dans tous les angles.

Au terme de ces inutiles palabres voici nos prédictions:

JF: Philly en 6

Karl: Montréal en 6

Jérôme: Montréal en 7

Titi: Montréal en 6

Puis, quelques instants avant de monter sur scène, alors que j’étais en train de pisser, j’entendis une voix parler au micro et s’adresser à la foule. «Qu’est-ce qui se passe? Le show commence sans moi?» Eh bien non, c’est seulement Karl et Dan Lacoste qui font un numéro improvisé, torses nus en guise de deuxième partie (puisque nous avions eu au préalable une première partie, le groupe Eko, sympathique band entraînant.) Plus ou moins réussie la deuxième partie mais bon, Karl c’est Karl. Comme il le dit lui même: «je suis un équilibriste. Des fois c’est bon, d’autres fois c’est pourri».

Bon show encore une fois devant une salle comble. Quelques forumeux présents dans l’assistance dont Abel et la Pingouine qui ont fait plusieurs heures de route pour venir nous voir. Ça m’étonne toujours de voir de monde qui nous aime à ce point ! C’était l’avant-dernier concert du volet «salles de spectacles» de la tournée de L’Expédition. Un dernier saut en salle– un méchant long saut en fait — à Ville-Marie au Témiscamingue avant d’entamer le volet «festivals extérieurs». Il ne reste donc que quelques mois à cette tournée qui avait débuté en novembre 2008 et qui se terminera au terme de près de deux ans. Cibole que cela a passé vite!

J’y reviendrai lorsque je ferai la rétrospective de la tournée dans quelques mois.

Je pars demain pour le Témiscamingue. J’espère qu’il va arriver des anecdotes drôles parce que je trouve cette dernière chronique assez plate finalement…

J’ai une christ de tendinite au poignet que je traîne depuis 2 mois à cause du montage de Last call, dernier service! Pas habitué de manipuler la souris sans arrêt pendant 3 semaines… («il n’est pas habitué de travailler » vous me direz. Vous n’avez pas tort). Il n’y aura donc pas de chronique concernant Brossard car on m’a conseillé de rester loin du clavier pour quelques jours. Même pas droit à la CSST en plus. Quelle carrière de misère…

Juste dire bien vite que le show de Brossard fut extraordinaire. C’était la deuxième supplémentaire (donc notre troisième concert) depuis le début de la tournée L’Expédition à cet endroit et on ne s’attendait pas a avoir une salle comble!

Bref, de beaux moments, la victoire du CH et des visages heureux. Que demander de plus? Pas grand chose.

Merci aux gens qui continuent de suivre les Cowboys Fringants après toutes ces années. Sachez que nous nous sentons privilégiés d’avoir un public fidèle comme ça!

Si tout va bien ma chronique sera de retour la semaine prochaine pour le retour de St-André-Avellin.

À bientôt!

JF

Première fois au Vieux Clocher de Magog en 15 ans d’existence. Première fois à Magog tout court. En fait je suis déjà allé à Magog mais pour me promener seulement. Pas pour jouer de la zizique. C’est beau Magog. C’est encore plus beau un peu chaud sur une terrasse en après-midi.

(Moi) – Hey l’Gros, ça te tentes-tu de partir plus tôt pour prendre une petite «bi-guère»* d’après-midi sur une terrasse?

(*bi-guère = bière)

(Karl) – Oui, passe me chercher à trois heures.

(Moi) – Ben là ça va plus être une «bi-guère» d’heure du souper. On va arriver à cinq heures… Deux heures ça va ?

(Karl) – Deux heures et demi.

Je n’avais pas tenu compte du fait que j’arrivais toujours une demi heure en retard. Finalement on est partis à 3 heures. Quel rusé ce Karl! On a évidemment été pris une  bonne demi-heure dans le trafic de Montréal, un classique. En route, moi et Marie-Annick nous rendîmes compte que notre chanteur était un peu irritable. Une obscure histoire de matériaux de constructions et de rénovation domiciliaire semblait mettre à fleur de peau notre collègue habituellement si imperturbable.

En arrivant en Estrie je m’exclamai : «ouin ben j’ai hâte de prendre une bonne bi-guère!» C’est alors que les signes d’impatience de Karl reprirent de plus bel: «C’est quoi ça une bi-guère christ ? D’où ça sort ça une bi-guère ?»  En fait je ne savais pas vraiment où j’avais inventé ça. Une autre de mes conneries mais j’aime dire bi-guère. Par contre Karl n’aime pas. Il dit qu’une bi-guère ça doit être flat, tiède et imbuvable.

Bref en arrivant dans Magog, quelle ne fut pas notre surprise de voir notre bassiste soiffard assis sur la terrasse du Memphré en train de siroter une pinte de bière locale en compagnie de notre multi-instrumentiste ivrogne Dan Lacoste. Coup de klaxon: «commandez-nous des bières, on arrive». Le test de son prévu à 17h30 fut donc repoussé à 18h45 pour la noble cause.

C’est légèrement cocktail que nous avons quitté le bar pour se mettre sérieusement au travail : il fallait tout de même faire un petit test de son. Après tout, nous avions pour l’occasion deux remplaçants au son et à l’éclairage puisque Steph Demers et Titi Tancrède manquaient à l’appel. Substituts de choix en Rosaire Légaré au son, l’éminence grisonnante qui a accompagné le groupe pendant les tournées Break Syndical et la Grand-Messe – on est en pays de connaissance comme on dit! – et le notoire éclairagiste JF Couture en remplacement du non moins notoire Titi Tancrède. Assez pour le de name droping de techniciens.

Le Canadien jouait ce soir-là son premier match contre Pittsburgh. Pas de chance. On a quatre shows en mai et on manque assurément deux matchs. Ben non je niaise… On aime mieux faire des spectacles, surtout quand ceux-ci sont plaisants comme ce fut le cas à Magog. Salle mythique s’il en est une où Abbittibbi (le band de Richard Desjardins) a enregistré Chaude était la nuit en 1996 et où plusieurs humoristes se sont produits au fil des ans. Petit aparté: le matin, avant d’aller à l’école primaire, j’écoutais l’émission Café Show enregistrée à Sherbrooke sur les ondes du réseau Pathonique (filiale de Télé-Métropole aujourd’hui TVA) et je me souviens de Ti-Bob – le coquin météorologue/chroniqueur artistique  - qui annonçait les concerts à la salle Maurice O’Bready et au Vieux Clocher de Magog. Ça m’a marqué je ne sais pas pourquoi. Je retenais des affaires niaiseuses comme ça étant jeune.

Comme vous le voyez mon histoire d’amour avec l’Estrie date de très loin. Bref, nous qui pensions avoir joué partout au Québec, il nous manquait cette sympathique petite salle à notre palmarès. Quelle soirée! Des bonnes blagues, de l’énergie et une foule complètement folle qui en redemandait. Pour la première fois depuis longtemps aucun membre du band n’était malade. Finalement, je suis le seul qui se plaint toujours et qui n’est jamais malade.

Après le concert, on était fatigués. J’ai failli m’endormir au volant et je me suis rendu compte que je m’étais levé à 7h00 du matin. D’habitude je me lève vers 9h00 le jour d’un concert mais depuis que je suis revenu d’Europe je me couche tôt et me lève tôt. Pas pour rien qu’à 2h00 du matin j’étais brûlé.

Traditionnelle petite toast au beurre de peanut, une douche et hop au lit. Je me suis endormi avant même de poser ma tête sur l’oreiller.

Bourges – Bruxelles – 16 avril (travel day comme ils disent en français)

On apprend que l’aéroport Charles-de-Gaulle n’offre plus de service et que le nord de la France a momentanément fermé son espace aérien à cause du volcan dont le nom est aussi difficile à épeler qu’à prononcer. C’est alors que les «c’est juste temporaire d’après moi» ou les «c’est sûr que ce sera ouvert dimanche pour notre départ» fusent de toutes parts et sont contredits par les «moi j’ai lu que ça pourrait être long» et autres fines analyses telles «ils disent que les vents ne changeront pas de direction avant une semaine». Pour une fois que j’avais hâte de venir en Europe, fallait qu’un câlice de volcan me retienne ici contre mon gré.

Si mon humeur se rembrunissait à cause du volcan, les intestins de Karl eux se «brunirent»: le chanteur était sur le carreau à son réveil à cause d’une gastro-entérite carabinée. C’est fiévreux, grelottant et nauséeux que le pauvre Karlo est embarqué dans le camion qui se dirigeait vers la Belgique lui qui, ironiquement, jubilait à l’idée d’avoir une journée de congé dans la capitale mondiale de la bière. En arrivant à Bruxelles, c’est clopin-clopant que le mastodonte à la voix de stentor retraita vers sa chambre pour ne plus en sortir avant le lendemain. Quant à nous, nous décidâmes d’aller manger mais le coeur n’était pas à la fête. Nous étions tous fatigués et il faut le dire, la bière ne rentrait pas vraiment. Au terme d’un morne souper, nous retraitions tous dans nos quartiers respectifs pour une nuit de sommeil bien méritée.

Bruxelles – 17 avril

Mauvaise nouvelle au réveil: un mail d’Air France nous avertissait que notre vol prévu pour le lendemain soir était officiellement annulé. J’étais quelque peu ébranlé mais confiant que le tout rentre dans l’ordre d’ici lundi ou mardi. De toute façon on avait un concert le soir et c’était ça l’important. Je profitai donc de la superbe journée pour aller marcher dans le centre de Bruxelles et m’acheter des pastilles pour la gorge ainsi que des médicaments contre le rhume. Après m’être enfilée une gaufre (excellente) et un jus d’orange (des vitamines svp!) je rebroussais chemin vers l’hôtel: il y avait trop de monde dans les rues. Impossible de circuler…

Dans le hall on découvre un Karl totalement knout-out. Il n’a pas mangé depuis 48 heures et ne garde rien. «Je ne sais pas comment je vais faire pour terminer ce spectacle» disait-il. C’est blême et cerné comme un panda que le pauvre Karl embarqua dans le camion qui menait à la salle. Arrivés sur les lieux, on découvre une salle de type rock qui était en somme un cube gris aseptisé que 2200 Belges exubérants allaient plus tard assiéger. Quelques minutes avant le show, pendant qu’on entendait les clameurs de la foule, Karl dit à Gros Mike: «place une poubelle de chaque côté de la scène. Je ne me sens pas safe…»

The show must go on. Malgré une faiblesse extrême et des crampes abdominales Karl tint bon. Même que sa condition ne parut pas tellement. Je veux dire: nous on voyait qu’il n’était pas dans son assiette mais je crois que les gens n’ont pas trop remarqué son léger manque d’entrain. Il réussira à faire la première partie comme si rien n’était. À l’entracte il nous avouera que le fait de ne pas avoir mangé pendant deux jours commençait à le rattraper puisque son énergie était à zéro. Pour contrebalancer le tout, le public, lui, semblait en grande forme. Plus que le groupe lui-même en fait. Ce fut certes un bon spectacle mais sur les trois, celui-ci fut plus relax. Le band avait visiblement moins de gaz qu’à Paris et Bourges.

Au moment où Karl a prononcé les derniers mots des Étoiles Filantes, le band s’est approché de lui en signe de solidarité. Il venait de faire un concert de 2h30 dans un état lamentable. En sortant de scène, il s’effondrera sur le béton comme un gros ours, exténué. Le public hurle. Les gens veulent un ultime rappel. On se dit qu’on devrait arrêter là étant donnée la condition de Karl. Marie-Annick s’approche et lui glisse quelques mots à l’oreille. Il remue un peu. Elle revient vers nous en disant : «on va faire Toune d’Automne. Le monde va chanter avec lui». Ce soir-là, en sortant de scène, notre chanteur avait gagné son salaire.

La mini-tournée était complétée.

C’est à ce moment précis qu’entre en jeu le personnage capital de la fin du voyage: notre attachée de presse Marie-Christine Champagne alias MCC. Alors que nous étions tous attablés pour casser la croûte après le spectacle, MCC nous mit au parfum de la situation. «Je préfère vous dire la vérité. On ne partira pas avant vendredi prochain. On a des billets pour le 23, pas avant». Catastrophe! Je pulvérisai un verre de plastique d’un coup de poing avant de retraiter seul vers la loge. J’ai toujours eu de la difficulté avec les longs voyages. Un genre de phobie incompréhensible qui me donne des troubles paniques et des crises d’angoisse. Depuis 2004, je m’efforce de venir en Europe pour ne pas laisser ma phobie prendre le dessus mais là je n’avais pas prévu cette extension de périple. J’étais un peu démoralisé…

Je n’étais toutefois pas le seul à être démonté par la situation. Tout le monde était finalement assez démoli par la nouvelle. Certains l’étaient parce qu’ils sont pères de jeunes enfants, d’autres parce qu’ils ont des engagements et qu’ils perdront de l’argent – les techniciens en fait- et d’autres parce qu’ils sont malades et fatigués. Personne n’y trouvait son compte.

On a regardé le match #2 du Canadien dans le lobby de l’hôtel en se disant qu’on n’était pas des réfugiés Afghans et que notre situation n’était pas si pire au fond…

18 avril – Retour sur Paris

En arrivant à l’hôtel on a réalisé qu’on allait s’emmerder solide pendant une semaine dans le lobby. Là ça nous éclaté en plein visage. C’est penauds et paumés qu’on est allés faire notre lavage dans une buanderie adjacente à la Gare de l’Est. En soirée, on a établi une liste de priorité dans l’éventualité où des billets d’avion venaient à se débloquer. On m’a placé premier sur la liste avec Bazou et Steph Demers (notre sonorisateur qui devait partir le 20 en tournée américaine avec le groupe Plants & Animals.) Après on a pris un coup dans le lobby jusqu’à 3h avec Karl qui buvait quant à lui des verres de jus d’orange coupés avec de l’eau et du sel pour faire partir son virus tenace.

19 avril – Paris-Madrid-Buenos Aires-Miami-Montréal

Je fus réveillé au petit matin par un coup de fil de Marie-Christine qui était sur le dossier de nous rapatrier depuis l’aube. Des agents de voyage, des contacts au sein des compagnies aériennes et même la Délégation du Québec à Paris étaient sur le cas. Ils avaient finalement trouvé 2 billets… en partance de Madrid et en direction de… Buenos Aires avec un autre vol pour Miami et finalement un transfert vers Montréal ! Un peu ébranlé, je pris quelques minutes pour réfléchir. Après avoir lu que la situation ne s’améliorerait pas (christ de médias alarmistes) avant une semaine et plus, j’acceptai le package! Mon pote Bazou allait être celui qui m’accompagnerait dans ce ridicule périple de 13 heures de route et 25 heures dans les airs.

Avec notre pote et chauffeur T-Lo on est partis de la gare de l’Est à 16 heures en direction de Madrid où notre vol initial nous attendait à midi le lendemain. En chemin, l’anxiété apparut. Quelle mauvaise idée avais-je eue là! C’était complètement ridicule un itinéraire de la sorte. En proie à la panique, j’avisai mes comparses que je chokais en arrivant à Bordeaux. J’appelai MCC et heureusement, elle me dit que nos billets n’étaient pas annulés pour vendredi. Elle nous conseilla de rester à Bordeaux et d’attendre les instructions de là-bas. Ouf! Je respirais enfin. J’ai alors dit à mes deux chums :«Allons manger un bon repas et après on se loue un hôtel quatre étoiles, c’est moi qui paye!» J’ai mangé ce soir-là le meilleur steak frites de ma vie. Le tout arrosé de Bordeaux succulent. On s’est rendus au chic hôtel Pullman et on a écouté le 3ème match de la série Canadiens – Capitals dans le lobby (encore) en sirotant un petit vin rouge pas piqué des vers.

Je me suis endormi lourdement en me disant que j’étais somme toute assez content de ne pas avoir fait le tour de la terre en avion…

Bordeaux /Paris – 20 et 21 avril

Superbe journée à Bordeaux. J’étais venu ici deux fois sans toutefois avoir le temps de visiter. On a marché toute la journée et vers 17h on s’est arrêtés pour prendre un Perrier sur une terrasse. C’est à ce moment que Marie-Christine nous téléphona: elle avait probablement trouvé deux billets sur Air Transat pour le lendemain midi en partance de Charles-de-Gaulle qui venait de partiellement rouvrir. Elle allait nous le confirmer plus tard. On était en attente. Vers 20h on finalement eu la confirmation du départ pour moi et Bazou. Puis quelques minutes plus tard on apprit que toute l’équipe partait en même temps que nous. Wow! Marie-Christine et sa soeur Luce – notre directrice de production basée à Montréal – ont vraiment assuré!

Petit souper rapide à Bordeaux et hop! on refait la route de nuit vers Paris. Ce fut donc 6 heures de discussions avec mon pote T-Lo pendant que Bazou ronflait sur la banquette arrière. Nous sommes arrivés à l’hôtel Ibis de l’aéroport à 4h15 du matin. Il fallait se lever à 8h… Une autre mauvaise nuit en perspective. Le reste de la bande se trouvait dans Paris et les copains devaient se lever à 5h45 histoire de sortir de la ville engorgée. Ouach! En entrant dans le terminal, on vit les visages fantomatiques de nos collègues. Comme on était sur Transat (compagnie québécoise), nous avons pris une multitude de photos avec des compatriotes qui ont dû trouver nos teints assez blafards.

Je redoutais une possible annulation du vol mais une fois tous embarqués dans l’avion, je me dis que cette fois c’était vrai. On allait vraiment partir! Un petit doute me traversa toutefois l’esprit concernant les cendres volcaniques pendant le vol. Ça serait plate de s’écraser. «Ah! pis fuck off, je suis tellement fatigué.» Fait rarissime pour moi, je me suis assoupi pendant une bonne heure. Jérôme le chanceux a dormi pendant 7 heures et n’a rien vu du vol. Le pauvre Karl n’était pas rétabli de son virus et fut pris d’une poussée de fièvre qui durera tout le long de la traversée. Il perdra plus de dix livres et deux trous de ceinture lors de ce séjour européen difficile. En vrai guerrier, il ne s’est pas plaint une seule fois.

Dans l’heure précédant l’atterrissage, une jolie hôtesse de l’air nous réclama une photo. Avant que le kodak ne fasse entendre son déclic je me souviens de m’être dit que j’espérais avoir l’air moins ravagé que mes trois collègues car ils n’étaient vraiment pas à leur meilleur. La gentille demoiselle aura finalement eu droit à un portrait avec quelque chose qui ressemble à la famille Adams.

Puis j’ai vu le St-Laurent à travers le hublot. On arrivait dans 30 minutes. Enfin…

***

Je dors 10 heures par nuit depuis une semaine . J’ai aussi totalement cessé de m’intéresser au volcan machin truc.

Printemps de Bourges – 15 avril (suite de la première partie)

Le festival du Printemps de Bourges est l’un de plus importants événements musicaux en France. C’est aussi – à l’instar du MIDEM – un des hauts lieux de rencontre pour les divers producteurs et gens de l’industrie de la musique. Pour la première fois de l’histoire, un artiste ou groupe québécois se retrouvait en tête d’affiche de la programmation de l’une des soirées. C’est donc avec une formidable gueule de bois généralisée que les membres du groupe en question attaquaient ce concert historique. N’essayez pas ça à la maison: nous sommes des professionnels qui ne buvons que sur la job! Dans le camion nous menant au site du festival, nous avions l’air de réfugiés Afghans déshydratés qui auraient passé dix jours dans le désert: mines basses, cheveux plats, visages bouffis, yeux vides, voix rauques ou fluettes (selon le cas), absence d’étincelle intellectuelle, etc… Tous les ingrédients étaient au rendez vous pour une soirée mémorable. Pourquoi me direz-vous? Parce que ce soir on ne joue qu’une heure 15. Voilà! Pour nous qui sommes habitués de jouer plus de deux heures lors de chaque prestation, un concert d’une heure c’est de la petite bière!

En arrivant sur le site un voit le Phénix, un immense chapiteau pouvant contenir 7000 spectateurs. C’est là qu’on joue. Une fois débarqués du camion, c’est l’heure de quelques séances photos avec les médias. On devait être assez beaux merci avec nos visages de croque-morts agonisants. Puis retour pour plus de trois heures dans le frigo qui fait office de loge (une tente pas chauffée alors qu’il fait environ 7 degrés dehors). C’est probablement là que tous ont attrapé le rhume qui nous suivra jusqu’à la fin de la tournée. Karl, qui faisait alors son petit bonhomme de chemin sans faire de bruit, verra son séjour prendre une toute autre tournure. Il s’est promené toute la soirée en t-shirt alors qu’on se les gelait. Un virus le guettait sans qu’il ne le sache…

Pendant que le système immunitaire de Karl se faisait sournoisement anéantir, Jérôme et moi sommes allés faire une entrevue – soit-disant importante – avec une radio dont le nom m’échappe. Après quelques questions et réponses de base, notre éternel désir de cabotiner l’emporta sur le sérieux.

Cowboys -  »(…) Nous avons lancé au Québec un dvd de danse-exercice. Notre chanteur est un maniaque de fitness… »

Animatrice – « Est-ce que ce dvd sera disponible en France ? »

(regard vers notre attachée de presse légèrement désarçonnée)

Cowboys – « Marie-Christine, est-ce que ça va sortir en France? »

Marie-Christine – « Heu… je ne sais pas trop là »

Cowboys – « En fait ce sera compliqué en raison de l’accent québécois. Il faudrait le traduire en français international. »

Animatrice – « Votre chanteur est donc vraiment dans une grande forme physique… »

Les Cowboys – « Oui. Tu auras l’occasion de le voir ce soir sur scène. C’est que du muscle. »

Après ça on se demande pourquoi les médias français nous boudent…

Puis retour dans le frigo pour la fin de la prestation de notre compatriote Coeur de Pirate qui fait vraiment un tabac incroyable en France. Cette fille roule à un train d’enfer et empile concerts par dessus concerts. Je lui lève mon chapeau. Perso, je ne ferais plus de tournées aussi effrénées (on l’a fait de 2002 à 2006). Ne faire que des shows ça finit par user à la longue. Mais bon, elle a l’avantage d’être jeune et je lui souhaite qu’elle sache en profiter. Quoi qu’il en soit, respect à cette talentueuse jeune auteur-compositrice. N’en déplaise aux détracteurs et aux envieux, elle n’a pas volé son succès.

Avant nous, jouait une ancienne star académicienne du nom d’Olivia Ruiz. Je ne la connaissais pas. Les autres non plus ne la connaissaient pas d’ailleurs. Marie-Annick semblait reprendre un peu de poil de la bête à quelques minutes du concert. C’était salle comble à 7000 personnes ce soir mais on se demandait quelle était la proportion des spectateurs qui étaient là pour nous. Chose certaine, on avait du public à gagner et historiquement on a toujours été bons dans ces moments-là. En sautant sur scène, je constatai de visu qu’environ la moitié de la salle était constituée de fans du groupe. Le reste ne nous connaissait pas mais restait pour découvrir.

On s’est donnés au max. Extrêmement dynamique comme prestation. Marie a puisé dans ses dernières énergies pour donner le meilleur d’elle-même. Moi et Jé avons sauté comme des kangourous et Karl a été charismatique comme toujours. On voulait épater la galerie et le fait de ne pas être connus de tous nous a galvanisé. Autant une foule gagnée d’avance peut être stimulante, autant un nouveau public se doit d’être une motivation. On a rocké la place et à la fin tout le monde était rallié. Après le show, dans la loge, des producteurs et des organisateurs de festivals accouraient pour savoir «qui était ce groupe qui a rempli le Zénith de Paris en étant totalement inconnu du grand public.»  Ce groupe, c’est des québécois un peu tatas qui avaient brossé comme des épais la veille…

Retour à l’hôtel où le lobby nous attendait pour regarder le premier match Montréal-Washington sur Internet. On a hurlé comme des imbéciles quand Plekanec a marqué en prolongation et on s’est mis à fantasmer sur l’élimination des Caps en quatre matchs. Les bières ont tout de même été au rendez-vous malgré la brosse d’épais de la veille. Au final, nous avons attendu le déjeuner avant de se coucher. On a regardé la fin du match Vancouver – LA en mangeant des oeufs et des saucisses avec de la bière… Édifiant.

Certains, dont moi, se sont couchés à 7h du matin. Départ le lendemain midi, direction Bruxelles. On a 6 heures de route à faire. À la blague on se disait qu’on allait être pris en Europe à cause du nuage volcanique qui approchait du continent. On riait fort.

(La suite plus tard)

Paris – Arrivée 13 avril

Départ pour Paris en vue de cette petite tournée éclair qui nous mènera au Casino de Paris, au Printemps de Bourges ainsi qu’aux Halles de Schaerbeek à Bruxelles. Karl, Marie et Jérôme étaient partis la veille en vue d’une journée d’entrevues qui devait se dérouler le 13.  Les interviews furent toutefois annulés et remis à notre arrivée à Bourges où la majorité des grands médias français se trouvaient. J’accompagnais donc pour ma part l’équipe technique et mon bon ami Bazou pour ce périple dans les airs. Après la traditionnelle bière d’aéroport, un petit vol de 6h30 sans turbulence nous attendait. Lorsque nous survolions l’Islande, nous ne savions pas que ce petit pays nordique perdu au milieu de l’océan allait nous causer un tas d’ennuis, à nous ainsi qu’à plusieurs centaines de milliers de voyageurs… J’y reviendrai. Évidemment je ne dors pas une minute dans l’avion contrairement à mes collègues qui s’assoupissent comme s’ils étaient dans un lit king du Ritz. Bazou ronflera un bon 3 heures à mes côtés.

Arrivés sur Paris à midi 30 pour la traditionnelle journée «avec la tête dans le cul» où nous nous efforçons à ne pas dormir pour pogner le beat de l’Europe. Nous déambulons donc tels des zombies dans les rues parisiennes histoire de tuer le temps, entrecoupant notre morne randonnée pour manger. Après un bon souper sans légumes (il n’y a jamais de fuckin’ légumes à Paris à part des patates – frites ou en gratin dauphinois) nous décidâmes d’aller nous mettre un peu chauds dans le lobby de l’hôtel. Comme toujours, on ne s’endort plus quand arrive la nuit et on se couche tous un peu ivres vers 3h du matin après – pour ma part – une trentaine d’heures sans sommeil.

14 avril – Casino de Paris

Pour la première fois de ma vie j’avais hâte de venir dans les vieux pays. Tous connaissent mon aversion légendaire pour les tournées européennes et l’avion. Avec l’expérience, j’ai compris qu’on dort peu en Europe. Le décalage, le stress, les horaires chargés et les nuits à faire les cocos font en sorte qu’on dort 5-6 heures par jour. La vie de tournée est très incompatible avec la vie saine que je m’efforce d’avoir depuis quatre ans. Au Québec, c’est tranquille car les spectacles sont concentrés surtout les week-ends. En Europe c’est vraiment plus intense. Karl me dit toujours: «venir en Europe Jean c’est mettre ta vie entre parenthèse pour un petit bout de temps.» Après plusieurs années à détester mes voyages outre-mers j’ai accepté cette situation et je me sers de la sage réflexion de Karl comme marotte. J’étais prêt à passer ces sept jours en sol européen comme jamais je ne l’avais été.

En me levant le matin du concert je lisais distraitement un entrefilet sur le web concernant l’éruption d’un volcan Islandais…

S’il y a deux choses que j’aime en Europe ce sont les concerts et le public! C’est pour ça que je me force de plus en plus à venir. Le fait de savoir que des gens qui demeurent à 5000 kilomètres de chez nous soient si passionnés par nos chansons demeure quelque chose d’à la fois fascinant et fort touchant. En arrivant à la salle vers 16h des fans nous attendent devant l’entrée des artistes. Après les salutations et échanges d’usage nous pénétrons dans cette salle exceptionnelle de par sa beauté et son cachet.

Test de son plus long qu’à l’habitude où nous pratiquons quelques chansons qui ne figurent habituellement pas à l’horaire. Au retour dans la loge, des pizzas nous attendent. Question: pourquoi faut-il qu’ils mettent toujours un oeuf au milieu des pizzas ici? Avant le concert tout est calme. Chacun s’affaire à ses trucs devant les ordinateurs portables ou les iPhone. Marie qui haït la technologie se tourne la mèche de cheveux nerveusement. Elle m’avouera au cours de cette semaine – j’en fut fort surpris d’ailleurs – qu’elle a toujours un trac fou avant de monter sur scène et ce même après 15 ans de carrière.

En coulisses, juste avant de monter sur les planches, on sentait qu’il y avait une énergie particulière. De l’électricité dans l’air comme on dit. L’adrénaline fit en sorte d’éclipser toute la fatigue et on a donné un tabarnak (tabernacle comme disent de façon non virile nos chers cousins) de show en ce 14 avril 2010 au Casino de Paris. Énergie, sauts, solos de violon, foule dédiée et participative, gros hits, insuccès (Vacances 31, 1994, la Polyvalente, etc) en plus de quelques succès souvenir (Symphonie pour Caza et Ruelle Laurier) pour se faire plaisir.

Au terme de 2h30, on sait qu’on a donné tout un concert: dans la loge c’est le bonheur et la satisfaction du devoir accompli qui se lit sur les visages. Après une mauvaise douche où je me suis lavé avec du savon à main (odeur de kiwi) on descend au bar où l’humoriste Stéphane Rousseau, qui a assisté au concert avec son équipe, nous attend pour prendre un verre. Champagne oblige, nous enfilons quelques verres avant de se rendre au resto avec notre équipe et la gang de Stéphane. Vingt Québécois un peu paquetés qui débarquent dans un resto à minuit ça fait peur! Les bières s’enfilent et on découvre un gars très gentil et simple en Stéphane Rousseau. Malgré son succès il n’a pas pris la grosse tête. Le gars est le même dans la vie que sur scène même que, le champagne aidant, on avait parfois l’impression de parler à madame Jigger! Une belle rencontre qui aurait pu se prolonger très tard dans la nuit si nous n’avions pas 4 heures de route de nuit à faire pour se rendre à Bourges où nous jouions le lendemain soir.

Dans le camion, Simon Landry (notre flamboyant guitariste) nous fait écouter en primeur des pistes de l’album qu’il réalise: JOBIN ! Et c’est parti, 10 personnes s’en vont le coeur gai en fredonnant (lire ici: en hurlant) du Jobin au rythme des bières et des nombreux arrêts pour pisser. Arrivée au Novotel de Bourges: 4h30 du matin. On décide de se prendre une dernière bière dans le lobby de l’hôtel. Cette dernière bière pavera toutefois la voie à «d’autres dernières bières.» À 7h du matin il restait toujours trois personnes dans le lobby: moi, Jérôme et Kelly (notre technicienne en vente de marchandises). On a déjeuné avant de se coucher en dévalisant le buffet de façon peu élégante. Pour votre info, Jérôme a terminé son carême c’est donc pour cette raison qu’il se récompensait en s’enfilant quelques bières. Au fond, quand on s’est couchés, il n’était que 1h du matin au Québec.

Printemps de Bourges – 15 avril

Ouch! Réveil atroce. Faisait longtemps que je ne l’avais pas échappée aussi solide. Après m’être acheté une bouteille d’eau Evian à 6 euros au bar de l’hôtel (du vol) je reviens dans ma chambre pour flâner dans le lit avec mon ordi et une connexion wifi à 18 euros pour 24 heures (de l’arnaque). Sur le web on dit que l’espace aérien anglais est fermé à cause du volcan Islandais et que le nuage s’en vient tranquillement mais sûrement vers le nord de l’Europe. Je commence à trouver ça vaguement louche cette histoire de volcan.

Retour dans le lobby pour le départ vers le lieu du festival. À ma grande surprise, j’appris que Jérôme et Marie-Annick s’étaient levés à 11 heures pour aller faire des entrevues. Je n’ose à peine imaginer dans quel état ils étaient lors de ce point de presse devant une vingtaine de journalistes. «Jérôme était livide et translucide mais il a bien fait ça. Les deux se sont bien exprimés et étaient drôles» affirmera Marie-Christine Champagne notre attachée de presse. Marie-Annick quant à elle a dormi 2 heures et n’a pas réussi à se rendormir au retour. Elle est dans un état catastrophique pour le concert et est au bord des larmes.

***

La suite plus tard cette semaine.

C’est un peu coque l’oeil que nous fîmes la route d’une heure séparant Val D’Or de Rouyn-Noranda. L’impassible Jérôme, plongé au coeur d’un carême d’alcool intensif en vue de préparer son doctorat, étudiait peinard, assis sur la banquette du camion, le portable sur les genoux, en vue de son important examen prévu dans quelques semaines. Quelle discipline de fer ce Jérôme ! Je n’ai jamais vu un gars respecter à la lettre un carême comme il le fait. La veille, l’éternel étudiant avait seulement bu 8 pintes et quelques shooters avant d’aller sagement se coucher à l’aube!  Dans ma vie j’ai vu beaucoup de proches entrer dans des carêmes sans alcool mais celui de Jérôme Dupras version 2010 est assez rigoureux: je l’ai vu une dizaine de fois depuis qu’il a entamé son chemin de croix et en chaque occasion il avait une bière à la main! Vous comprendrez donc que j’ironise. Ce carême est un ÉCHEC LAMENTABLE! D’ailleurs les seuls moments d’étude de Jé auront été dans le camion entre Val D’or et Rouyn et son fameux carême deviendra un running gag tout au long du séjour. Mais bon, Jéjé devrait s’en tirer lui qui, je le rappelle, avait terminé son bac en biochimie  avec mention malgré le fait qu’il abusait à l’époque de certaines substances illicites.

En ouvrant mon iPhone, je découvrais avec horreur que j’avais payé pour plusieurs applications ridicules lorsque j’avais les facultés affaiblies dont iFart, Atomic Fart, Burp Freak (des bruits de pets et de rots). Très reluisant. Comble de tout, j’avais été sur le iFart store (le summum de l’aberration) pour télécharger des flatulences inédites… 6$ pour des mauvais bruits organiques et la tournée ne faisait que commencer. Dans la loge à Rouyn tout le monde était un peu cross side de la veille mais de belle humeur. Marie quant à elle recommençait à manger légèrement et reprenait du poil de la bête. En petits cachottiers qu’ils sont, Karl et Jérôme avaient préparé une petite mise en scène pour le début du concert sans nous mettre au diapason. En entrant sur scène, Karl se dirigea vers un piédestal improvisé qu’il avait disposé à l’endroit où Jérôme joue habituellement. Il chanta la chanson Droit devant de cet endroit, surplombant la scène alors que Jérôme arriva de dos et en dansant, le capuchon sur la tête, à l’endroit où Karl aurait dû se trouver. Tout ça dans une mise en scène pitoyable que même un responsable des quarts de finales régionales de Secondaire en Spectacle aurait refusé d’endosser. Un seul mot me venait en tête à la vue de cet inconfortable moment: malaise. Titi Tancrède déclarera plus tard qu’il s’agissait d’un des pires moments de spectacle depuis qu’il travaillait avec nous en 2002.

Le ton de la soirée était toutefois donné et le cabotinage allait être au rendez-vous. Avant le concert, le geek Dan Lacoste avait déniché le vidéo du fameux Trololo man sur Youtube. Ce petit numéro télévisuel enregistré dans l’ex-URSS des années 70 nous fit crouler de rire. Sur un coup de tête, Karl demanda à notre sonorisateur s’il était possible d’entrer en scène au son de cette incroyable chanson pour la deuxième partie. Chose demandée, chose faite! Karl débutera le set en faisant du lipsynch sur cet air merveilleux accompagné de ridicules trolls vêtus de robes (nous) qui dansaient autour de lui. Bref, super show, belle ambiance et énergie incroyable! Au terme du concert, Bazou apprit qu’il avait réussi à vendre deux disques de Band de Garage (son groupe) dans les produits dérivés. Fier de cet exploit (il en avait vendu 2 depuis le début de la tournée en 2008) il déchanta rapidement quand notre vendeur lui dit que l’acheteur en question croyait que c’était un disque inédit des Cowboys et qu’il est revenu pour se faire rembourser. Rire généralisé!

De façon incompréhensible, notre envie de fêter était de retour après le concert. Tant qu’à être à Rouyn (une de nos villes préférées au Québec) on va aller prendre un verre au traditionnel Cabaret de la dernière chance. Quelle surprise de constater que Jérôme, en plein carême,  était encore présent à la fermeture du bar, assis devant une table remplie de grosses Molson Ex. Rassurez-vous, c’était une des rares permissions spéciales qu’il s’accordait au coeur de sa vie quasi monastique. Sinon, Titi Tancrède mérite la palme du gars le plus bourré de la soirée lui qui se sifflait grosses Molson sur grosses Molson. Fin de nuit chez Morasse – légendaire institution ouverte 24h sur 24 qui donne dans le domaine du fast food. Le joggeur que je suis n’est plus habitué à ce genre de repas nocturne mais une fois n’est pas coutume. Même Marie, se sentant l’estomac plus solide, s’est laissé tenter par un cheese burger. Fin de nuit (et début de journée) dans la chambre de Werner, notre affable vendeur de marchandise. Conclusion: on l’a encore échappée ce soir…

La Sarre – le lendemain…

Seulement quelques heures de sommeil dans le corps mais étrangement plus en forme que la veille au réveil. Après avoir flâné une bonne partie de la journée dans nos chambres respectives, il fallait se préparer pour une heure de route en direction de La Sarre. C’est en arrivant dans la loge que la fatigue se fit vraiment sentir. Mais quelle belle fatigue! On riait vraiment pour rien et on regardait sans arrêt le vidéo du Trololo man avec toutes ses variantes plus drôles les unes que les autres. Hilarant avec 5 heures de sommeil. Celle-ci en particulier ! (voir la vidéo)

Le concert de La Sarre fut un des plus drôles qu’on a jamais donné dans notre carrière. Plein de bons gags du tac au tac entrecoupés de chansons. Karl dira: «ce soir c’est comme un show d’humoriste mais avec des bonnes tounes» sous les rires de l’assemblée. Marie en pleine forme a dansé le rap version années 80. Très drôle. On a refait notre petit numéro de Trololo en début de deuxième set. Karl a fait une incroyable imitation de Dan Bigras (un mélange entre Dan et une grand-mère de 90 ans). Très réussi, Bref une soirée complètement improvisée mais combien plaisante. Et après le concert devinez quoi? On avait retrouvé la forme! Petite heure de route et hop! Retour au Cabaret de la dernière chance pour prendre un verre. Vendredi soir aidant, l’endroit était plus bondé. Un type sympa est venu nous aborder pour nous dire qu’il aimait nos «longs jeux» et qu’il nous avait vu au «forum». On a déduit qu’il avait plus de 45 ans ou bien qu’il nous confondait avec Beau Dommage. Sinon, un moment d’une extrême rareté se produisit: Jérôme décida de faire une légère entorse à son carême et nous accompagna en buvant quilles sur quilles jusqu’à la fermeture du bar. On a tous écrit cette date à notre calendrier tellement c’était rarissime comme événement.

La fin de soirée est un copier-coller de la veille: Morasse, hôtel, etc… Le lendemain, nous n’étions cependant pas beau à voir. Marie a conduit presque tout le trajet et ce fut au tour de Karl de souffrir, couché sur la banquette arrière de l’auto après avoir mal digéré son boire en matinée. Une belle gang de tatas mais que de plaisir lors de cette tournée! Comme le dit la chanson (en fait, son titre) je suis «very glad, because I’m finally returning back home»…

J’ai été mal en point les deux jours suivants avant de me remettre à la course. 30 km en 4 jours pour sortir les toxines. Objectif 100 km en 20 jours avant de partir en Europe. Faut profiter du fun quand il passe mais comme je dis: moi je bois juste sur la job!

Prochaine chronique : L’EUROPE ! (quelque part en Avril)

Mercredi 11 heures, Marie-Annick et Karl arrivent à la maison à bord d’une somptueuse Toyota Camry louée, couleur verte marde. Quand j’ai vu le visage de Marie-Annick (elle avait l’air d’avoir 50 ans), je me suis exclamé: «Cibole, qu’est-ce qui t’arrive?» Elle n’avait pas dormi de la nuit à cause d’une indigestion carabinée dont je vous épargne les détails. Une mayonnaise maison probablement périmée serait mise en cause. Quelle mauvaise journée pour tomber subitement malade: 6 heures de route puis un spectacle à Val D’Or en soirée. La pauvre Marie a passé le voyage couchée sur la banquette arrière, l’estomac nauséeux d’où émanait de bizarres borborygmes.

Karl semblait quant à lui dans une forme splendide et a conduit un bon 4 heures avant de me céder le volant après un arrêt pipi en plein coeur du parc. Nous sommes arrivés à la salle Télébec de Val D’Or à 17 heures et en sortant de la voiture on se demandait bien comment Marie-Annick allait faire le concert: elle était verte comme notre char de location. On a fait un rapide test de son et nous avons laissé Marie se reposer dans une des deux petites loges. Entassés comme des sardines, nous avons pris quelques bières d’avant-concert en riant. C’était un prélude aux trois jours qui nous attendaient…

Vers 19h45 une Marie métamorphosée par le maquillage est apparue dans la loge. La métamorphose n’était toutefois que superficielle puisqu’elle se sentait toujours aussi mal. Gros Mike Tremblay (sono scène) a d’ailleurs apporté une petite poubelle près de sa console au cas où la pauvre Marie soit de nouveau malade. Il fallait donc redoubler d’ardeur pour combler l’absence d’énergie de notre multi-instrumentiste. Dans la salle, une belle foule de 550 personnes souriantes nous attendait. Après deux ou trois chansons, tous se sont massés au devant de la scène et c’était parti! L’énergie n’était pas toutefois à son comble. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation:  faire 6h de route le jour d’un spectacle, le fait de jouer un mercredi (jamais pareil comme de jouer le jeudi, vendredi ou samedi), etc… Bref, un bon spectacle dans les circonstances où rien de spectaculaire n’est arrivé.

Disons que l’après-concert fut plus mouvementé… Bien que Marie soit sagement rentré directement à sa chambre d’hôtel, le reste de la bande avait décidé de fêter tranquillement au bar de l’institution hôtelière qui nous hébergeait. Verdict: on l’a échappée solide! Les bières fusaient de toutes parts jusqu’au moment où je ne sais plus quel coco a commandé une tournée de shooters. Les valves étaient ouvertes pour les Soiffards Fringants. Pas pour rien que j’espace au maximum les brosses. Y’a pas moyen de boire deux bières avec ce monde-là: c’est soit zéro, soit dix!  Et ce soir, aucune chance de rentrer à la maison pour éviter la cuite. J’ai donc été solidaire et j’y suis allé avec la famille, donnant le meilleur de moi-même jusqu’à 5h30 du matin (très brillant avec 3 spectacles en trois soirs mais je n’avais encore rien vu …)

(…)

Alors que je dormais de tout mon saoul, le téléphone sonna à 8h du matin dans la chambre de Disco Chaput (notre directeur de tournée). Un véritable drame se jouait alors à notre insu. C’était le proprio de l’hôtel qui voulait s’enquérir des dégats causés la veille à un igloo décoratif situé à l’extérieur de l’hôtel. Éberlué, le pauvre Disco a du se rendre à son bureau, à peine réveillé, pour négocier le coût des dommages…

Quelques heures plus tôt lors de cette soirée arrosée, l’ineffable Gros Mike Tremblay, voulant impressionner une demoiselle à qui il avait parié qu’il verrait la couleur de sa petite culotte avant la fin de la soirée (!) est littéralement parti comme une flèche pour prendre d’assaut le pauvre igloo de styro mousse qu’il a pulvérisé à l’aide d’un plaquage sévère. Ce geste brillant a valu une facture de 200$ au groupe, des écchymoses à Mike  et une nuit interrompue pour Disco. Au fil de nos 15 ans de carrière, jamais un des membres du groupe n’a été au coeur d’un incident déplorable, si minime soit-il. « C’est toujours les techniciens ou les musiciens accompagnateurs qui salissent notre nom » disait Jérôme à la blague. N’empêche, nous nous excusons au propriétaire de l’hôtel en question pour ce qui est arrivé et nous vous assurons que tout ceci était fortuit… ou presque!

Parlant de musiciens accompagnateurs, les tronches de première classe que sont Bazou et Lacoste ont eu un énigmatique réveil au lendemain de leur soirée arrosée (en particulier Bazou qui s’est couché aux aurores). En effet, un immense meuble avec un miroir qui était fixé au mur de leur chambre était décroché. En allant au toilette, Bazou demanda à Lacoste ce qui était arrivé avec le meuble. « il a du se décrocher tout seul » lui répondit laconiquement l’érudit musicien-ivrogne. Le problème c’est que non seulement le meuble était décroché mais qu’il était viré bout pour bout à 180 degrés. De plus le meuble était tellement lourd que personne n’aurait pu faire ce travail seul. Hébétés, les deux hommes l’ont remis en place et ont discrètement quitté leur chambre. À ce jour l’histoire de l’énigmatique bureau-miroir est toujours non résolue mais la thèse des gars complètement saouls qui jouent aux rock stars est la plus plausible…

Bref, un beau séjour à Val D’Or où l’intelligence était à l’avant-plan. Tous (sauf Marie) avaient la tête dans le cul en embarquant dans le camion qui devait nous conduire à Rouyn…

*******

J’ai été très occupé cette semaine mais la suite (Rouyn et La Sarre) arrivera bientôt. Merci pour votre indulgence!

Nous n’avions jamais mis les pieds à Maniwaki avant le 12 mars 2010. On ne savait donc pas quel accueil nous serait réservé et dans quel genre de salle nous jouerions. Nous avions entendu à travers les branches que la salle de 500 places était passée au feu il y a quelques temps et que pour cette raison nous ferions le spectacle à la Cité Étudiante. Les premiers échos provenant de notre éclaireur en chef, l’éclairagiste Titi Tancrède, qui doit s’informer au préalable des plans de scène et de l’électricité disponible, étaient un peu alarmistes et confirmaient hors de tout doute la présence de ce qu’on appelle communément dans le milieu une salle brune.

À notre arrivée, les lieux étaient effectivement vétustes: une bonne vieille salle de polyvalente des années 70 jamais rénovée avec le plancher de la scène en parqueterie mais on avait déjà vu pire! De plus, la soirée affichait complet et ça nous permettait d’ajouter un territoire conquis à notre carrière «tout terrain» dont le slogan est : «un cowboy fringant, ça se rend partout.»

Présence dans la loge ce soir de Charles «Coach» Ouellet, ex-gérant des Trois Accords, qui vient faire du repérage en vue de cet été où il agira en tant que directeur de tournée lors des festivals. Pour ceux qui ne savent pas, le directeur de tournée (DT) est celui qui veille au bien-être du groupe en plus de régler les détails d’hôtels et de transport s’il y a lieu. Question de se familiariser un peu avec le groupe et l’ambiance qui règne dans l’équipe, l’ineffable personnage se rendra vite compte que nos demandes sont bien peu extravagantes. Tant qu’il y a un peu de bières, du vin, des sandwichs pas de croûtes et des crudités on ne chiale pas. On est bien loin des devis techniques des stars internationales. Pas de caviar dans la loge des CF ! D’ailleurs j’en ai tellement plein mon casque des sandwichs pas de croûtes que je m’apporte un plat de pâtes faites maison avant chaque concert. Marie-Annick, Karl et Jérôme ont aussi emboîté le pas, ce qui avait fait dire à Vincent Vallières: «vous êtes les premiers musiciens que je vois s’apporter des lunchs. C’est beau à voir».

Pour finir avec Coach Ouellet, nous sommes venus à la conclusion que nous l’avons engagé pour une raison bien simple: il nous manquait un joueur. En effet, depuis le début de la tournée nous ne sommes que trois joueurs de cartes (moi, Karl et Titi) et il faut se battre avant chaque spectacle pour trouver un quatrième acolyte. Jadis le tromboniste David Jespersen était un atout important mais le départ des cuivres a laissé un trou béant dans le quatuor des gens qui aiment avoir du plaisir (Dan Lacoste et Bazou sont geeks, Marie pratique et fait l’horaire, Jérôme étudie et les autres techniciens sont occupés soit à envoyer des textos, fumer des cigarillos ou manger de la junk). Le morceau manquant du puzzle était donc Coach Ouellet qui est un fabuleux joueur aux multiples facettes (faut juste pas dire à Marie qu’il sera surtout payé pour jouer)

Ah oui, le spectacle! Bon show devant un public rempli de bonheur. Mention spéciale à Karl qui a fait une culbute dans la foule (dès que j’ai la vidéo je la poste sur la page Facebook du groupe). Maniwaki oblige, on a déterré un poussiéreux insuccès du nom de Dieudonné Rastapopoulos dont le douteux texte mentionne le nom de la ville. À notre surprise, le public la connaissait. Sinon la routine: les robes, du cabotinage et de l’énergie.

Au terme du concert j’ai semé la consternation en annonçant le retour à la maison pour moi, Karl et Marie. Décision stratégique de ma part car j’ai su flairer la fébrilité du dérapage alcoolisé qui flottait dans l’air. Mes choix étaient les suivants:

a) se coucher à trois heures du mat après avoir fait la route de nuit. Avoir la possibilité de se lever tard et de relaxer toute la journée chez soi le lendemain. Quitter vers St-Lazare à 17h30 et être en forme pour le show.

b) se coucher à 4 heures du matin avec des shooters de Jack Daniels et des bières dans le corps, se lever avec la gueule de bois, faire 4 heures de route avec la tête dans le cul et arriver à St-Lazare trop tôt car on joue à 22h00. Tout ça en étant blême et nauséeux sur scène.

La décision était simple. Karl qui semblait être parti pour veiller tard a tout fait pour me convaincre de rester et m’en a tenu rigueur jusqu’à Ste-Agathe mais je savais qu’il me remercierait le lendemain. J’avais un sourire en coin lorsque j’ai vu les statuts Facebook des gars en me levant samedi matin. Les termes «mal de tête», «mauvaise journée en vue» et  «shooters de Jack» étaient mis de l’avant. On ne trompe pas un vieux routier…

St-Lazare le lendemain…

De retour Chez Maurice pour une énième fois. Sur place des musiciens et des techs sont étendus épars dans les recoins du bar. Jérôme, Mike et Disco ont été sages la veille. On ne peut en dire autant de l’imperturbable Dan Lacoste qui affichait la mine déconfite du gars qui avait régurgité son boire aux aurores. Le Jack Daniels aura remporté une victoire sans équivoque sur son foie et son bonheur présent. Mais à part cette lugubre exception, les gars sont tout de même dans un état correct. Une seule photo, représentant Bazou, est sortie de cette soirée. Je me passe de commentaire…

Excellent spectacle ce soir au niveau… je dirais… de la présence scénique. Pour ce qui est du jeu des musiciens on repassera. Probablement un de mes pires concerts en ce qui a trait aux erreurs. On dirait que je ne me souvenais plus des accords des chansons simples (elles sont toutes simples vous me direz mais bon.) Pas grave, le monde était saoul dans la salle et de toute façon, comme dit Jérôme «le monde s’en rend pas compte». Parlant de Jérôme, il enfilera un déguisement ridicule de Cat Woman à l’entracte et se sauvera, grâce à Bazou, d’une humiliation certaine. Le pauvre bassiste avait en effet un collant si mince qu’on voyait son membre à travers. Il enfilera ses bobettes in extremis avant de remonter sur scène.

Show loufoque avec des demandes spéciales (Caza, Banlieue, Voyou, etc…), des filles trop paquetées qui montent sur scène (dont une m’a d’ailleurs dit «merci Jérôme» avant de retraiter titubante vers la foule) et une très drôle danse rap de Marie-Annick pour conclure le concert. On l’a toujours dit: il faut exploiter plus Marie dans le domaine du cabotinage. Malheureusement, elle se veut plus réticente que ses collègues masculins…

Pour finir, deux bières dans la loge en discutant avec le toujours sympathique Richard Chartrand, propriétaire du bar et hop retour à la maison à 3h du matin où une douche salvatrice m’attendait après avoir porté lors du concert une combinaison de ski alpin moulante (Bazou l’avait en plus portée la veille…) et une robe de mariée piquante. Il est d’ailleurs vraiment temps de laver nos costumes de scène car j’ai toujours des démangeaisons accompagnées des rougeurs après les avoir enlevés. Je me mets sur le dossier de trouver une machine à laver dans la loge à Val D’Or…

…..

Grosse chronique la semaine prochaine pour le Spécial Abitibi ! À ne pas manquer.

Après avoir récupéré pendant quelques jours de notre double traversée du Canada en 36 heures, nous reprenions la route samedi dernier en direction de Ste-Thérèse. Je dis bien en « direction de » car c’était Karl au volant et qui dit Karl au volant dit «j’ai oublié d’imprimer le trajet» et le traditionnel «mais je pense que je me souviens pas mal du chemin pour me rendre». Il s’en souvenait en effet « pas mal » à part un léger détour par Ste-Eustache et le fait qu’on soit tombés par hasard sur la rue de la salle de spectacle. Toujours est-il que nous nous sommes rendus sans trop de retard.

À notre arrivée, Jérôme était déjà là. J’ai noté cette date dans mon calepin car c’est la première fois depuis la tournée Motel Capri que nous arrivons après lui. Parlant de Jérôme, le sympathique bassiste à la douteuse pub cut (définition de pub cut: coupe de cheveu courte sur le devant et longuette en arrière portée par des gars qui veulent se battre dans les pubs écossais) est à l’aube d’entrer dans son carême. En effet, l’érudit musicien entame le dernier droit de son doctorat en environnement et devra se soumettre à de difficiles examens nécessitant de longues heures d’étude et de lectures (ennuyeuses au possible) lors du prochain mois et demi. Pour ce faire, l’épicurien qu’il est prend les grands moyens: un carême d’alcool qui durera toute la période d’étude. Je n’ose pas m’imaginer comment la tournée en Abitibi du mois de mars va être pénible pour lui…

Mais bon, passons aux choses intéressantes soit le concert. Le théâtre Lionel-Groulx affichait complet depuis plusieurs semaines en vu de notre spectacle. Cette belle salle où nous fûmes réhabilités il y a quelques mois seulement  évoque pour nous un souvenir particulier. À partir 2003, nous avions été interdits d’accès et relocalisés au Centre Culturel lors de nos passages à Ste-Thérèse, tout ça à cause de l’histoire du lion Nel Groulx. Les vieux fans se souviendront que lors de la tournée Break Syndical Karl improvisait toujours une présentation conduisant à la chanson Awikatchikaën – les « intros d’Awi » comme on disait à l’époque. Dominique Lebeau, alors fervent amateur de bazars et de ventes de garage, avait mis la main sur un énorme toutou de Lion et l’avait apporté dans la loge. Karl avait alors baptisé le lion Nel Groulx et s’en était servi pour lutter avec lui pendant l’intro en question avant de le décapiter, de l’éventrer et de lancer ses restes dans la foule en liesse. Si le public avait apprécié, les employés de la salle n’avaient pas du tout aimé ramasser les milliers de petites granules de styromousse qui s’étaient logées partout entre les bancs. Résultat: bannis à vie!

Heureusement, les dirigeants de la salle acceptent aujourd’hui qu’on y joue avec l’assurance qu’on y éventrera pas d’autres oursons en peluche. Bref, je voulais parler du concert et je me suis encore perdu dans de vieilles anecdotes. Alors ce show ? De l’excellent cabotinage de la part de moi, Jérôme et Karl. Pour la première fois j’ai joué de la basse et Jérôme a pris la guitare . Nous avons échangé de rôle l’instant de La Reine et j’ai adoré. Pendant le concert je me suis encore arrêté en me disant que j’étais extrêmement privilégié de vivre ça. Le groupe est en plein contrôle et au sommet de son art sur scène. Ça donne un bon spectacle, dans la bonne humeur, devant des gens qui sourient et qui chantent. Comme dit la pub de carte de crédit: «ça, ça n’a pas de prix».

Sincèrement c’est vraiment la plus belle tournée depuis qu’on existe. Si la tournée Break Syndical a été celle de la Cowboymania (les gens nous découvraient et c’était hystérique), celle de la Grand-Messe la plus difficile et la plus effrénée (230 concerts et une atmosphère plutôt lourde), celle de L’Expédition se révèle la plus sereine. C’est la tournée d’un groupe en paix avec ce qu’il est devenu et qui a envie d’avoir du plaisir. Un groupe qui est content d’être encore là après 15 années.

C’est ce que je me disais lorsque que je grattais ma guitare pendant je ne sais plus trop quelle chanson, l’autre soir à Ste-Thérèse.

Réveil à 8h30 en ce matin olympique du 21 février. Soleil radieux sur Vancouver où il fait 15 degrés Celsius. On voit même des gars se ballader en t-shirt à l’extérieur. Quels jeux d’hiver! Comme on est à 30 minutes de la scène de la Francophonie située sur Grandville Island (en fait notre hôtel est à 30 minutes de tout endroit civilisé) la navette vient cueillir le groupe à 11h15 en vue d’aller faire le test de son prévu pour midi 30.

Nous commençons finalement à sentir que nous sommes dans une ville olympique quand nous arrivons près du centre-ville: les maisons sont tapissées de drapeaux unifoliés et les gens dans les rues sont tous vêtus de rouge. Go! Canada! Go! comme ils disent. Arrivés sur le site, nous constatons que tous, je dis bien TOUS les artistes québécois – des plus connus aux inconnus – qui participent à la quinzaine francophone se retrouvent sur la grosse affiche. Tous sauf nous. Notre perplexité face à cette petite erreur administrative fut vite oubliée lorsque nous fîmes accueillis chaleureusement par un gars déguisé en coureur des bois. Dan Lacoste qui venait de dormir sa première bonne nuit de sommeil depuis que je le connais s’exclama: «Coudon, c’tu moi ou c’gars-là est déguisé en malaise?» Les rires furent au rendez-vous.

Puis après un test de son où les pépins techniques se succédèrent, moi et Jérôme sommes demeurés sur le site, prêts à nous livrer coeurs et âmes lors de deux entrevues prévues à l’horaire. Pendant ce temps, Karl et Marie allaient sonder le terrain de la ferveur olympique au centre-ville de Vancouver. Au final, la première entrevue fut annulée et la deuxième était faite par une gentille journaliste originaire du Québec pour une publication francophone de… Terre-Neuve ! Comme on dit, on ne lésine pas lorsqu’il est question de promouvoir notre carrière pan-canadienne! Au terme de cet éprouvant marathon médiatique de 15 minutes nous décidâmes nous aussi d’aller sneaker en ville pour voir de nos yeux l’Olympisme avec un grand O.

Une fois sur les lieux, moi et Jé avons marché nonchalamment (un léger mal de bloc en option à cause de notre soirée de la veille) en suivant le vaste troupeau de gens vêtus de rouge qui semblaient tous aller en quelque part. Finalement ils n’allaient nulle part et il ne se passait rien. Pas d’attractions à part les quelques saltimbanques croisés ici et là et des files d’attente à n’en plus finir devant des commerces et des bars. Au bout de vingt minutes, on s’est dit que c’était terriblement plate et on a « flyé un taxi » pour qu’il nous conduise à la Maison de la Suisse où nos amis techniciens nous attendaient pour manger et pratiquer notre sport par excellence: la levée du coude nordique. Je vous confirme que nous avons plusieurs athlètes d’exception dans le domaine au sein de l’équipe!

En arrivant la cuisine était fermée. On a donc mangé un fish & chip fort ordinaire et hors de prix, debout sur la terrasse d’un pub avant de rentrer pour regarder la défaite du Canada. Comme disait Titi Tancrède au terme de la rencontre: «Sti que c’est plate être un fan des Canadiens de Montréal et de Team Canada». Le pauvre éclairagiste a su noyer sa peine de partisan meurtri dans l’excellente Winter Ale au goût caramélisé et avait retrouvé son sourire et sa verve avant le concert.

Visite éclair des Trois Accords dans la loge avant le show. Ils arrivaient du Festival du Voyageur au Manitoba et avaient les yeux rougis des gars qui avaient passé la nuit à courir les troquets. Ils étaient toutefois de belle humeur et on était contents de les voir! Par la même occasion, ils nous informent qu’ils sont logés dans un penthouse au centre-ville. On avait déjà eu ouïe-dire que les autres artistes qui nous avaient précédés logeaient dans de luxueuses chambres avec spa et avaient accès service de limousine.

Encore une fois les pouilleux des Cowboys Fringants auront été relégués aux oubliettes dans un no man’s land du fin fond de la ville sans qu’on les prenne au sérieux. Ça nous apprendra à avoir misé sur notre côté écolo / militant / malpropre pendant de nombreuses années. Aujourd’hui les organisateurs pensent encore qu’on n’aime pas le luxe (Je ne connais pas beaucoup de bands qui ont rempli trois fois l’Olympia de Paris et qui logeaient dans un hôtel de putes dans Pigalle – exemple parmi tant d’autres.) Pas grave, le groupe qui ne figurait pas sur les affiches et qui dormait dans un trou a donné un fichu de bon show devant 3000 personnes, de loin la foule le plus nombreuse depuis le début des jeux à la Place de la Francophonie. En passant, voir des Japonais avec leurs petits drapeaux danser comme des pogo-ball sur nos chansons ça n’a pas de prix! Je parle à notre gérant pour une éventuelle tournée au pays du soleil levant.

Une fois le show terminé, une réservation au resto s’est encore conclue en queue de poisson avec une cuisine fermée à notre arrivée. Nous sommes finalement retournés à La Maison de la Suisse manger de la fondue et autres mets aux prix ridiculement gonflés en buvant des bières locales et des rasades de vin blanc pour oublier qu’on devait être dans le lobby de l’hôtel à 6h15 du matin pour le transport vers l’aéroport. Le repas se déroula sous sous le signe de l’hilarité. Tout comme notre ride de 45 minutes pour rentrer à l’hôtel. Le décalage aidant, nous avons pleuré tellement nous avons ri. L’option de la nuit blanche a été avancée mais la fatigue l’a emporté sur les bonnes intentions et nous sommes allés nous coucher à 2h.

Personnellement, je ne m’étais pas réveillé avant le lever du soleil depuis le CÉGEP. Dans le lobby, nous avions tous des faces de chevreuils aveuglés par des lumières de truck et c’est l’oeil vide et le teint blafard que nous avons conclu notre voyage éclair de 36 heures aux Olympiques. Un peu comme dans le cas du costume de coureur des bois du gars qui nous a accueillis, je garde de mon passage aux jeux un souvenir mitigé…

P.S. Nous avons été très bien reçus par les bénévoles (Sabine et les autres dont j’oublie le nom). C’est juste quelques petits bémols au niveau de la logistique qui nous ont fait tiquer. J’ai eu l’air négatif comme ça mais on a eu bien du plaisir, surtout lors du concert!

Arrivée à Montréal Trudeau à midi 45 en vue de notre vol de 14h10. Après avoir passé la sécurité, la traditionnelle bière d’aéroport était de mise. Les gens sont joyeux. Grand retour de Bazou en nouveau papa sur la tournée. Le mot d’ordre est lancé après les félicitations d’usage: le sujet est clos car des gars qui parlent de leur bébé ce n’est pas intéressant. En bon soldat qu’il est, Bazou respectera la consigne à la lettre. Dan Lacoste arrive légèrement en retard avec la mine déconfite du gars qui n’a pas dormi depuis une semaine. Il nous confirme que c’est exactement le cas: sa fille perce des dents. Le pauvre Dan avait de plus fait des excès de table la veille qui l’ont tenu éveillé toute la nuit.

Nous embarquons dans l’avion de West Jet (le jet de l’ouest) à l’heure prévue et sommes accueillis de façon polie mais unilingue par de charmants employés qui savent à peine baragouiner des « mérci » et des « binvéniou » dans la langue de Molière. Un avant-gout de ce qui nous attend à Vancouver? J’aimerais faire mentir Réjean Tremblay qui semble être parti en cavale contre l’absence du français à Vancouver mais je suis certain qu’il a raison. Je suis déjà allé dans l’Ouest par le passé et je n’y ai pas trouvé un maudit chat qui parle français.

Petit vol sans histoire avec une escale à Winnipeg. Assis avec Bazou (de qui je me suis bien ennuyé – je dois l’avouer), nous avons discuté en buvant deux Molson Canadian qui, altitude aidant, nous ont passablement engourdis. Arrivés à Vancouver au terme de 6h30 de vol et accueillis de façon unilingue mais courtoise par des gentils bénévoles (ok, je n’en parle plus, prenons pour acquis que tout le monde parle juste anglais). La fièvre Olympique nous gagne à la vue des cinq gros anneaux bleus qui scintillent au sortir de l’aéroport. Cette fièvre s’éteindra rapidement quand nous constaterons que notre hôtel est à 30 minutes de taxi du centre-ville. Pour vous donner un exemple, c’est comme si de Montréal, notre hôtel était à Longueuil…

Jérôme a réservé dans un resto de sushis par l’entremise de son cousin résident de Vancouver. On trouve l’endroit au terme d’une demi-heure et de 40 piastres de taxi. Aucune effervescence ici non plus car nous ne sommes pas au centre-ville. Heureusement c’était bon mais l’aventure aura été déchirante car quelques membres de l’équipe auront préféré aller manger un steak ailleurs. Nous n’avons eu guère le choix de se séparer en deux clans ce qui ne fit pas l’unanimité.

Au terme du repas, on a finalement décidé de rentrer à l’hôtel et d’attendre au lendemain pour aller tâter le pouls des jeux. Deux vieux copains viennent nous rejoindre pour boire des bières au bar de l’hôtel en Fred Gauthier (un genre de Jack Bauer qui travaille théoriquement pour Environnement Canada et qui se trouve ici «pour notre sécurité») et Fred Daigle (de la Presse Canadienne). Tout comme nous, ils sont fort heureux de nous retrouver pour fraterniser. Last call à minuit 30. Quoi? Minuit 30 un samedi soir et pendant les Olympiques ? Le Canada anglais est résolument l’endroit le plus plate au monde. Pas le choix d’aller prendre un dernier verre dans une chambre. La fatigue nous a finalement gagnée vers 1h du matin et nous avons alors tous retraité vers nos quartiers respectifs. Me suis endormi en regardant pour une énième fois les images du canadien qui a raflé l’or au skeleton. Quel sport loufoque tout de même…

(la suite à venir plus tard)

C’était à mon tour de prendre mon véhicule mais j’ai tout de même fait conduire Karl. J’en ai plein mon casque d’avoir des contraventions. Nous sommes donc partis au son de Plume pour le bas du fleuve en ce beau samedi doux et ensoleillé. En passant, c’est quoi cet hiver-là ? Je ne me souviens même plus de la dernière fois où j’ai déneigé ma voiture. Quelque part en décembre probablement. Jamais vu aussi peu de neige de ma vie. En plus on s’en va à Vancouver, ça n’ira pas en s’améliorant de ce côté. Là-bas la seule neige qu’on voit c’est sur les images «photoshopées» de la ville avec les rocheuses en arrière-plan.

Au bout de 3h30 de route, nous voilà arrivés à St-Jean-Port-Joli. Premier constat: ici il y a de la neige! Charmant petit village dans lequel je n’étais jamais pénétré. Mes seuls arrêts à St-Jean-Port-Joli se résumaient au motel (on avait dormi là en transit il y a plusieurs années) et à la station d’essence qui bordent l’autoroute. D’ailleurs notre seul véritable souvenir marquant de St-Jean-Port-Joli fut l’histoire de Drakarl. Ça date de l’époque de nos premières tournées quand Jérôme était un gros roux de 230 livres. Dans ce temps-là Jérôme qui n’était pas âgé de vingt ans était un peu bébé et surtout très affectueux avec… les hommes. Son plaisir (outre celui de fumer des joints) était de nous donner des baisers dans le cou, de nous tripoter les fesses et de nous faire des câlins sans avertissement.

Sa cible principale était toutefois Karl qui, au bout d’une année à repousser inlassablement le grassouillet personnage, décida de tenter le grand coup à la station-service de St-Jean-Port-Joli où nous arrêtions mettre de l’essence. Dans un petit présentoir près de la caisse se trouvaient une gamme de  portes-monnaie en forme de douteux personnages ressemblant à des Vikings et dont la fermeture-éclair faisait office de bouche. Karl dit alors à Jérôme: «Je te l’achète si tu arrêtes de me tripoter. Ce porte-monnaie sera mon talisman. Si je te l’offre tu me lâches à jamais.» Jérôme, flatté par l’attention accepta et nomma le porte-monnaie Drakarl.  Depuis ce jour, Jérôme n’a plus jamais touché à Karl et est en voie de terminer son doctorat. Drakarl l’aura remis sur la bonne voie en plus de lui servir de cachette pour son hash pendant quelques années. Aux dernières nouvelles, Drakarl existe toujours et se trouve au milieu d’objets pèle-mêle dans un tiroir en désordre du bureau de Jérôme. Fin de l’histoire.

Bref une première visite à St-Jean-Port-Joli! Charmant site sur le bord du fleuve où l’on aperçoit le Massif de la Petite-Rivière-St-François sur la rive nord. On jouait à la fête d’hiver sous un petit chapiteau bordé par des dizaines de sculptures de neige géantes. Accueil chaleureux des organisateurs fort sympathiques qui nous conduisent à la pizzeria Porto Bellissimo qui selon leur dire fait la meilleure pizza du bas du fleuve. Verdict: très bonne en effet! Le concert en tant que tel fut cool. Foule tranquille au début mais qui s’est dégourdie sous l’effet de la bière et du vin chaud! Des beaux sourires illuminaient tous les visages présents et c’était réconfortant à voir!

Nous sommes partis rapidement après le concert car nous devions rentrer à la maison. J’ai pris le volant aux côtés de ma copilote Marie-Annick qui éternuait, se mouchait et toussait à intervalles de 20 secondes. Arrivée à 2h30 du matin avec la certitude d’avoir attrapé le rhume. Le lendemain, j’avais effectivement le rhume et mal partout mais c’était finalement psychosomatique car c’est passé après avoir pris deux tylenols…

Jeudi passé, je suis embarqué dans une voiture de nain conduite par un géant pour me rendre à Gatineau. C’est toujours l’effet que ça me fait quand je pénètre dans la petite Toyota Echo de Marie-Annick et que Karl est assis dans le siège du conducteur. Les genoux dans le dash et le volant accoté sur la bedaine, Karl nous a donc menés à Gatineau en passant par l’Ontario et sa « majestueuse » 417 – route ennuyeuse s’il en est une – qui nous permet à chaque fois de paraphraser Mononc’ Serge en fredonnant: «C’est long, c’est l’Ontario!»

Le mal de vivre nous quitta une fois de retour au Québec devant la splendeur gatinoise qui se profilait au-delà du pont qui engendre la rivière des Outaouais. J’exagère un peu mais après une heure sur la 417 tout parraît plus beau. Ah! Gatineau (ou Hull si vous préférez) ! Cette ville aux confins de la francophonie canadienne et bordée par l’Ontario a toujours été un château-fort pour les Cowboys. Un véritable bastion de fans irréductibles qui historiquement a toujours soutenu le groupe. Depuis nos premiers concerts à l’Université du Québec à Hull au tournant des années 2000 en passant par l’aréna Robert-Guertin en 2003 et les nombreux spectacles à l’Odyssée depuis 2004, Gatineau est pour nous un synonyme de plaisir… et de mauvaises brosses!

Passons sur ce dernier point et parlons du concert qui était notre troisième de la tournée L’Expédition (deuxième supplémentaire) à L’Odyssée. Salle comble de 850 personnes encore ce soir – on va être obligés d’allonger la tournée si ça continue comme ça! Marie-Annick qui a le genou en compote depuis qu’elle se l’est « débarqué » avant le show de Trois-Rivières (une vieille blessure chronique datant du secondaire où elle s’était sectionné le ligament croisé antérieur lors d’un 110 mètres haies) est également affaiblie par une grippe. The show must go on, comme on dit. Marie était au poste mais le corps ne suivait pas.

La foule délirante nous accueille et un jeune homme barbu de type jovial interpelle notre chanteur en lui scandant amoureusement «Karl fais-moi des enfants» sous les rires de l’assemblée. Le ton de la soirée était donné. Quelqu’un hurle «À boire tabarnak!» On part Symphonie pour Caza en se rendant compte que notre batteur remplaçant (Quirion) ne la connaît pas. Wow! Quelle mauvaise version. Et tant qu’à faire, j’inclus tout-de-go Dieudonnée Rastapopoulos au programme. Marie me fait des gros yeux…

Gatineau oblige, nous avons exceptionnellement joué Ces temps-ci même si elle avait été écartée de pratiquement tous les shows depuis le début de la tournée. Pas le choix, on parle de Gatineau dedans. Au moment d’entamer le deuxième couplet, je me rends compte que Karl chante le troisième. La catastrophe appréhendée arrive: il ne réalise pas son erreur et enchaîne comme si rien n’était le troisième refrain et la chanson finit… sans qu’on ait fait le refrain qui parle de Gatineau! Erreur qui fut corrigée lorsque nous avons fait la section manquante après. Quelle version…

Puis, dans un élan d’altruisme, Karl se décide d’éclairer la lanterne des gens qui se demandent quel est le sens exact du texte de la chanson Chêne et Roseau. «Vous savez, c’est une chanson qui parle de la perception des gens. Certains semblent être des forces de la nature alors qu’ils peuvent craquer en tout temps alors que d’autres, comme le roseau semblent faibles mais peuvent bivouaquer». Hein ? Bivouaquer? Encore aujourd’hui on se demande de quoi il parlait. Les gros yeux de Marie-Annick étaient de retour.

Bref, un bon spectacle entre loufoquerie et énergie! Dans la loge, Alain Geoffroy, un gentil propriétaire de micro-brasserie nous invite cordialement à nous rendre dans son établissement [les Brasseurs du Temps] pour boire de la bonne bière. Malheureusement (heureusement pour notre foie) nous rentrons dans nos terres après le concert mettant ainsi fin à notre impressionnante séquence de 15 brosses en 15 visites à Gatineau depuis 2001. Ce ne sera que partie remise lors de notre prochaine visite dans la région!

Retour dans la nuit avec l’oeil alerte en vue «d’éviter le chevreuil douloureux» et «l’orignal fatal» sur la 417 noire comme le cul d’un ours. Une Echo ne résisterait pas à un tel impact et il serait triste que le groupe se termine sur cette note, pavant la voie à une carrière solo de Jérôme. Je ne suis pas certain que le Québec soit prêt pour cette voix…

***

En passant, je sais que plusieurs ont posé des questions concernant le disque live enregistré à Paris et ailleurs en Europe. Alors le disque est prêt et ça sonne vraiment. Notre meilleur live, hors de tout doute! L’album est pour le marché européen mais sera aussi disponible en édition limitée au Québec (5000 copies maximum). Le disque comportera 13 chansons et vous pourrez aussi avoir accès à une dizaine d’autres pistes sur notre site grâce à un code se trouvant dans le disque. Sortie début avril !

Jour 1 – vendredi 5 février

«On pars-tu la veille ou le jour du show pour Alma?»

Après avoir tergiversé longtemps sur la question et pesé le pour et le contre – notez ici que les importantes décisions qui concernent le quotidien du groupe sont analysées dans tous les sens – nous avons décidé de partir le jour même en direction du Lac St-Jean. Les arguments favorables et défavorables ne manquaient pas:

- Si on arrive la veille on va être moins fatigués pour le show car on aura pas fait cinq heures de route avant de jouer.

- Ouin mais si on arrive la veille on va brosser et on va être finalement plus maganés que si on a roulé cinq heures.

Bon point Jacques ! Après toutes ces années on se connaît. Un match Canadiens-Bruins sur écran géant à la Brasserie Mario Tremblay d’Alma – un incontournable – aurait été dévastateur sur la qualité du spectacle du lendemain. Nous sommes finalement partis le jour du concert car nous sommes des professionnels. Comme le dit le dicton: nous autres on boit juste sur la job!

Départ à midi 30 de L’Assomption avec mes deux complices Karl et Marie qui viennent de se lever. Karl a eu une courte nuit de quelques heures car il a été terriblement débordé à se créer un personnage de Dungeon and Dragon jusqu’à 5h30 du matin. J’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’un quelconque barde avec des pouvoirs magiques. Moi et Marie n’avons pas tenté d’en savoir plus sur le barde en question. Le pauvre Karl doit toujours se buter à des oreilles peu réceptives lorsqu’il nous parle de ses affaires de geeks. Le monde des licornes et des elfes n’est pas accessible à tous…

Revenons à la réalité: petit 5 heures de route sans anicroche dans le parc des Laurentides tout blanc. Arrivée à la salle à 17h15. Marie qui s’est mise récemment à la cuisine a fait de la soupe pour tout le monde. Soupe qu’elle fait réchauffer dans un micro-ondes d’avant-guerre. Au bout de 10 minutes nous avons tous un cancer du cerveau latent à cause des ondes mais on a aussi droit à une excellente soupe tiède qui fait le bonheur de tous. Sinon, le spectacle affiche complet ce qui fait notre soirée.

Foule enjouée à notre arrivée sur les planches. Momo 1234 et sa blonde sont présents pour leur 65ème concert du groupe. On est encore loin de Toaster et ses 93 shows et de Funfestival bon deuxième avec 86 mais c’est quand même fort louable. 65 shows fois 20 $ c’est le budget que Jérôme alloue aux vêtements sur une période de 10 ans. Momo aura donc contribué à (mal) vêtir un petit bassiste défavorisé. Le concert fut plaisant. «Du beau monde, du bonbon» comme dirait Karl. Ça chantait fort, ça bougeait. On est vraiment privilégiés de pouvoir encore tourner partout au Québec après 15 ans de métier.

À l’entracte, ça parlait d’aller tâter le pouls de la faune locale dans les différents bars d’Alma. Après le show, ce fut plutôt un chokage généralisé. Les petits vieux que nous sommes sont tous rentrés sagement à l’hôtel croulant sous la fatigue. On est loin de l’époque où on s’aventurait aveuglément dans le night life d’Alma qui fut jadis ma ville préférée pour sortir à travers tout le Québec. C’est d’ailleurs à la ville d’Alma qu’on doit une partie des paroles de Symphonie pour Caza. Le fameux À BOIRE TABARNAK! c’était en 2003 au Crapaud, un bar local. Le last call était passé et Caza avait encore soif. Il hurlait désespérément cette phrase dans le bar vide sous les rires gras de ses amis présents. Il s’était finalement engouffré dans un char bondé d’Amérindiens qui s’en allaient terminer la nuit dans on ne sait quel endroit louche alors que l’on retraitait titubants vers l’hôtel. Le bon vieux temps !

Au lieu de ça, je me suis endormi en écoutant sur mon ipod une entrevue d’archives de la SRC mettant en vedette Pierre Gauvreau et Victor-Lévy Beaulieu (je m’étonne moi-même par tant de platitude). Bon, c’est câlicement moins jet set qu’à l’époque mais tout de même plus sage avec 4 heures de route à faire le lendemain après-midi et un concert en Beauce en soirée…

Jour 2 – samedi 6 février

Lever à 10h00 frais comme une vieille rose. Un sympathique bassiste aux cheveux hirsutes est déjà attablé au resto de l’hôtel Universel quand j’y arrive pour déjeuner. Jérôme se délectait des articles de fond du Journal de Québec et semble content de me voir arriver. Dan Lacoste, la mine patibulaire, surgit quelques minutes plus tard nous confessant ne pas avoir réussi à fermer l’oeil de la nuit. Une insomnie qui arrive au mauvais moment puisqu’il a pris sa voiture et qu’il doit la conduire. Le flegmatique troubadour décide de se rendre directement en Beauce pour aller dormir dans la loge en attendant notre arrivée.

Les autres musiciens et le chanteur décidèrent quant à eux de rouler jusqu’à Québec pour regarder le match au St-Hub resto-bar de boulevard Laurier. Pas avant que je sois intercepté à Stoneham pour excès de vitesse. Une troisième contravention en 3 mois. Pourquoi je tombe toujours sur un gros bêta quinquagénaire qui ne reconnaît pas le chanteur des Cowboys Fringants assis à ma droite au lieu d’un jeune policier cool qui nous dirait «j’aime ben c’que vous faites les boys. Roulez juste un peu moins vite». Karl se fait seulement reconnaître quand il attend depuis 12 heures en jaquette à l’urgence de l’hôpital par des gars qui lui disent «t’as pas apporté ta guitare el’grand, joue-nous donc une ‘tite toune»…

Arrivée à l’hôtel National de Tring-Jonction à 17h45 en roulant sur le cruise control. Quelle surprise de voir que ce sont les Cowboys FringUants qui jouent ce soir! Le Québec a ceci de particulier: quelques semaines auparavant, tu joues au Centre Bell dans des conditions dignes d’artistes internationaux et là tu arrives dans un bar perdu de la Beauce où les gens viennent te voir en ski-doo! Impossible de s’enfler la tête dans de telles conditions. On retombe vite sur nos pieds au Québec !

Habituellement, on ne fait pas de bars à l’exception de Chez Maurice à St-Lazare mais nous avons cédé devant les demandes incessantes du proprio de l’hôtel National qui voulait vraiment nous avoir.  Comme nous avions 4 heures à tuer après le test de son (on commençait exceptionnellement à 22h), certains en ont profité pour prendre un verre, d’autres pour dormir. Au terme de plusieurs mois d’absence, un bon vieux paquet de cartes et le Trou-de-cul, notre jeu fétiche, ont refait leur apparition.

Puis, après la longue attente, nous sommes enfin arrivés sur scène en mode « cocktail » devant un public tout aussi réchauffé. 2 heures sans entracte et 6 chansons au rappel. Show de bar oblige, des filles qui viennent sur scène engloutir des bières au son de l’incontournable chanson Au front tibus Iglou-Iglou (c’est quoi l’titre de cte toune-là?) et du monde qui nous gueule des affaires qu’on ne comprend pas dans une belle ambiance carnavalesque! On a aussi reçu sur scène une brassière qu’on a pris soin de retourner à sa propriétaire – on est pas Motley Crue cibole! En prime, le proprio de l’Hôtel pas mal chaud – mais combien sincère – qui vient nous remercier de tout coeur dans la loge dans un témoignage fort senti. Bref, une belle soirée où tous ont trouvé leur compte!

Comme une guerrière, Marie-Annick a conduit la voiture de Tring-Jonction jusqu’à L’Assomption. Un petit 3 heures de route à somnoler au son des Soeurs McGarrigle et de Tom Waits. Arrivée à 3h20 devant mon chien qui couinait de bonheur en me léchant la face. Très fatigué.

C’est Karl qui avait le mandat périlleux de nous conduire à Trois-Rivières dans sa vieille Golf rouge dont le tableau de bord affiche depuis 6 ans le voyant lumineux CHECK ENGINE. C’est un peu comme prendre un avion d’Air Madagascar pour un transfert Paris-Toulouse: tu te demandes comment tu as pu en arriver là. Mais non, j’exagère à peine. Le bon vieux Karl avait été fort attentionné et avait pris la soin de faire son ménage annuel. Nous fîmes donc la route dans un relatif confort, exempt des détritus qui jonchent habituellement la totalité du véhicule. Bon, je n’irais pas jusqu’à dire qu’il avait épousseté et poli le vinyle du dash au Armor All (de toute façon la poussière est là depuis tellement longtemps qu’elle s’est fossilisée) mais on peut tout de même apprécier l’effort.

Arrivée à Trois-Rivières à 17h pour le test de son et à notre grande surprise nous sommes seuls dans la loge. Quoi ? Jérôme serait-il encore en retard ? Quelle surprise!  Mais ce n’est pas grave, on en profitera pour se délecter du délicieux lunch de loge qui nous attend chaque fois à Trois-Rivières avec ses différents plateaux de sandwichs, salades, fromages et autres crudités. Bon, ce n’était pas aussi garni qu’à l’habitude (récession sans doute) mais ça nous a bouché un coin.

Ah! Voilà Jérôme qui arrive avec à peine une heure de retard en compagnie de notre nouvelle recrue Alain Quirion qui remplace Bazou pour quelques shows à la batterie. Ce dernier a réussi à se bummer un congé parental car sa blonde va accoucher sous peu. Test de son légèrement plus long qu’à l’habitude, nouveau batteur oblige (christ qu’on a pratiqué depuis 2 ans à cause des batteurs – domlebo, tu nous paieras ça un jour !) En grand professionnel qu’il est Quirion s’est tapé le répertoire complet du groupe dans les deux dernières semaines et connaissait pratiquement par coeur 35 chansons.

Retour dans la loge et le coeur est à la fête. On revoit l’équipe technique pour la première fois depuis un mois. Ça parle fort et ça rit. On a beau apprécier les congés, il n’y a rien comme revenir au métier après un temps d’arrêt. Bref tout était en place pour une belle soirée. À notre grand  étonnement, la supplémentaire affichait complet. Après un an et demi de tournée et un Centre Bell le mois passé je n’aurais pas parié là-dessus! Les Trifluviens nous aiment faut croire. C’est vrai qu’on leur a bien rendu au fil des ans en faisant de Trois-Rivières la ville la plus mentionnée dans notre répertoire (Le Gars d’la Compagnie, Le Pouceux, Heavy Metal). Oui, je le confirme, à une certaine époque Trois-Rivières était toute une porte de sortie quand il me manquait une rime en « ère ».

Le show en tant que tel fut vraiment plaisant. Foule très chaleureuse et participative. Musiciens rouillés de ne pas avoir joué depuis un mois mais compensant en cabotinage. Pour remercier le public – ça devient une tradition – les robes furent d’office dans la deuxième partie du concert. Jérôme a joué quelques chansons dans le fond d’une nacelle d’éclairages (très drôle) et Alain Quirion a dû perdre 10 litres d’eau tant ses vêtements étaient trempés.

La fatigue était palpable au terme du concert pour Karl et Marie qui sont aux prises avec de légers problèmes de santé et Jérôme qui avait pris sa dernière grappa à 7h le matin même du concert ! Moi aussi j’étais légèrement fatigué et surtout un peu gerlot grâce au vin de loge.

La route de retour à travers les champs enneigés qui bordent l’autoroute 40 se fit donc en silence. Sous la lueur du voyant CHECK ENGINE la Golf aux vitres givrées nous ramène finalement toujours à bon port…

Un petit mois de congé qui se déroule bien après l’énervement des derniers jours de 2009 ! On en a profité pour se reposer un peu (sauf Jérôme qui est plongé dans ses études) et surtout pour relaxer (sauf Jérôme qui travaille sur son doctorat). Karl, qui était de retour à l’entraînement sur elliptique à la fin de 2009, a pris comme résolution de ne plus s’entraîner en 2010. C’est rare qu’on voit des gens respecter leurs résolutions mais le bon vieux Karl respecte la sienne à la lettre. Une vraie discipline de fer!

Quant à Marie elle aussi a réussi à décrocher totalement… jusqu’au 6 janvier – date à laquelle elle bookait un meeting, vérifiait les finances du groupe, écoutait les chansons enregistrées en Europe, préparait le pacing d’un futur disque live et s’impliquait à ma grande surprise dans le projet de Country 2 !

Car moi non plus je n’ai pas décroché longtemps. N’en déplaise à mes détracteurs qui disent que je ne travaille jamais, je me suis sérieusement remis au boulot en ce qui a trait à Country 2. En effet, après avoir promis de façon éhontée que le tout sortirait en février, Marie-Annick, prise de remords pour moi, s’est réveillée en pleine nuit pour me haïr et pour me dire qu’il ne fallait pas niaiser les fans du groupe en leur promettant des choses qui ne sortiront pas dans les temps (voir même jamais). J’eus beau lui dire que ce n’était pas grave et que Country 2 était à la limite un running gag, on ne badine pas avec Marie.

Je suis donc de retour au travail. J’ai d’abord récupéré les 80 heures d’images qu’un documentariste avait filmé sur nous à l’automne 2003 lors de la tournée Break Syndical. Des circonstances particulières avaient alors fait en sorte que le projet de documentaire tombe à l’eau. Aujourd’hui je récupère donc ces images pour les intégrer à Country 2. Il y aurait du matériel pour faire un excellent documentaire de 2 heures. Ironiquement, ces images serviront à une mauvaise musicographie faite maison par de ridicules néophytes en la matière. Mais bon, la pression est quand même présente: le film Country 1 est le DVD le plus vendu dans l’histoire du Québec avec 130 000 copies (vous me direz qu’il faisait figure de bonus au beau milieu du disque double Attache ta tuque! mais quand même, il y a 130 000 personnes qu’ils l’ont à la maison !)

Alors voilà! Je ne garantis rien quant à la date de sortie mais ça va sortir un de ces quatre et ce sera gratuit sur notre site. En passant, câlice qu’on s’habillait mal en 2003. Juste pour ça j’ai du fun à travailler là-dessus.

****

Sinon, on joue le 30 janvier à Trois-Rivières. On donne tout à la Croix-Rouge pour Haïti. Il reste une quarantaine de billets au balcon alors faites vite ! C’est aussi votre chance de nous voir avec Alain Quirion (Zébulon) à la batterie. N’ayez crainte, Bazou n’a pas été congédié mais il bénéficiera de petit congé de paternité de deux semaines avant de reprendre la route avec nous. La naissance de sa fille est prévue pour la fin du mois.

C’est ça qui est ça!

La nuit précédant le premier Centre Bell en 2003, j’avais dormi un gros 2 heures grâce à des somnifères et j’avais probablement fait la distance Montréal-Québec en tournant dans mon lit. En 2006, j’avais réussi à dormir un petit 5-6 heures toujours sous somnifères. En 2009, pas de pilule et c’est un gros 9 heures de sommeil qui m’attendait. Faut dire que j’avais couru un 10 km dans ma journée du 30 en plus de faire une heure de raquette avec copine pour être bien certain de m’achever le soir venu.

On dira ce qu’on voudra mais avec le temps vient l’expérience et après 10 ans à faire des gros concerts on est un peu moins nerveux. Certes, une belle fébrilité nous habitait mais on savait ce qu’on avait à faire et ce qu’on pourrait contrôler. Au fond la seule chose qui m’inquiétait c’était le nombre de personnes qui allait se pointer au Centre Bell. Le pari était quand même plus risqué que lors des précédentes prestations de 2003 et 2006. J’ouvre ici une parenthèse.

Premièrement, on jouait le 31 et non le 30 ce qui nous a valu d’innombrables courriels de plaintes de la part de personnes qui déclaraient «passer la nouvelle année en famille» ou qui affirmaient «inapproprié de faire garder les enfants un 31 décembre», etc… En quelque part ils avaient raison mais blâmez le Cirque du Soleil. Nous aussi on aurait préféré jouer le 30.

Il y avait également le fait qu’il est vraiment difficile de vendre des billets de spectacle depuis un an. Tous les diffuseurs et producteurs de spectacle sont unanimes: c’est la pire année pour les salles de spectacle depuis 1990 (époque où la musique québécoise était presque à néant). Comment expliquer? Plusieurs facteurs sont mis en cause et semblent former une mauvaise conjoncture: la crise du disque, internet, la crise économique, cycle de la chanson québécoise, etc… Partout où on joue depuis le début de la tournée de l’Expédition, les diffuseurs nous racontent des histoires d’horreur concernant des artistes renommés qui jouent devant des salles presque vides. Malgré une légère baisse, les Cowboys font encore partie des privilégiés au niveau du remplissage de salles.

Mais bon, c’était tout de même un peu fou d’organiser ce concert au Centre Bell dans de telles circonstances et je dois d’ailleurs avouer  que je n’étais pas d’accord. Il aurait été plus conservateur de faire le Théâtre du Centre Bell (6000 places) car je trouvais le pari trop risqué. Le compromis aura finalement été de faire la configuration 12 000 au lieu de 20 000 comme les deux dernières fois.

On a finalement eu 10 000 personnes et on n’a pas eu l’air idiots car c’était pas mal plein. Hey! 10 000 personnes c’est du monde à la messe! La plupart des artistes internationaux ne font même pas 10 000 personnes au Centre Bell. On était galvanisés par la nouvelle quelques heures avant le concert ! Fin de la (longue) parenthèse.

Arrivée au Centre Bell vers 15h45 pour la balance de son de 16 heures. Même Jérôme est en avance lui qui est invariablement en retard. On réalise que le concert de ce soir revête quelque chose de spécial quand on constate qu’il est à l’heure. Dans la loge on se demande si c’est la même loge qu’utilisent U2 ou Céline. «Faudrait demander à la madame du bar». Cette phrase est revenue une dizaine de fois dans la soirée mais il semble que personne ne lui a finalement demandé. On était plus affairés à lui demander de la Coors Light. L’essentiel quoi.

Test de son qui se déroule sans anicroche. On rencontre Vallières il est joyeux et fébrile. Pendant notre test de son il est au centre de la glace avec ses musiciens. Les gars sont tout sourire et exécutent des feintes imaginaires de joueur de hockey. On retombe tous en enfance quand on est sur le parterre du Centre Bell. Titi Tancrède notre éclairagiste qui est un joueur de hockey moyen (lire ici: poche) de Ligue de garage arrive dans la loge en y allant d’une savoureuse déclaration. «Inquiétez-vous pas, ce soir je mixe le show de l’enclave, l’endroit où je suis le plus à l’aise sur une patinoire». S’en suivent des rires gras.

Norouet arrive aussi. On a monté un petit segment avec eux et ça devrait être cool. La violoniste du groupe, Stéphanie Lépine est le cousine de Marie-Annick. Elle a évolué au sein de plusieurs groupes dont la Galvaude au coeur de ce terreau fertile en folklore qu’est notre région de Lanaudière. Elle s’est même classée 8ème meilleure violoniste au Canada dans un prestigieux concours de reels (pour vous donner une idée, André Brunet de la Bottine a terminé 2ème). C’est elle et son groupe qui ouvrent la soirée.

Après la balance de son, petit souper en regardant le match Canadiens-Panthers dans des fauteuils en cuir et devant des écrans HD. Gros luxe quoi! (on est quand même dans le salon des femmes des joueurs)! La gang de Vallières semble aimer le hockey autant que nous. Excellente ambiance dans la loge. Norouet se prépare pour son tour de chant. Ils ne semblent pas trop nerveux. Ils partent et reviennent 25 minutes plus tard en «ayant pogné de quoi» et en affirmant que «ça passe tellement vite». Au tour de Vallières de jouer.

L’ami Vincent fait ça comme le pro qu’il est. Une performance rock impeccable. Soit dit en passant, j’ai un grand respect pour Vincent Vallières. Je trouve que notre parcours d’auteurs-compositeurs a des similitudes: on a commencé pas mal à la même époque et notre style naïf et maladroit des débuts s’est j’ose dire amélioré avec les années à force de peaufiner et de travailler. Vallières avait déjà dit dans une entrevue, en faisant une analogie avec le hockey, qu’il était «un plombier de la chanson.» Que rien n’était facile et qu’il devait «piocher pour écrire quelque chose de bon». C’est pas mal ça pour moi aussi.

Bon c’est à nous. On emprunte le corridor menant à la scène. Arrivés dans le vomitoire donnant accès à l’enceinte, les mêmes papillons nerveux que jadis s’emparent de nous. On a trois heures à jouer non stop. Peut-être plus. Les lumières s’éteignent. La clameur s’intensifie jusqu’à devenir assourdissante. On monte l’escalier et c’est parti.

Plus petite configuration que les deux fois précédentes mais je trouve que le bruit et l’ambiance sont encore plus intense. Les gens qui sont là sont vraiment contents d’y être. Il faut vraiment vivre l’expérience de monter sur cette scène pour comprendre ce que vivent les rock stars internationales. C’est vraiment grisant. Blitz de 6 chansons dans le tapis pour commencer. Avec le nervosité j’ai la bouche et les lèvres totalement sèches dès la deuxième pièce. Je dois boire de l’eau mais je ne pourrai le faire avant la 7ème chanson car elles sont enchaînées.

J’ai vraiment commencé à relaxer pendant La Manif (4ème pièce). Après je n’ai eu que du plaisir. On ne peut pas en dire autant du pauvre Karl qui est aux prises avec une hernie. À la mi-concert, chaque note qu’il poussait un peu le faisait souffrir terriblement. Il a terminé les deux dernières heures du show péniblement et dans la douleur. Puis à minuit, après un segment avec Norouet, les ballons sont tombés. Je ne sais pas si c’était cool du parterre mais de la scène c’était vraiment fabuleux. Au terme de 2h15 de spectacle on a terminé ça avec Plus Rien. Vers minuit 35, restait un rappel de vieilles chansons à faire mais nous étions déjà physiquement très hypothéqués.

En remontant sur scène, on avait aussi perdu quelques centaines de personnes à cause du dernier métro mais les milliers de gens qui restaient nous ont donné beaucoup d’énergie pour continuer. On avait plusieurs insuccès à jouer mais à voir l’absence de réaction des gens lors de notre interprétation des Routes du bonheur (vieille chanson datant de 1997) on s’est finalement ravisés et nous avons décidé d’abandonner les Willie Joe Haché, La Culbute et autres vieilles affaires du genre. N’en déplaise aux puristes, ces chansons sont plus formatées pour un show obscur aux Verres Stérélisés que pour un concert d’aréna. Bref, on a coupé quelques chansons et c’était mieux ainsi car on voyait aussi une baisse d’énergie dans le public après une heure du matin.

Nous sommes sortis de scène après trois heures de concert et j’ai dit à notre gérant «dis-leur de partir la musique, on est brûlés». Ce qui fut fait. On ne croyait pas revenir même si on entendait encore hurler la foule. Marie-Annick voulait qu’on y retourne mais pour ma part je trouvais que le spectacle s’était bien conclu avec Tant qu’on aura de l’amour. Au bout de 7-8 minutes notre gérant est venu nous dire que les gens sur le parterre ne partaient pas. Les lumières toutes allumées, on est allé jouer Un p’tit tour et un extrait de Rentre à pied. Quelle bonne idée finalement. Marie avait raison. Je devrais l’écouter plus souvent…

Dans la loge, ma copine un peu « feeling » dit à Vincent Vallières qu’elle est une fan et qu’elle est allé le voir en concert deux semaines auparavant à Lavaltrie. «Ah! C’était tellement bon comme spectacle. J’aurais passé la nuit avec toi». Tous s’esclaffent devant ce compliment alors qu’elle devient toute rouge, se rendant compte que ses paroles portent à confusion. «Pas dans ce sens-là, vous comprenez ce que je veux dire». Bravo Copine !

On a quitté la loge vers 3h00 du matin pour aller chez Jérôme qui nous recevait pour finir la soirée et décompresser avec quelques autres convives. Départ à 6h00 pour L’Assomption alors que je commençais à l’échapper encore (dur temps des Fêtes). Merci à notre chauffeuse désignée Marie-Annick qui m’a évité une sale gueule de bois le lendemain car j’étais parti pour fêter jusqu’à midi (c’est d’ailleurs probablement ce que le beau JéJé a fait…)

Couché à 7h et réveil en sursaut à 11ho0 quand j’ai flashé que j’avais oublié mon camescope HD dans la loge du Centre Bell. Heureusement il a été retrouvé 2 jours plus tard! La sortie de Country 2 sera donc dans les temps!

Troisième spectacle au Grand Théâtre de Québec dans le cadre de la tournée L’Expédition (2ème supplémentaire) et toujours autant de plaisir. Il y a pour ça trois raisons:

1- nous adorons Québec, la ville.

2- le Grand Théâtre de Québec est la plus belle salle au Québec et le public y est toujours accueillant et réceptif.

3- Parce que Michel Côté, le programmateur, est un vieil ami et qu’il brosse toujours avec nous jusqu’aux petites heures. Une tradition qui ne s’est pas perdue car même si nous sommes devenus relativement plus sages et moins fêtards (lire ici: moins soiffards). Québec demeure un passage obligé dans l’antre de la perdition et de l’éthylisme.

Une autre tradition, plus noble celle-ci, est celle de jouer au GTQ dans le temps des Fêtes à l’aube de faire le Centre Bell. Comme les infrastructures sonores et techniques sont à la fine pointe, cela permet au band de se faire une générale devant un public merveilleux. Et que dire du spectacle en tant que tel?

Super concert où le public généreux s’est vu récompensé dans le rappel par moi et Jérôme portant des robes d’un blanc immaculé. Un long concert de près de 3 heures pour nous entraîner en vue du marathon qui nous attendait au Centre Bell. Le vieux Karl s’est aussi lancé dans la foule au grand plaisir des gens et au grand dam de son hernie qui voulait sortir de son aine. Le guerrier n’était pas en reste. Je vous raconterai dans mon retour du show de Montréal…

Comme un air de déjà vu, la soirée s’est terminée dans la loge avec du houblon et du vin où le coeur gai, nous avons entonné des cantiques et du Jobin à capella. Puis dans nos éternels radotages de fin de soirée, j’ai rappelé une anecdote à Michel Côté qui date de l’an 2000. Nous étions à Québec moi et Dominique Lebeau pour faire une journée promo en vue d’un concert à la salle Octave-Crémazie (la petite salle du Grand-Théâtre). Nous rencontrions Michel pour la première fois et il avait tout organisé la journée. Entre deux entrevues, il nous avait fait visiter le complexe du GTQ en commençant par la petite salle (celle où on allait jouer), les coulisses, les bureaux administratifs et finalement la salle Louis-Fréchette de 2000 places. Ébloui, je m’étais exclamé «cibole, c’est ben gros». La salle immense et la scène géante m’avaient vraiment impressionné. «Si jamais on joue ici un jour, on pourra dire que ce sera tout un exploit». Je n’y croyais pas vraiment d’ailleurs.

On aura finalement joué une seule fois dans la petite salle Octave-Crémazie et une vingtaine de fois dans l’énorme salle Louis-Fréchette. Aujourd’hui encore, chaque fois que je foule les planches du Grand Théâtre je considère ça comme un privilège.

La soirée s’est finalement terminée en deux temps. Un groupe a quitté la loge à 4h30 du matin et un autre, plus aguerri a regagné ses quartiers à 7h30 du matin (un programmateur du GTQ, un bassiste et un technicien de son). Heureusement pour eux et contrairement à notre passage précédent il n’y avait pas de spectacle d’Arthur L’Aventurier prévu à l’horaire en matinée. En effet en mars dernier, nous nous étions fait expulser à 7h du matin par l’équipe scénique et les femmes de ménage qui arrivaient pour préparer le spectacle  pour enfants d’Arthur qui avait lieu à 10h. Le chanteur a dû trouver que la loge avait des effluves de houblon lorsqu’il enfilait son déguisement ce matin-là…

Le mot de la fin va à Jérôme: «quand tu te lèves à midi et que tu as l’impression d’être au milieu de la nuit, c’est que tu t’es couché tard…»

«On devrait partir la veille, ça serait cool, on pourrait se promener dans le Vieux Québec et dans la Petit Champlain et manger un bon repas. Ensuite on relaxe et on passe une bonne nuit comme ça tu seras en forme pour ton spectacle»

Ça c’est ma blonde qui parle. J’ai acquiescé.

On est arrivés. On a marché une heure. Selon le thermomètre il faisait -1 degré mais je ne sais pas pourquoi on dirait qu’il fait toujours -22 à Québec. Ça doit être l’humidité et le vent du fleuve. Bref, je me suis acheté un polar parce que j’avais trop froid. Ensuite, arrêt pour boire une blonde au pub St-Alexandre pendant que Jean Millaire faisait son test de son pour le spectacle du soir. Quel bluesman le vieux Jean!  Moi et copine faisions la nomenclature des hits radio qu’il avait composés avec Marjo et on se disait qu’il avait probablement fait de bonnes affaires au niveau de la perception des droits d’auteurs à une certaine époque de sa vie.

Retour à l’hôtel pour une douche. Finalement pas de douche car nous croisons Gros Mike et Tancrède qui viennent d’arriver et qui boivent de la bière en regardant le Canada humilier la Lettonie (16-0 que ça s’est terminé). On décide finalement d’oublier le bon repas pour aller manger avec eux et regarder le match Montréal-Toronto au St-Hubert. Orgie d’ailes de poulet et quelques pintes de Stella. Match soporifique devant brochette de poulet tiède (pour ne pas dire froide). Puis, imbécile, je termine les frites de copine et je finis son pudding chômeur. Décision désastreuse.

Je roule jusqu’à ma chambre pour passer une nuit misérable où mon corps s’appliquait semble-t-il à tenter de me faire digérer la brique qui me remontait jusqu’à l’oesophage plutôt que de me faire dormir convenablement.

Réveil avec copine malade qui me réclame des tylenol grippe et qui parle de rentrer à la maison. Service au chambre comprenant un déjeuner de rêve: yogourt passé date, thé plus froid que tiède et rôties froides.

Finalement, c’est toujours un peu plus froid à Québec…

[la suite plus tard]

Qu’on se le dise: Mont-Laurier c’est à 2 heures 15 minutes de Montréal. Après avoir tergiversé sur cette épineuse question depuis le spectacle de Sherbrooke où les «Ben non, Mont-Laurier c’est 3 heures – 3 heures et demi de route minimum», nous avons servi de cobayes et vous pourrez dire à vos amis que c’est 2 heures 15. La dame du GPS avec un mauvais français nous l’a aussi confirmé. Dossier réglé.

En arrivant, on croyait jouer au Bloc G du CEGEP mais surprise (!) nous jouerons dans la désuète salle de la Poly. Yé! C’est un Titi Tancrède légèrement émèché (au propre et au figuré) qui nous accueillera à notre arrivée. L’incomparable personnage avait semble-t-il passé la veille une rude soirée impliquant des shooters, des déclarations fracassantes sur le Canadien et une absence de souvenirs concernant son retour à la maison lors d’une fête avec de vieux copains du secondaire. «Je ne boirai pas ce soir» a-t-il promi.

La dernière fois où nous avions joué dans cette salle, c’était en 2001 lors d’un «show midi» subventionné par la SODEC pour faire découvrir les artistes de la relève. Ces spectacles étaient le calvaire du groupe dont les membres sont réputés pour se lever tard (particulièrement Karl qui exécrait cette formule et qui en parle avec douleur encore aujourd’hui.) Nous avons joué par la suite au Bar-O-Max en 2003 et au bloc G en 2006. Notre seul souvenir de l’endroit remontait donc à 2001 et ce n’était pas glorieux…

Le spectacle d’hier contribuera à nous en donner un meilleur. Quelle foule en feu ! Je ne sais pas si c’est le temps des Fêtes mais les gens semblent plus heureux un samedi 20 décembre que lors d’un obscur mercredi d’octobre. Toujours est-il qu’il est clair qu’un spectacle qui commence d’entrée de jeu avec une demande spéciale  (un type criait «La Gosse à Comeau» à notre entrée sur scène et on a décidé de la jouer) ne pourra jamais être en nomination pour un Félix dans la catégorie «mise en scène de l’année» mais ce qui est beau là-dedans c’est qu’on s’en câlice.

Pour remercier Mont-Laurier de son accueil, les robes furent à l’honneur pour la deuxième partie du spectacle. Au terme d’un marathon de 3 heures, nous décidâmes qu’il était temps d’arrêter de jouer et d’aller se mettre chaud dans la loge. Ce qui fut fait aussitôt. Le Bar-O-Max nous attendait par la suite histoire d’aller se mêler à la faune lauriermontoise. Nous avons rencontré des gens sympathiques et ivres dont le sosie de Scott Gomez qui riait sans arrêt pour tout et – surtout – pour rien. Bien gentil quand même le Scott.

Tancrède a encore échoué dans sa promesse de ne pas boire. Il aurait été vu titubant à l’aube dans les corridors de l’hôtel. La soirée s’est terminée avec une ridicule livraison de poutines, roteux et autres cheese burgers (tièdes) qui furent engloutis par de non moins ridicules être humains affamés à 4h30 du matin.

Courte nuit. Debout à 11h du mat.

Pour votre info, le boulevard à 4 voies qui traverse Mont-Laurier est une zone de 50 km/heure. Le policier qui m’a capté à 77 me la fait savoir et malgré le fait que je sois avec Karl (le seul membre du band qui se fait reconnaître) je n’ai pas eu de passe-droit comme Pierre Lambert dans Lance et compte 1.

Karl reste donc un co-pilote totalement inutile.

C’est flanqué de mon misérable co-pilote Karl (soit il dort, soit il n’est pas attentif) et d’une Marie-Annick qui se plaint du froid aux cinq minutes (un classique) que nous partîmes pour Sherbrooke en ce beau jeudi de décembre. Ah! Le Vieux Clocher ! Quelle salle mythique pour le groupe. On a bien du y jouer 30 fois depuis le début de notre carrière et l’endroit a toujours revêtu une espèce d’aura particulière étant donné que ce fut une des premières salle d’envergure à nous engager.

Je me souviens du vétuste divan roux de la loge (trop confortable et hélas disparu) sur lequel on avait extrapolé les pires conneries du genre «Est-ce que vous réalisez que Paul Piché ou Gilles Vigneault ont déjà pété sur ce divan et qu’on est assis aujourd’hui au même endroit ? Est-ce que vous vous rendez compte ?» Ces réflexions naïves et puériles provenaient de jeunes artistes en devenir qui ne savaient pas qu’ils allaient fouler les planches de cette salle une trentaine de fois au cours des dix années suivantes!

À notre arrivée dans la loge, plus de divan roux mais un possible ancien roux (je le soupçonne d’avoir été roux au primaire) en Vincent Vallières qui venait pratiquer quelques trucs avec nous pour la balance de son en vue du Centre Bell. Toujours aussi gentil, drôle et affable le Vincent! Et quel beau talent – c’est mon chanteur préféré! On pratique et il nous dit qu’il restera pour le show. «Ben là, viens jouer une toune avec nous alors».

On apprend que le show est sold-out. On est content! Encore une fois un bon spectacle au VC où les niaiseries se sont succédés. On fait parfois des blagues qui ne finissent plus, en l’occurrence un mauvais medley de Noël volontairement mal joué qui s’est éternisé. On a tendance à étirer la sauce mais ça fait partie de l’esprit du groupe de cabotiner, au grand dam de Marie-Annick.

À la fin Vallières est venu chanter, les gens ont beaucoup aimé. Au rappel, le plafond suintait des gouttes brunâtres (vestige de l’époque où les gens pouvaient fumer dans la salle), signe que les gens ont dansé comme des malades. 2h40 de spectacle, une bière frette et hop sous la douche. On ne s’éternisera pas ce soir car on rentre à la maison.

Un voyage sans pipi de 2h avec mon mauvais co-pilote, ma frileuse et un thermomètre qui indique -22.

Arrivée 2h10 – Une toast au beurre de peanut et dodo.